Francois-Xavier (Jean-Francois) LE DU – 1931-1995

Mougins, décembre 1993.
«Tout d’abord tous mes v?ux pour Noël et l’année 94, v?ux que je formule
spécialement pour toi ainsi que pour toute la Congrégation. Merci pour tous
les bons mots reçus à l’hôpital. Quant à moi, après 32 jours
d’hospitalisation et après avoir subi l’ablation du rein droit, je me
trouve à Mougins, chez les Pères du Sacré-C?ur dans une maison qui, selon
la nouvel le formule, vient de s’ouvrir. Elle est conçue pour convalescence
et repos de religieux et religieuses. La direction et le personnel, ce sont
des civils. L’accueil et l’attention sont formidables. On se sent accueilli
en ami et en frère.
C’est comme si on était connu de tout temps. Par ailleurs le cadre est
merveilleux. Ici je reprends des forces tout doucement. J’y suis jusqu’au 6
janvier. Puis le 11 janvier, je rentre à nouveau à l’hôpital pour des soins
complémentaires. Je ne me fais plus d’illusions sur mon cas. C’est de
caractère cancéreux. Ce sera le début d’une série de rayons et de chimio.
j’ai le moral et j’ai confiance. Intérieurement j’ai offert ma vie pour
l’Eglise, la
Congrégation et 1es vocations. Je m’abandonne au Seigneur. Ici je fais
retraite. Je sens le Seigneur m’avertir et me dire de me tenir prêt ».

Religieux de la Province de France.

Curriculum vitae.

Jean-François Le Dû naît à Briec-de-l’Odet, près de Quimper (Finistère), le 19 avril 1931. De 1945 à 1950, il fait ses études secondaires à l’alumnat de Saint-Maur et à la maison des vocations tardives de Blou (Maine-et-Loire). Il commence son noviciat à Pont-l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime) le 28 septembre 1950 et y fait profession, le 29 septembre 1951, sous le nom de Frère François-Xavier. Après deux années de philosophie à Layrac (Lot-et- Garonne), il part au service militaire en août 1953, à Toulouse-Balma, à Etampes (Essonne) et Tavaux (Jura). Libéré à la fin de janvier 1955, il termine l’année scolaire à Blou, en attendant de rejoindre Layrac pour les études de théologie. Rappelé en avril 1956, il part pour l’Algérie. Il en revient en décembre, allégé de 15 kilos. Profès perpétuel le 9 décembre 1957, il est ordonné prêtre à Layrac, le 23 mai 1939. Le P. François-Xavier accomplit d’abord une année de pastorale à Lyon (Rhône), puis devient vicaire à Melle (Deux-Sèvres), de 1960 à 1965, avant de devenir curé de La Rochelle-Tasdon jusqu’en 1969. Après une année à l’E.M.A.C.A.S. (Ecole des missionnaires d’action catholique et d’action sociale) à Lille (Nord), il est nommé curé- doyen de Villefranche-du-Périgord (Dordogne) et supérieur de communauté. De 1976 à 1989, il est curé-doyen de Gimont (Gers) et supérieur de communauté. En 1987, il devient conseiller vice- provincial de l’ Ouest et le reste jusqu’en 1992. En 1989-1990, il fait partie de l’équipe pastorale de Melle. Deux ans curé de Layrac (1990-1992), il est nommé en 1992 économe de la communauté de la rue Morère à Paris et collabore aux oeuvres de l’Association Notre-Dame de Salut. Au bout de deux ans, il doit pour raison de santé rejoindre Layrac où il fait preuve de foi,

de patience et de courage dans l’épreuve d’une maladie irrémissible. Il y meurt le lundi 9 octobre 1995, à 65 ans. Ses obsèques sont célébrées le jeudi 12 octobre suivant. Le P. François- Xavier est inhumé à Layrac.

Témoignage par le P. Alexis Roc’h.

« Xavier vient de nous quitter après une longue et douloureuse maladie. Je le connaissais assez peu avant ma nomination à Villefranche-du-Périgord en août 1976. Xavier y avait passé six ans et je venais pour le remplacer. Au bout de quelques jours, je savais qu’il avait eu des problèmes avec l’alcool. Les paroissiens parlaient avec sympathie de Xavier qu’ils estimaient beaucoup. lis avaient été frappés par son humilité. Après quelques semaines d’absence pour une cure de désintoxication, il avait discuté publiquement avec eux. Il les avait suppliés de ne plus lui offrir de vin lors de ses visites, mais de l’eau ou du jus de fruit. Il lui avait fallu beaucoup de courage pour revenir là où des gens connaissaient ses faiblesses. A partir de ce moment, j’ai commencé à admirer Xavier. Au fur et à mesure que je le rencontrais et que je le connaissais mieux, il me faisait penser à la phrase de Paul aux Corinthiens: ‘Pour m’éviter tout orgueil, il a été mis une écharde dans ma chair. Trois fois j’ai prié le Seigneur de m’en délivrer. Le Seigneur m’a répondu: ma puissance manifeste ses effets quand tu es faible’. Paul a retenu la leçon: il utilise 33 fois le mot faiblesse dans ses lettres. Reconnaître ses faiblesses, ses limites, ses manques, est un passage obligé pour tout chrétien et tout, prêtre. Quand on n’a pas de quoi être fier de soi, on comprend que le Seigneur travaille avec nous et par nous, et que nous sommes des serviteurs inutiles. Accepter nos limites, nos faiblesses, est une invitation à admettre aussi celles des autres. Quand je sais que les autres connaissent mon point faible, je ne peux les regarder de haut, je refuse toute prétention à l’orgueil. Xavier savait pardonner, car il avait besoin du regard bienveillant des autres sur lui. Conscient de sa faiblesse, il demandait de ne pas le juger, de ne pas le condamner, mais d’admettre qu’il voulait encore servir et se dévouer. Xavier a rechuté, parce qu’il avait rencontré une grande difficulté ou une contrariété. C’était une grande souffrance pour lui et ses nombreux amis. On avait parfois l’impression qu’il était fini: on le voyait si découragé, si abattu. Et il se relevait, ressuscitait, retrouvait son dynamisme pastoral. Merci, Xavier, pour ce courage que tu as manifesté après ces chutes. Grâce à toi, je crois que tout homme peut se relever. Grâce à ce que tu as vécu, j’ai compris que Dieu seul peut juger quelqu’un, car seul il a en mains tous les éléments pour le faire. Il ne faut pas réduire Xavier à ses problèmes. Il avait beaucoup de qualités: dévoué, acharné au travail, toujours disponible à ceux qui venaient le voir, fidèle en amitié. Cela, il ne faut pas l’oublier. Xavier a été rudement secoué, durant son passage à Gimont, par la mort de trois Pères de sa communauté, qui étaient pour lui de grands amis. Le P. Roger Le Rest, trouvé mort dans son lit un dimanche matin, le P. Albert Gaye, le P. Henri Calvarin … ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VI) 1994-1995, p. 126-128. Assomption-France, Nécrologie année 1995, p. 330-334. Du P. Xavier Le Dû, dans les ACR, deux correspondances au P. Claude Maréchal (1993 et 1994).