Frédéric RAYNAUD – 1844-1912

Carnolès, 1910.

« Je profite du passage d’un ami pour vous adresser un petit mot. Voilà 15
jours que je suis venu ici. Le temps fuit d’une manière effrayante.
Dimanche dernier nous avons eu notre fête de la bienheureuse Jeanne d’Arc
présidée par Mgr du Curel. L’assistance était très choisie et la fête a été
délicieuse. L’ami Honoré est reparti lundi pour Paris. Aujourd’hui tout est
rentré dans l’ordre, nous voguons maintenant en plein Carême. Mon voyage de
Vinovo ici s’est fait sans encombre. Arrivé à Vintimille, le train est
parti en retard. Ici j’ai les mêmes occupations qu’à Vinovo, vous voyez que
je ne suis pas sans travail! je sens que je suis un propre à rien, sinon à
faire endiabler les autres, mais aussi ils me le rendent bien. Je compte
sur vos bonnes prières pour m’aider à me convertir, ce n’est pas un mince
travail.
Nous sommes toujours sous le coup de la persécution. Pour m’écrire ici, il
faut mettre une double enveloppe, la première lettre avec le nom du
destinataire dans la seconde avec l’adresse de Mme Morillot, Menton ».

P. Frédéric.

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Un prêtre séculier, venu tard à l’Assomption. Frédéric Raynaud (1) est né le 12 mars 1844, dans un petit village de la Drôme, à ChâtillonSaint-Jean, au quartier des Bruyères, près de Romans. Ses parents ne sont pas riches et Frédéric attend l’âge de 15 ans pour entrer au petit séminaire de Romans (Drôme). Il fait ses études de philosophie et de théologie au grand séminaire de Romans. Il est ordonné prêtre le 4 juillet 1869 par l’évêque de Valence, Mgr Guelette. Prêtre diocésain, il est successivement vicaire à Monbrun-les-Bains (1869- 1870), curé de Châteauneuf-de-Bordette (1870- 1876), de Boulc (1876-1883), vicaire à Die avec résidence à Sainte-Croix (1883-1885) et enfin prêtre missionnaire dans le Diois (1882-1885). Au cours d’un voyage à Paris, il est hébergé à la communauté de la rue François ler. Lui à qui pèse la solitude du presbytère, il est conquis par la découverte de la vie commune. Il accomplit un pèlerinage en Palestine et obtient de son eveque l’exeat pour entrer dans la vie religieuse. Le P. Vincent de Paul Bailly lui donne l’habit à Paris, le 29 juin 1885. Il a 41 ans. Quelques jours après, il part pour le noviciat qui se trouve alors en Espagne à Osma. Le 29 juillet 1887, il prononce ses vœux perpétuels entre les mains du P. Picard à Livry (Seine-Saint-Denis). Le P. Emmanuel Bailly, son maître des novices, écrit « M. l’abbé Raynaud que son évêque emploie au ministère des quêtes à cause de son aspect vient chaque année depuis longtemps passer plusieurs semaines rue François Ier. C’est là qu’il a connu la Congrégation et qu’il a été connu. Venu en pèlerinage à Jérusalem, il y a été très édifiant. C’est aux Saint Lieux qu’il a demandé à se faire religieux chez nous. Son noviciat ne me semble pas amoindrir cette situation et les bonnes impressions ». A.A Le P. Picard nomme sans tarder le P. Frédéric supérieur à l’alumnat de Notre-Darne des Châteaux (Savoie). Ce dernier passe cinq années sur la colline (1887-1892). tout lui plaît dans ce site enchanteur, le sanctuaire, les vieilles pierres, l’éducation et la formation des alumnistes, l’idéal d’une pauvreté vécue. Pour subvenir aux besoins de sa grande famille, il se fait quêteur comme par le passé, parcourant toute la région du Sud-Est qu’il connaît bien, de Lyon à Valence jusqu’aux Alpes. En 1892, il descend de la montagne pour être affecté dans les environs de Livry, au service de quelques communautés religieuses. C’est également en 1892 qu’il est envoyé à la fondation de Menton (Alpes-Maritimes) qui rencontre pour son lancement pas mal de difficultés. Il s’y adonne avec beaucoup de zèle au ministère paroissial, à la visite des malades. L’une de ses pénitentes n’est autre que l’ex-impératrice Eugénie, la côte de Cap- Martin étant alors prisée par l’aristocratie et la haute bourgeoisie internationales. Ses sermons n’ont rien à voir avec les règles de l’art, la note pittoresque n’y manque jamais. C’est à Vinovo (Italie) en 1908 que le P. Frédéric ressent les atteintes de son mal. Une attaque assez bénigne lui fait comprendre la nécessité d’un certain ménagement. Très volontaire et énergique, il reprend ses courses. En juillet 1910, il n’hésite pas à partir pour Alex (Drôme) dans la famille Bontoux. Il y subit une seconde attaque très violente qui faillit l’emporter. Ramené à Menton au service de la chapelle Saint-Joseph, il peut encore surmonter cette défaillance physique, sa robuste constitution triomphant du mal. Mais il est devenu impotent, paralysé d’un côté, la mémoire éteinte et la parole assez embarrassée. Peu à peu la paralysie le gagne entièrement. Le dimanche 27 août 1912, sa respiration se fait haletante et coupée, sa figure se décompose. Après une longue agonie, ü rend le dernier soupir, le lendemain lundi 28 août. Le P. Emmanuel Bailly préside la cérémonie des obsèques à Menton. Le P. Frédéric est inhumé dans le caveau de l’Assomption, au cimetière de Roquebrune. (1) On trouve toutes les graphies phonétiques possibles de son nom (Raynaud, Rainaud, Reynaud … ).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption, 1913, n° 193, p. 19-22. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Semaine religieuse de Valence, 23 novembre 1912. Lettre du P. Frédéric Raynaud au P. Henry Couillaux, Carnolès, 13 février 1910. Dans les ACR, du P. Frédéric Raynaud, rapports sur Carnolès (1898), correspondances (1887- 1911). Notices Biographiques