Gabriel (Esmond) BRAYTON-SLATER – 1913-1974

Un supérieur dans les tracas de Notre-Dame de France.
« Ce matin, j’ai reçu un coup de téléphone de M. André Chouraqui,
vice-maire de Jérusalem. Il m’a dit: ‘Des plaintes nombreuses sont arrivées
sur l’état de Notre- Dame de France, surtout de l’aile sud. Le gouvernement
israélien a donné de l’argent, compensations des dommages de guerre,
800.000 livres’. J’ai corrigé: 500.000. ‘ Si vous n’agissez pas d’urgence,
le gouvernement pourra vous confisquer cet argent’. Je lui ai répondu que
j’ai déjà été en contact avec le Consul de France et le Délégué apostolique
à ce sujet.
‘Jusqu’ici on n’a rien fait devant ce qui est un danger pub1ic, par
amitié’. J’ai répondu qu’un tas de détritus
et des pierres actuellement sur le trottoir ne viennent pas de N.D.F., mais
de ceux qui ont réparé la route à cet endroit. M Kollek, maire, a montré
son intérêt pour N.D.F. en faveur de l’Université israélienne. J’ai répondu
aussi que nous avons déjà dépensé pas mal d’argent pour rendre l’aile nord
habitable. Je dois vous dire
que chaque membre de la communauté souffre de ne pas savoir le terme de la
situation actuelle. Il y a plus de deux
ans que nous sommes dans ce provisoire ».
P. Gabriel, 01.09.1970.

Religieux anglais, affilié en 1972 à la Province de France.

L’accueil de la souffrance.

Esmond est né le 11 juillet 1913 à Marylebone, Londres. A neuf ans, il est déjà condamné par les médecins. « C’est à l’accueil qu’il fait à la souffrance que se mesure le cœur de l’homme ». Cette parole d’un philosophe dit le courage et la volonté extraordinaire de cet homme éprouvé qui, sa vie durant, n’abandonna pourtant jamais sa fougue et sa jeunesse d’âme lui attirant maintes sympathies. Esmond fait ses études au collège St Michel d’Hitchin (1926-1928) et à l’alumnat de Poussan (Hérault) de 1928 à 1931. Il prend l’habit sous le nom de Frère Gabriel le 4 octobre 1931 aux Essarts (Seine-Maritime) et y prononce ses premiers vœux le 3 octobre 1932. Ses études de philosophie se déroulent à la maison Saint-Jean à Scy-Chazelles (Moselle) de 1932 à 1934. Il fait sa théologie à Rome où il est ordonné prêtre le 12 mars 1938. Déjà pendant les années de formation, il est le témoin impuissant et patient du lent dépérissement de son propre corps. C’est à un héroïsme exténuant qu’il se trouve condamné, souvent obligé d’interrompre ou de réduire ses études comme ses activités, contraint à changer de climat, de pays, de ministère. Ses compagnons notent qu’il ne baisse pas les bras et ne perd pas ses qualités naturelles: un enthousiasme débordant, une serviabilité exquise, une attention aux autres délicate, marques d’un travail d’humanisation en profondeur.

Les premiers ministères, en Angleterre.

Le P. Gabriel est d’abord affecté au ministère paroissial à Newhaven en qualité de vicaire (1938-1940). Il est envoyé au ‘Becket School’ de Nottingham où il succède au P. Hugh Howitt comme maître des novices en 1943.

Cette même année il émigre avec ses novices à Bindon House. En 1947, il arrive à Londres, Bethnal Green, maison provinciale, qui va être son quartier général jusqu’en 1961. Durant cette période, il acquiert cette étonnante réputation de Directeur de pèlerinages internationaux et de Directeur du bulletin The Assurnptionist.

Pèlerin et journaliste à Rome (1961-1967).

Ce sont des raisons de santé encore qui motivent son changement, des brouillards londoniens aux chaleurs romaines (1961-1967). Il travaille comme directeur pour la langue anglaise de l’Agence Fides, spécialisée dans les nouvelles missionnaires. Chaque fois qu’il le peut, il est heureux de guider des pèlerins dans les dédales de la Ville éternelle, mais sa grande aptitude et son habileté à organiser lui-même des pèlerinages se déploient au maximum lors de son transfert à Jérusalem (1967).

Pèlerin aux lieux saints (1967-1973).

Le P. Gabriel est d’abord nommé à la communauté de Notre-Dame de France. On sait qu’à partir de la guerre de 1948, les bâtiments gravement endommagés de cette ancienne hôtellerie et maison d’études ne cessent de poser de graves problèmes d’ordre administratif et économique. La guerre des six jours (1967) ne simplifie rien. Ce lui est une lourde charge en tant que supérieur que de négocier, patiemment et laborieusement, des contacts et des contrats en vue d’une solution définitive, la vente des lieux et le retrait des religieux. Son deuxième souci est de regrouper les assomptionnistes de Jérusalem en une seule communauté à Saint- Pierre en Gallicante. Le P. Gabriel est bien accueilli dans les milieux journalistes de la Ville sainte comme correspondant du Universe et d’un ou deux journaux américains. En 1973, il est hospitalisé d’urgence à Paris, hôpital Saint-Joseph. Il y est regardé comme une énigme médicale, mais il ne garde que la peau et les os, pesant à peine une quarantaine de kg. Il meurt à Paris le vendredi 4 janvier 1974 et est inhumé à Montparnasse le mardi 8 janvier, après un service religieux à la chapelle Notre-Dame de Salut, rue François 1er.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1974, p. 237-238. Circulaire BR 1/74 du Provincial d’Angleterre (1974). Le P. Brayton-Slater est l’auteur d’une petite brochure sur le P. Vincent de Paul Bailly, A Journalist Monk, 1943, 47 p. Lettre du P. G. Brayton-Slater aux PP. Charpentier et Brajon, 1.09.1970 (Jérusalem). Marie Chalendar, Jérusalem Notre-Dame de France (1882-1970), éditions Téqui, 1984, 109 pages. Les archives romaines gardent une partie de la correspondance de ce religieux, étirée entre 1939 et 1971, plus abondante dans les années 1969-1970 à propos des tractations de location ou de vente de Notre-Dame de France à Jérusalem.