Gabriel (José) KEARNEY – 1906-1983

Belgrano, 1954.
Nous venons de célébrer notre fête patronale, Notre-Dame de la Merci, le 26
septembre. Cette année, nous avons voulu faire plus que les autres
années: c’est l’Année mariale et notre paroisse aura, le 24 octobre, 40 ans
d’existence. Aussi avons-nous préparé la fête par une petite mission de
douze jours. Elle se déroula hors de l’église. Nous avions repéré douze
locaux plus ou moins vastes: maisons, cours, conventillos et c’est là que
nous nous rendions à 20
heures avec la statue de Notre- Dame, accompagnés d’une vingtaine de
membres de l’Action catholique. Un soir, nous avons réuni 200 personnes et
le dernier jour,
365 dans une grande bâtisse où logent 200 familles. On a reçu la Sainte
Vierge partout avec amour et on l’a invoquée avec ferveur, après avoir
écouté attentivement la parole du prêtre. Pour rassembler les familles, on
débutait avec un motet à la Sainte Vierge, puis on récitait trois Ave, on
prêchait et on finissait par la prière du Pape pour l’Année mariale. Enfin,
on ramenait l’image à l’église, au milieu
des cantiques, entourée par les membres du clergé et les membres de
l’Action catholique. Le 26, dimanche, ce fut le cardinal qui célébra la
messe… ».

Religieux de la Province d’Amérique du Sud.

Un Argentin, fils de la vieille Europe.

José Kearney est né le 5 novembre 1906 en Argentine, à Carmen de Areco, dans la province de Buenos-Aires, au diocèse de La Plata, de parents d’origine irlandaise comme l’atteste le nom de famille. L’ éducation de José, tant familiale que scolaire, fort soignée, lui permet de maîtriser parfaitement l’espagnol et l’anglais. Employé au chemin de fer, il apprend le latin grâce à un religieux assomptionniste de Santos Lugares où il prend l’habit religieux, le 16 janvier 1927, sous le nom de Frère Gabriel. Le P. Séraphin Protin est son maître des novices. De nature timide et plutôt réservé, le Frère Gabriel est accepté à la première profession le 13 février 1928. Il est alors envoyé en Europe pour un complément d’études, à Elorrio (Espagne) où, tout en faisant fonction de surveillant à l’alumnat, il apprend le français. Pendant trois ans, il étudie la philosophie à Saint-Gérard (Belgique) où il prononce ses v?ux perpétuels le 13 février 1931. « Le Frère Gabriel a toujours fait l’impression d’un religieux sérieux, appliqué à la vie intérieure, attaché à sa vocation, prêt à se dévouer » résume dans son rapport de présentation le P. Aubain Colette, son supérieur à Saint-Gérard. Devenu trilingue, il peut suivre les cours de théologie à l’Institut Saint-Augustin à Lormoy en France (Essonne) où, sa formation sacerdotale terminée, il reçoit le sacerdoce le 2 décembre 1934. A cette époque, Chili et Argentine font encore partie de la Province de Bordeaux, sous la forme d’un vicariat avec à sa tête un responsable délégué régional. Le Chili est dirigé par le P. Zénobe Goffart, lui-même secondé pour l’Argentine par le P. Carmel Pémoulié.

Ministère.

Le Père Gabriel est d’abord envoyé au Chili, à Mendoza, pour la formation des alumnistes,

avec un ministère paroissial à Rengo. Il passe ensuite à Lota, plus au sud du pays, où il laisse le souvenir d’un missionnaire doué d’une grande capacité de travail, persévérant, patient, mais aussi aimable, conciliateur et donné à tous. En août 1953, le vicariat du Chili et de l’Argentine forme une nouvelle province, dite d’Amérique du Sud. Le Père Régis Escoubas est désigné pour prendre les rênes de cette nouvelle Province, le P. Carmel Pémoulié étant délégué pour l’Argentine. Déjà rentré en Argentine (année 1945-1946), le Père Gabriel, après deux années à Belgrano comme vicaire, est nommé supérieur de la communauté pendant douze ans (1) à Buenos-Aires (1947-1959), poursuivant son activité paroissiale à Las Mercedes et à San-Martin de Tours, cette dernière étant une paroisse de la ville de Buenos-Aires. Son charisme particulier est celui de la direction spirituelle. Aussi est-il, de longues années durant, conseiller et visiteur de communautés de religieuses dans le diocèse de Buenos-Aires. Toujours silencieux, réservé jusqu’à la timidité, prudent, le Père Gabriel qui a le sens des responsabilités, laisse à tous le souvenir et le témoignage d’un religieux sérieux, préoccupé de formation personnelle, d’étude, désireux de porter le plus consciencieusement possibles les charges qui lui sont confiées. C’est un religieux pieux, doué d’un discernement prudent et clair. De doctrine sûre, peu soucieux de s’aventurer dans les zones incertaines qu’engendrent des idées nouvelles, il laisse cette impression d’accepter avec difficulté les changements apportés dans l’Eglise par le Concile de Vatican II. Il s’efforce du moins de comprendre de l’intérieur, avec un esprit surnaturel, les voies ouvertes par l’esprit des temps nouveaux et suscitées par le désir d’un aggiornamento en profondeur. Il ne veut que la volonté d’un Dieu ‘qui aime l’humanité’. Le Père Gabriel est mort le 16 février 1983, à l’aube de sa 78ème année.

(1) Le mandat de Supérieur de communauté est habituellement d’une durée de trois années renouvelables. En 1956, un Indult est nécessaire pour prolonger les trois mandats du P. Gabriel d’un quatrième, exceptionnel ou justifié en raison des circonstances particulières. En 1956, c’est toujours le P. Carmel Pémoulié qui est délégué régional de l’Amérique du Sud pour l’Argentine. Ce dernier est remplacé par le P. Agustin Solano en 1958.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (II) 1981-1983, p. 80-81. Dans les ACR, du P. Gabriel Kearney, correspondances (1927-1954), rapports sur Belgrano (1949-1958). Belgrano d’après Lettre à la Famille, mars 1955, n° 183, p. 47-48. [Nous ne disposons pas malheureusement dans la collection des ACR du bulletin de la Province: Chile-Argentina, correspondant aux années 1983-1988].