Gabriel (Willibald) GUISL – 1911-1994

Histoire de Scheidegg (1933-
1938).
Le village de Scheidegg est situé à 800 mètres d’altitude, à l’extrême
sud-est de la Bavière, près du lac de Constance, à la frontière
autrichienne. C’est à
Scheidegg, lieu de la séparation, que saint Colomban et saint
Gall se quittèrent pour aller évangéliser deux contrées voisines. Destinée
à la formation des frères coadjuteurs, la maison s’ouvrit le 28 août 1933.
C’était une vaste demeure de trois étages, jouxtant une solide bâtisse de
deux étages, qui avait été usine de chapeaux de paille et qu’occupaient
désormais une grande chapelle, une imprimerie et des ateliers: menuiserie,
cordonnerie, couture etc… La communauté initiale comptait deux Pères,
Libermann Weisshaar (1897-1991) et
Florian Griesemer (1891-1964) et dix novices. Elle vivait grâce au bulletin
Missionen der augustiner von Marie- Himmelfahrt, imprimé surplace
à 22.000 exemplaires, et aux aumônes. Pour 1934-1935, on relève dans la
Répartition 7 profès et 7 novices, dont 2 redoublants. En mai 1935, le P.
Weisshaar fuit à Scherwiller pour échapper aux gendarmes, le P. Griesemer
reste seul avec
12 profès et 3 novices. En 1936, descente de police

Gabriel (Willibald) GUISL

1911-1994

Religieux allemand de la Province de France.

Curriculum vitae.

Willibald Guisl naît à Ingolstadt Ringsee en Bavière, le 31 juillet 1911, dans le diocèse d’Eichstett. Après l’école primaire, il apprend le métier de forgeron. Le 28 août 1933, il inaugure le noviciat des Frères coadjuteurs de Scheidegg, en prenant l’habit sous le nom de Frère Gabriel, avec neuf autres jeunes, de 22 à 38 ans, dont le Frère Joseph Zweisier, décédé à Layrac (Lot-et-Garonne) en 1944, et le Frère Ernmerich Kôhle, décédé à Lorgues (Var) le 28 mai 1995. Ces trois Frères et quatre autres font leur première profession le 29 août 1934. Tous restent à Scheidegg pour continuer leur formation. Le maître des novices est le P. Libermann Weisshaar (1897- 1991), assisté d’un autre Alsacien, le P. Florian Griesemer. Lorsque la maison de Scheidegg ferme en 1938 (1), le Frère Gabriel, profès perpétuel cette année-là, est nommé à Florence (Italie). « Le Frère Gabriel, déjà admis en principe à Scheidegg à prononcer ses vœux perpétuels, a préféré le 1er mars 1938 renouveler sa profession annuelle pour attendre la profession perpétuelle du Frère Louis de Gonzague, alias Luigi Toppi, vers le 18 ou 21 juin de cette année 1938. C’est un excellent religieux, bien attaché à l’Assomption, fidèle à la Règle et à ses exercices de piété, fervent et préoccupé de sa sanctification, de bon commerce avec tous, toujours prêt à rendre service » écrit à son sujet le P. Férréol Poux-Berthe, supérieur de Florence en 1938.

Le temps de la guerre.

A la fin de 1942, il est mobilisé dans la Kriegsmarine. Au début de 1945, le Frère soldat Edmond Favé le découvre, prisonnier de guerre, à l’Ecole de cavalerie de Saumur: une place normale pour un forgeron. Mais Willibald qui a l’estime et la confiance de tous, est infirmier des soldats français.

Le Provincial et l’Assomption angevine sont informés. Le Frère est aussitôt détaché comme ouvrier agricole à la maison des vocations tardives de Blou (Maine-et-Loire). Au cours de l’hiver, il est affecté à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire) et s’emploie à la cuisine. En septembre 1948, il est nommé à la maison de repos de Lorgues (Var) où « pendant près de trente ans, il fait la cuisine tous les jours, y compris dimanches et fêtes, p,renant un congé familial tous les trois ans ». Quand l’âge et les infirmités lui imposent un repos bien mérité, il le consacre à la prière, à l’adoration du Saint-Sacrement, aux promenades dans le jardin.

Derniers jours.

Le Frère Gabriel se laisse soigner, s’abandonne entre les mains de Dieu et se prépare à la mort qui vient le prendre le dimanche de la Fête-Dieu, 5 juin 1994. Ses obsèques sont célébrées par le P. Jean-Daniel Gullung le mardi 7 juin. Son homélie s’inspire des lectures de la messe du jour: la veuve de Sarepta, l’étrangère, qui avec foi se met au service du prophète Elie et le sel de la terre, lumière du monde. Le Frère Gabriel est inhumé dans le caveau de Lorgues. « Bon et fidèle serviteur, le Frère Gabriel l’a été tout au long de sa vie. Il a été bon comme le sel dont l’absence enlève toute saveur aux aliments, fidèle comme le sel qui ne s’affadit pas. Lui qui a passé tant d’années auprès des casseroles, il savait que du sel il n’en faut ni trop ni trop peu. Mais, surtout, que pour être efficace, le sel doit accepter de se laisser dissoudre, apparemment de disparaître. C’est vrai que c’est le Supérieur qui préside à table, et non le cuisinier. Pourtant il avait compris d’où pouvait partir le bon esprit dans la communauté, ce Supérieur qui commençait sa visite canonique par les cuisines. Ce sont là propos pou spirituels, me direz- vous? je vous invite à regarder Nazareth et le foyer de Joseph et de Marie » (2).

(1) En mai 1938, la maison est liquidée. Les Frères sont dispersés: Scherwiller, Florence, Philippopoli, Varna et Istanbul. Imprimerie et meubles sont transportés à Scherwiller. Personne ne prévoyait que Scheidegg, fondé en pleine montée du nazisme, ne pouvait durer. Les campagnes catholiques de Bavière étaient encore préservées de l’idéologie montante. Population et clergé étaient sympathiques à l’Assomption, les vocations ne manquaient pas. De jeunes Bavarois acceptaient de partir pour Scherwiller et Miribel.

(2) Extrait de l’homélie du P. Jean-Daniel Gullung pour les obsèques du Frère Gabriel.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VI) 1994-1995, p. 31-33. Assomption France, nécrologie 1994, p. 308-310. Notices Biographiques