Gélase (Jules-Nicolas) UGINET – 1873-1939

Franchise.
« Depuis assez longtemps déjà, je réfléchis devant Dieu sur ce point:
suis-je bien dans ma vocation en menant la vie de secrétaire particulier du
P. Emmanuel [Bailly]? J’arrive aujourd’hui à une conclusion négative et
comme mon premier attrait pour l’Assomption a été l’esprit de vérité qui
m’a toujours paru y régner, je me conforme au cri de ma conscience en vous
demandant mon changement. J’ai senti dès le commencement, et vous m’avez
fait comprendre à plusieurs reprises depuis, que je n’avais pas la capacité
voulue pour vous aider dignement. D’autre part, je m’étais dirigé vers la
vie religieuse pour y trouver un petit ministère, de préférence en mission,
où il me serait permis de faire du bien sans étalage de science, vu que je
n’en ai pas. Tant que mes forces physiques me permettaient de braver les
courses et les fatigues, je
pouvais vous seconder par une vie de dévouement au moins matériel.
Aujourd’hui les reins, l’estomac et le cœur vont de travers. Le Docteur m’a
dit
très catégoriquement qui si je veux braver la fatigue, je puis m’attendre à
une mort subite. Permettez-moi d’aller vivre au grand air, à l’ombre de
quelque mission: je serai davantage à ma place.. ».

Religieux de la Province de Lyon. Deux frères Savoyards à l’Assomption. Jules-Nicolas Uginet est né le 2 août 1873, à Césarches, près d’Albertville (Savoie). Son frère, Victor (1864-1886), l’a déjà précédé à l’Assomption. Nicolas étudie à l’alumnat de Notre-Dame-des- Châteaux en 1884; il passe ensuite à la fondation de Roussas (Drôme) en 1885. Ses études d’humanités, selon le programme de l’époque, se déroulent à Nîmes (Gard) jusqu’en 1890, dans l’ancienne tannerie Souchon désaffectée, à cette date, à cause d’une épidémie. Le jeune Nicolas rejoint alors le noviciat à Livry (Seine-Saint-Denis) pour un temps de postulat prolongé, en attendant de pouvoir prendre l’habit, le 14 août 1891, sous le nom de Frère Gélase. A la fin de ce même mois, il est envoyé au noviciat de Phanaraki en Turquie où il passe deux ans: il y prononce ses premiers vœux, le 8 septembre 1892 et ses vœux perpétuels, le 15 août 1893. On fait alors appel à lui pour enseigner dans les écoles de la mission, à Koum-Kapou (1893- 1895), mais également en France, au collège que l’Assomption essaie d’établir à Hyères (Var), de 1895 à 1897. Aux vacances scolaires de 1897, le Frère Gélase est envoyé à Rome, comme étudiant en théologie: il y passe deux ans (1897-1899) et y conquiert le grade de licencié. Il est ordonné prêtre à Livry, le 10 août 1899. A l’automne 1899, le P. Picard lui confie la direction de l’alumnat fondé à Saujon (Charente-Maritime). C’est là que l’atteignent les perquisitions de la fin de l’année, le procès dit des Douze qui prononce la dissolution de la Congrégation et la fermeture de toutes les communautés en France. Le P. Gélase est temporairement affecté au noviciat, transféré de Livry à Gemert (Pays-Bas), de Gemert à Louvain (Belgique). Il fait fonction d’économe et de sous- maître des novices (1900-1902). Page :131/131 Entre Londres et Rome. En mars 1902, le P. Gélase est nommé supérieur de la mission de Londres, en période de fondation. Malgré les difficultés de débuts très pauvres, le P. Gélase sait s’acclimater. Homme simple et direct, il conquiert de nombreuses sympathies qui permettent d’enraciner plus solidement la fondation. Il passe en Angleterre quatre années (1902-1906) jusqu’à ce que le P. Emmanuel Bailly fasse appel à lui comme secrétaire particulier. Durant six ans (1906-1912), il est comme l’ombre du Général, l’accompagnant partout, lui rendant les mille services du quotidien, s’intéressant grandement à la riche histoire de la Ville éternelle, se transformant volontiers en guide averti pour les pèlerins. Cependant sa santé qui n’a jamais été brillante, laisse à désirer. Le P. Gélase demeure quelques mois au noviciat à Limpertsberg (Luxembourg), entre décembre 1912 et le printemps 1913. Il vient alors à Paris et réside, rue Camou, avec la consigne de se reposer. Pendant la guerre, il transforme le pied-à-terre de la rue Camou en centre d’accueil et de ravitaillement pour les religieux mobilisés. Il y organise aussi le service d’expédition de La lettre à la Dispersion, imprimée à la Bonne Presse (1913-1915). D’une guerre à l’autre. En juin 1915, malgré les nombreux conseils de révision antérieurs qui l’ont ajourné, le P. Gélase est mobilisé pour être versé dans des services auxiliaires à Lyon (1915-1917). Mis en sursis à la fin de 1917, il passe une année à Lyon, un peu en nomade, n’arrivant pas à obtenir de la préfecture du Rhône les papiers nécessaires pour se rendre à Rome. Il passe quelques mois à Saint-Sigismond et gagne Rome de façon stable à l’automne 1919. On lui confie les charges d’économe et d’archiviste. Il aime guider les hôtes de passage pour la visite de Rome. En septembre 1927, le P. Gélase est attaché à la maison de Menton (Alpes-Maritimes) qui devient sa résidence habituelle. Il meurt le 8 décembre 1939, dans sa 67ème année, à la clinique de l’Hermitage de Menton. Il est inhumé au cimetière de Roquebrune, le dimanche 10 décembre. Page :132/132

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1939, n° 813, p. 542-543; 1940, n° 814, p. 7-8; n° 815, p. 13; n° 817, p. 30-32; n° 818, p. 35-38. Du P. Gélase Uginet, dans les ACR, rapports sur Bethnal Green (1904-1906), très nombreuses correspondances (1893-1935). [Nous savons d’autre part, par M. Charles Uginet de l’Ecole française de Rome, son parent, que la famille du P. Gélase Uginet conserve toujours précieusement les nombreuses lettres clulil lui écrivit depuis les différents lieux de forma- tion de sa jeunesse et autres postes de mission assumés ensuite]. Lettre du P. Gélase Uginet au P. Emmanuel Bailly, Rome, le 27 mai 1910.