Georges Laffineur – 1933-2004

Père Laffineur,

En quittant la Communauté du Chapois en 1996, le Père Gomez avait gardé en mémoire un instantané du petit reste des Pères de Gosselies, rassemblés sur le perron pour saluer le doyen qui partait prendre du repos à Lorgues.

En reparlant de ce jour, le Père Michel-Ange ne manquait pas de rappeler qu’il avait deviné la larme dans l’oeil du Père Laffineur qu’il qualifiait très justement de « dur au cœur d’or ».

Un « dur au cœur d’or », un chêne solide autour duquel s’articulait la petite communauté religieuse encore présente au Collège Saint-Michel, Collège auquel Le Père Laffineur a donné toute sa vie.

Enseignant jusqu’au bout des ongles, Le Père Laffineur aimait faire découvrir aux jeunes les richesses des mathématiques. « J’aime enseigner les maths», disait-il; quant aux maths en elles-mêmes, la personnalité du Père Laffineur était trop riche que pour s’y laisser enfermer. Il aimait ouvrir les jeunes à la culture, littéraire, historique, informatique et, bien entendu, musicale. Ses anciens se souviendront de la demi-heure de musique classique imposée chaque matin par le titulaire de la Latin-Math; il faut, disait-il, leur donner ce qu’ils ne trouveront pas d’eux-mêmes.

Mais par-dessus tout, Le Père Laffineur, le professeur, voulait aider les jeunes à découvrir toutes les richesses cachées en eux-mêmes. Il nous a appris que nous, enseignants, plus que des dispensateurs de savoirs, nous devons être des découvreurs de talents. Je crois que si l’on essaye de comprendre ce qui faisait courir ces jeunes diplômés vers leur ancien professeur, nous trouverons ici une partie de l’explication.

Ajoutons à cela que le Père Laffineur était spécialisé en ergonomie du travail, je veux dire par là qu’il mettait tout en oeuvre pour que les gens qui acceptent des responsabilités aient à leur disposition tous les outils nécessaires à leurs tâches. Comme le professeur était doublé d’un esprit d’ingénieur et qu’en cas de nécessité il mettait directement la main à la pâte, vous comprendrez pourquoi tous ceux qui ont travaillé avec le Père Laffineur lui portaient une admiration et un respect tout à fait justifiés.

Le Père Laffineur nous a appris également à ne jamais nous soumettre sans comprendre, les supérieurs du Père Laffineur le savent, ils ne devaient pas attendre de lui une obéissance sans sens critique : nous devons chercher la vérité, même si pour cela il faut élever un peu la voix, ne jamais accepter le consensus mou, toujours lui préférer la justice.

Comme nous le demande l’écriture, et sur les conseils du Père Joseph l’insomniaque, nous resterons des veilleurs. Mais pour cela, nous aurons encore souvent besoin du Père Laffineur ; d’où tu es maintenant, Joseph, tu dois continuer à nous expliquer ce que nous ne comprenons pas encore très bien.

Merci Père Laffineur, Merci Joseph pour tout ce que tu nous a donné.

J.Soudron (nov.2004)

Directeur ai. du collège Saint-Michel Décès du Père Joseph

Un départ inattendu, brutal, encore et encore. Il est dit qu’il nous faudra perdre nos frères dans le désarroi, sans crier gare! les voir partir, meurtris, le coeur blessé.

Joseph, en ton nom je présente à tes frères, à toute ta famille nos condoléances, celles qui viennent du coeur; je sais ce qu’ils ressentent, l’épreuve qu’ils traversent ; eux aussi savent notre peine et la partagent,. En ton nom je remercie tous ceux et celles, nombreux, qui participent à la veillée; ils viennent te témoigner leur sympathie, leur reconnaissance, leur affection ; présents, ils partagent avec la famille et la communauté ton départ foudroyant ; ici ils prient pour toi.

Au nom de la Congrégation, au nom de la Province, je te dis merci, un merci large aux dimensions de la planète pour le Centre d’Alzon, ton oeuvre à toi, connue par-delà les frontières. Que le Père d’Alzon t’accueille entouré des trois bienheureux martyrs bulgares et de ces figures vénérables des premiers pères que tu connaissais sur le bout des doigts.

Deux mots encore = nous savions ta disponibilité à tout instant, ta compétence en informatique, digne des grands, nous savions aussi tes grosses colères, tranchantes devant l’injustice ; tu cassais le cercle des aménagements, tu nous mettais en dérive, tu fracturais les murailles des grandes déclarations, des réflexes et habitudes, tu cherchais à créer du neuf, toujours ailleurs, c’était ta manière de vivre ta foi: un « Debout » qui n’en finit pas de nous créer ; mais je savais, après tant d’années vécues ensemble, 40 ans, je savais ton tendon d’Achille = ta grande sensibilité cachée, pas d’étalage de sentiments, pas de grands sermons, certes, mais de temps à autre, une larme ; rappelle-toi, la mort de Pascal, de Violaine, de tes frères en communauté et ta poignée de main d’homme, forte, franche pour un service rendu. Les barrières brisées, nous nous sentions, soudain, proches malgré nos différences.

Nous cherchons, comme toi, comme nous tous, à être compris, estimés, rejoints au plus secret de ce que chacun vit. Il nous faut du temps pour oser croire que nous ne sommes pas seuls, aussi lourdes soient parfois les divergences et les incompréhensions. Nous ne sommes jamais seuls, puisque rejoints, habités par Celui qui a été jusqu’au bout du don, de l’oblation et qui, ici, est au milieu de nous, le Ressuscité en qui tu existes à tout jamais.

Une dernière prière : Joseph, n’oublie pas ta grande famille, ne nous oublie pas, tu ne seras plus là pour diffuser les C.D., du centre d’Alzon, tu ne seras plus là pour l’économat, corriger nos maladresses sur l’ordinateur, l’écran désormais vide, mais je sais que tu auras toujours un œi1 vigilant sur nos travaux et sur ton collège.

A votre façon, cher Père, vous nous rappeliez que, quoi qu’il advienne, survient toujours l’espérance comme une obscure clarté qui tombe du ciel étoilé.


| Mercredi, 19h,30 ler décembre 2004 P. Edgar Couvert

Bibliographies