Gérard (Louis-Francois) BOUDOU – 1889-1918

Portrait.
« Géard Boudou a passé à Louvain, outre ses deux ans de noviciat, cinq ans
à la maison d’études: trois années comme étudiant en philosophie, deux
comme répétiteur de philosophie et professeur d’histoire de la philosophie
et d’introduction biblique. Très grand de taille, passablement remuant, au
regard vif, au labeur acharné, d’une exubérance illimitée. Il
dormait d’un sommeil de plomb, mais il vivait aussi des journées doubles,
triples et peut-être quadruples, De la vie, de la vie et encore de la vie:
c’est bien ce qui le rendait irréductiblement jeune de
caractère et d’âme. C’est ce qui lui assurait aussi des succès réitérés
dans toutes les comédies, mieux les pantomimes: sa mimique, aux jeux
variés, lui permettait de reproduire, à s’y méprendre,
les personnages les plus illustres… Quiconque passait à Louvain,
quiconque avait été une seule fois aperçu ou entendu par lui, était
photographié et reproduit, quelquefois développé, par cet enregistreur
incroyable. Un sourd-muet aurait pu suivre,
en le regardant, le sens d’un livre ou du sermon… ». dans Polyeucte
Guissard, d’après P. Merklen.

Religieux français.

Une personnalité mobile et très vivante.

Louis est né à Marseillan (Hérault) le 12 octobre 1889. A 12 ans, il est orphelin de père. Le 12 avril 1901, il entre à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) où le reçoit le supérieur de l’époque, le P. Eugène Monsterlet. Il est du groupe qui part, chassé, à Mongreno au Piémont (1903) et de là à Calahorra en Espagne (1904- 1905). Méridional, peu habitué aux rigueurs du climat de montagne en Castille, il est un client assidu de la teinture d’iode et de la glycérine pour lutter contre les engelures et les crevasses. Comédien né, il anime d’une grande exubérance les veillées et fêtes de famille qui sont la distraction prisée des internats. Excellent nageur, il ne peut sauver de la noyade un de ses malheureux compagnons emportés dans l’Ebre. Il prend l’habit sous le nom de Fr. Gérard à Louvain le 13 septembre 1905 et y prononce ses vœux perpétuels le 13 septembre 1907. Sans interruption, sur place, commencent les études de philosophie. Porté aux enthousiasmes et à l’entrain, il part à la conquête de la vérité, un peu comme Don Quichotte sus à ses ennemis, à la pointe de sa lance. Excessif en toutes choses, ce disciple de Saint-Thomas d’Aquin et de Saint Augustin rêve de joutes oratoires avec Cajetan et se prête avec brio à la collaboration intellectuelle dans la Revue augustinienne dont il dresse une table analytique des articles, après la disparition de celle-ci en 1910. De 1910 à 1912, il devient professeur d’histoire de la philosophie et d’introduction biblique. En 1912, il quitte Louvain pour le collège de Worcester aux U.S.A. où il enseigne les lettres classiques et, en 1913, il gagne Jérusalem pour commencer ses études théologiques. Lorsqu’éclate la guerre mondiale, il vient d’être ordonné sous-diacre (2 juillet 1914).

En campagne. Mort des suites d’une blessure.

Le 15 septembre 1914, il rejoint le bureau de recrutement à Albi qui le verse à Perpignan dans la section des infirmiers. Il va connaître le front, car de l’hôpital Lamartine à Dunkerque (janvier 1915), il passe aux unités combattantes. Pendant les 5 premiers mois de 1916, il est dans ‘l’enfer de Verdun’ et en mai se retrouve dans le secteur des Flandres où il prend part aux sanglantes batailles de Bailleul et du mont Kemmel, La bataille fait rage, le 24 mai [1918] au petit jour il se trouve en tranchée, pris sous le feu du bombardement, à un poste d’observation. Un éclat d’obus le frappe à la tète, son casque est perforé, une large et profonde blessure lui déchire le crâne. Transporté le plus vite possible à l’ambulance d’Arnèke, il est décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme pour son courage: e je ne l’ai méritée, mais ce sera pour l’honneur du clergé ». Il meurt le 1er juin 1918 dans un concert de louanges et de regrets, car ce religieux s’est montré au front ce qu’il était au couvent, un entraîneur. En son honneur, un de ses confrères écrivit ces vers à sa mémoire

« Il nous dominait tous de sa superbe taille. Toujours nous tremblions que les vents de bataille Ne couchent brusquement ce combattant si droit, Pour lequel l’héroïsme était encore étroit,

Tant il avait au cœur la soif inassouvie De répandre pour tous sa lumière et sa vie, Il avait l’âme claire et large; sa candeur Etait pour son esprit source de profondeur. Nul plus que lui n’aima le Docteur angélique, Et ses premiers élans de zèle apostolique Disaient que sa doctrine était, en vérité

Celle de saint Thomas dans son intégrité.

Tous ceux qui l’ont connu le pleurent comme un frère

Et porteront le deuil de sa forte lumière! ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion (version l’Assomption aux armées) juin 1918, n° 516, p. 449-451; n° 518, p. 482; n° 519, p. 497-502; 1919, n° 569, p. 272. L’Assomption 1929, n° 333, p. 52-54. Polyeucte Guissard, Portraits Assomptionistes, p. 371-383. Natice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. La Lettre à la Dispersion a publié entre 1914 et 1918 une partie de la correspondance du temps de guerre du Fr. Gérard Boudou. Les archives de Rame conservent de ce religieux un lot de correspondances antérieures (à partir de 1910).