Gérard (Paul-Francois) MARTIN – 1872-1902

Jérusalem, 27 mai 1901.
« Me voici à Jérusalem depuis bientôt un mois et sur le point d’en partir.
Je tiens à vous remercier de la bonté que vous avez eue pour moi et vous
assurer que j’ai bien prié pour vous et pour l’Assomption
dans les Saints Lieux. Il me reste une dernière chose à vous demander.
J’avais pensé tout d’abord que c’était le P. Bailly qui déciderait en votre
nom, à Marseille, si nous irions à Paris ou chez nous directement. Or le P.
Bailly m’a dit de vous demander à vous-même ce que je dois faire en
arrivant à Marseille. S’il m’est permis de manifester un désir, je vous
assure que je serais très heureux d’aller premièrement vous voir, recevoir
votre bénédiction et vos avis. Peut-être même ne serait-ce pas un voyage
inutile si vous voulez me faire réformer, car mon livret militaire n’est
signé que pour un congé, c’est-à-dire pour trois mois. Le pèlerinage à
Jérusalem ne m’a pas bien fatigué. On me trouve même meilleure mine qu’à
mon
départ de Constantinople. Sans doute le changement d’air y
est-il pour quelque chose. Il faut dire aussi que nous n’avons pas eu
beaucoup à souffrir de la chaleur en Palestine. Je n’ai pas fait la
Samarie, mais le Jourdain et la Mer Morte».

Religieux français.

Un travail de pionnier en Turquie.

De parents savoyards d’origine, Paul-François Martin est pourtant né à Paris (Seine), le 27 janvier 1872. Il fait ses études secondaires dans les alumnats de la Congrégation: Notre-Dame des Châteaux (Savoie), Nice (Alpes-Maritimes), de 1884 à 1886, Mauville (Pas-de-Calais), de 1886 à 1886 et Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1888 à 1890. Il entre, sous le nom de Frère Gérard, le 6 août 1890 au noviciat de Livry-Gargan (Seine- Saint-Denis) pour la prise d’habit. Mais dès l’année 1891, il quitte et la Savoie et la région parisienne pour le noviciat de Phanaraki en Turquie. Profès annuel, il passe selon l’habitude de l’époque dans les maisons d’œuvres: Eski-Chéïr (1891-1892) encore à l’époque de sa fondation (1), Brousse (1892-1893). C’est à Phanaraki (1893-1895) qu’il revient et qu’il prononce ses vœux perpétuels, le 19 septembre 1895. Il est encore envoyé à Konia (1895-1897) avant d’entamer ses études théologiques à Kadi- Keuï (1897-1900), au terme desquelles il est ordonné prêtre le 2 septembre 1900. Ainsi le Père Gérard a-t-il donné une dizaine d’années de sa vie à la mission d’Orient, au moment même où se constituent nombre d’équipes de fondation et de premières missions ou postes de mission en Anatolie. La pauvreté des commencements est saisissante, les installations de fortune des plus primitives. Enfin il faut compter avec les tracasseries administratives de la Turquie à la fin du XIXème siècle, les gouverneurs des villes ne tenant pas à voir implantés des établissements d’étrangers, scolaires ou sociaux. Comme on manque alors de tout, les religieux et les religieuses s’improvisent facilement menuisiers pour fabriquer les premiers matériaux ou structures de l’école, de la chapelle ou du dispensaire. Durant le jour,

on donne des leçons de français aux enfants qui se pressent de plus en plus nombreux à la nouvelle école, la nuit est consacrée au travail de menuiserie. On sait en plus qu’en Turquie une loi protège les constructions faites la nuit. Le P. Gérard retrouve à peu près les mêmes conditions de démarrage à Eski-Chéïr qu’à Konia, son dernier poste en Orient. Konia est alors la mission la plus avancée à l’intérieur de la Turquie, en pleine Anatolie. C’est là que le P. Gérard passe deux années avant de ressentir les atteintes de cette maladie de la tuberculose qui va avoir raison rapidement de lui. A Konia, on se souvient du P. Gérard comme d’un maître de chœur averti: il s’occupe des enfants qu’il forme aux cérémonies religieuses, aux chants, aux offices et aux grandes fêtes de l’année liturgique, en particulier de Noël. Il aime se charger lui- même de la décoration de la chapelle. Mais tous ces travaux l’épuisent, ses forces finissent par le trahir. Il doit se résigner à un repos forcé, ne pouvant plus chanter. Atteint comme beaucoup d’autres religieux à l’époque de cette maladie quasi incurable qu’est la tuberculose, il peut bénéficier d’un pèlerinage à Jérusalem (1901). Il a la joie d’y retrouver son frère plus jeune, comme lui religieux de l’Assomption, le futur Père Léon Martin (1876-1953). Il rentre en France, se repose quelques mois en famille en Savoie. En février 1902, il arrive en Belgique à SaintTrond. Malgré son état de faiblesse, il suit le règlement de la communauté, participant à tous les exercices réguliers. Le 30 mai 1902, il rend le dernier soupir. Il y est inhumé le 2 juin suivant, dans le cimetière de la commune. Le P. Gérard Martin est le premier religieux de l’Assomption qui soit mort en terre belge (2). (1) On loge alors dans une vieille masure. construite en planches, comme la plupart des maisons d’Asie Mineure à cette époque. Les portes ne ferment pas, les fenêtres ne tiennent pas et un coup de vent suffit à les ouvrir. (2) La première communauté assomptionniste constituée en Belgique est celle de Taintegnies, fondée en mars 1891. Puis viennent dans l’ordre. en 1900 Bure et Louvain, en 1901 Saint- Trond, en 1902 Courtrai, en 1903 Sart-les-Moines, en 1904 Le Bizet, en 1905 Zepperen , en 1906 Gempe. Il faut attendre l’après guerre mondiale pour la fondation importante à Saint- Gérard (1919).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1902, no 67, p. 109. Souvenirs 1902, 15 juin, no 1 (circulaire du P. Damascène Dhers). Missions des Augustins de l’Assomption, juillet 1902, no 75, p. 111. Lettre du P. Gérard Martin au P. Picard, Jérusalem, 27 mai 1901. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Christiane Babot, Les Missions des Augustins de l’Assomption à Eski-Chéhir (sic), Strasbourg, 1996. Dans les ACR, du Père Gérard Martin, deux correspondances (1891 et 1901).