Ghislain (Henri-Paul-Joseph) DALLE – 1901-1968

Repos en famille.
« Le but du petit mot que je me permets de vous écrire, est l’espoir
d’obtenir de votre bienveillance un mois de vacances en famille dans mon
petit village natal à Linselles
(Nord), Après entente avec le P. Sylvestre, notre supérieur à Nîmes, ce
serait sans doute pour le mois d’août. La santé est le principal motif de
cette demande. J’espère bien me reposer, soigné et choyé par mes deux sœurs
qui restent à la maison familiale. Il me sera facile alors de demander un
rendez-vous au professeur P. Giard, des facultés libres de Lille,
cardiologue qui me soigne admirablement depuis
1956. Vous savez que je fais partie d’une nombreuse famille: J’ai cinq
frères mariés et cinq sœurs dont 3 religieuses: Oblate, Fille de la
Charité, Religieuse du St- Sauveur. Les neveux et nièces petits-neveux et
petites-nièces sont actuellement 40, en nombre toujours croissant. Chacun
se fait un plaisir de rendre visite au vieille oncle et j’ai la grande joie
de constater l’union de toute la famille. J’espère que vous m’accorderez
cette faveur… » P. Ghislain Dalle au P.
Dufoult Nîmes, 13 juin 1966.

Ghislain (Henri-Paul-Joseph) DALLE

1901-1968

Religieux de la Province de Paris.

Un fils du Nord.

Henri Paul Joseph Dalle est né le 26 janvier 1901 à Linselles (Nord) petite commune mi-industrielle mi- rurale de la vallée de la Lys. Il est l’un des onze enfants d’une famille honorablement connue. Il fait ses études secondaires au Bizet (1913-1914), interrompues par la guerre, puis à Sart-les-Moines (1919-1920) et aux Essarts (1920-1921). Au Bizet, le P. Gustave Ranson se souvient de ce jeune garçon consciencieux et travailleur qu’il aide à se corriger d’un défaut de prononciation. Pendant la guerre, le jeune Henri essaie tant bien que mai de continuer des études avec l’aide d’un vicaire de la paroisse. Il accomplit ses obligations militaires (1922-1924) avant d’entrer au noviciat de Taintegnies où il prend l’habit le 28 août 1924 sous le nom de Frère Ghislain. Le P. Savinien Dewaele apprécie ce jeune homme tenace, mûri par l’âge et les épreuves. Il prononce ses premiers vœux le 29 août 1925. Les deux années de philosophie se déroulent à Saint-Gérard (1925-1927) et les quatre années de théologie à Louvain (1927- 1931). Malgré des études secondaires irrégulières, le frère Ghislain fait excellente figure, apprécié par le P. Sidoine Hurtevent, connaisseur en hommes et fort peu louangeur par tempérament et par principe: « Fort bien doué intellectuellernent, sans être brillant ni jouir d’une extrême facilité, mais bûcheur de première force ». Le Frère Ghislain est profès perpétuel le 29 août 1928 et, le 31 mai 1931, il est ordonné prêtre à Louvain par Mgr Noël de Cleene.

En service dans l’enseignement.

En août 1931, le P. Ghislain est affecté au collège de l’Assomption de Nîmes (Gard): c’est son premier et unique poste, sauf pendant la seconde guerre mondiale. Mobilisé en août 1939,

affecté à Lille, il est fait prisonnier et interné au stalag de Villingen dans la région de Stuttgard jusqu’en 1943. Si on défalque ces années de guerre, on constate qu’il a consacré plus de 30 ans à l’enseignement scolaire dans la même classe, la sixième classique! Cette stabilité répond au goût de perfection minutieuse du P. Ghislain, de compétence parfaite mais aussi de crainte du changement, de l’inédit et du risque d’échec qu’une timidité et une méfiance naturelle lui inspirent. Les supérieurs conscients de cet état d’esprit, ne veulent point troubler une carrière si ordonnée.

Caractère.

Le P. Pélégry, longtemps préfet des études dépeint ainsi son confrère: « je l’ai toujours connu professeur titulaire de 6ème classique enseignant aussi d’autres matières, l’histoire, la géographie, l’instruction religieuse… Ce qui frappe en lui, c’est le soin apporté à la préparation de ses classes, l’organisation minutieuse de chaque heure, les directives données aux élèves. Rien n’est laissé au hasard des circonstances et à l’inspiration du moment. Pour de jeunes esprits, cette méthode offre des avantages car rien d’essentiel n’est sacrifié ou oublié. Tous cependant ne répondent pas avec le même enthousiasme, et le danger d’une organisation trop systématique, c’est d’engendrer une certaine monotonie, de favoriser la passivité des paresseux. Homme du devoir quotidien, le P. Ghislain ne peut, à cause des excès mêmes de sa méthode, contrôler tous les risques d’enlisement, de routine et de refus de changement queue entraîne».

Cet horizon un peu restreint, une habitude de vie casanière, une certaine idéalisation du passé provoquent en communauté, à l’égard du P. Ghislain, tantôt des sentiments d’admiration tantôt des bouffées d’ironie. Les dernières années du collège de Nîmes lui sont particulièrement douloureuses; cette perspective d’une possible fermeture a pu compter dans le dépérissement de son état physique: rhumatismes, troubles cardiaques, crises d’angine de poitrine. En 1966, après une période flottante d’observation en clinique il doit être hospitalisé: Nancy (octobre 1966), Linselles (avril 1967) en famille où il est soigné par deux sœurs. Rattaché à la communauté de Lambersart, il s’organise une vie de sédentaire impotent, toujours soucieux du lien avec sa famille religieuse. Il meurt subitement le 15 mai 1968 et il est inhumé à Linselles (Nord) le samedi 18 mai dans le cimetière du pays natal.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1969, p. 299-301. On doit au P. Manuel Vandepitte 5 pages de notes biographiques sur le P. Ghislain Dalle. Paris-Assomption 1968, n° 113 p. 20-26. Dans les ACR sont conservées quelques correspondances du P. Ghislain écrites entre 1932 et 1941, de Nîmes et d’Allemagne). Notices Biographiques