Gilbert (Albert) HENRY – 1920-1997

Les Missionnaires de la Croix, filles puînées de l’Assomption,
« Le projet de fondation prend corps en 1947. Il est presque une réalité.
Tout naturellement c’est la Belgique, patrie du P. Nicolaes Niklaes, qui
sera le champ d’apostolat du nouvel Institut. Le P. Nicolaes fait un acte
de foi aveugle et s’embarque pour la Colombie, selon le désir de son
Provincial de renforcer l’équipe des missionnaires. Il rejoint ses
confrères à Cali et les épaule avec ardeur. En
1948, il est transféré à Bogota. C’est alors qu’éclate l’effroyable
insurrection à caractère communiste, celle du fameux 9 avril. Il y perd
tout, même linge et bréviaire, et n’échappe lui-même à la mort que par
miracle ainsi que les PP. Dumon et Melchior. Mais il ne perd pas son
invincible confiance en la Providence et son projet de fondation, toujours
à l’état de chrysalide dans son âme. En 1950, il envoie Mlle Maria Teresa
Peralta à Breda (Hollande) dans un couvent de la ville, de façon à ce
qu’elle obtienne un diplôme d’assistante sociale. Cette dernière rencontre
deux autres volontaires Maria Peeters et Marie-Louise Van Linthout qui se
trouvent ainsi mêlées à la fondation du
nouvel institut».

Religieux de la Province de Belgique-Sud, en mission en Colombie.

Formation.

Albert Henry naît le 2 mars 1920 à Corbion, près de Bouillon (Belgique), sixième enfant (unique garçon) d’une famille de sept. Elevé chrétiennement, il ressent très tôt l’appel du Seigneur. Remarquant ses qualités, le curé de la paroisse lui enseigne les rudiments de latin durant deux ans (1932-1934). Il entre alors à l’Institut Marie-Médiatrice, l’alumnat de Bure où, deux ans durant (1934-1936), il termine ses années de grammaire; ensuite ce sont les années d’humanités au Prieuré Saint-Michel de Sart-les- Moines (1936-1938). Il décide alors d’entrer à l’Assomption sous le nom de Frère Gilbert où il parcourt le schéma classique de la formation: prise d’habit le 25 septembre 1938 à Taintegnies, suivie de la première profession le 26 septembre 1939; philosophie (1939-1942) et théologie (1942-1946) à Saint-Gérard. Il y fait sa profession perpétuelle le 26 septembre 1942 et y est ordonné prêtre le 5 mai 1946. Les dix premières années de son ministère, le P. Gilbert les passe en Belgique, comme professeur de 4ème des Vocations Tardives à Sart-les-Moines (1946-1951), comme vicaire dans la région de Charleroi, à Gilly-Haies (1951-1952) et comme aumônier des ‘Stations de Plein Air’ (1952-1956) et collaborateur de ‘Jeunesses’, la petite revue éditée par la maison de Sart-les-Moines, à l’adresse des bienfaiteurs, enfin comme vicaire à Taintegnies (1956-1957).

‘Evangélisateur des pauvres’.

Le P. Gilbert qui reprendra son prénom de baptême, Albert, peut enfin réaliser son rêve: partir en Amérique latine. Le 12 novembre 1957, il s’embarque pour la Colombie. Au collège d’Alzon à Bogota, il commence son apostolat ‘hispanique’: il est professeur pendant cinq ans, sans jamais prendre l’accent. Mais au quartier de Rio Negro, sur la paroisse de S. Sofia de Bogota,

il prend tout à coup conscience de l’immense misère du peuple de Colombie. Elle devient le véritable moteur de son apostolat. Cinq ans plus tard (1962), envoyé à San José au Costa Rica, il rejoint le P. Madina qui y a fondé une Cité des enfants. Toujours soucieux de vocations, le P. Albert commence une oeuvre de recrutement. Dire que le succès soit grand, c’est trop modeste. Il faut faire un choix parmi les candidats et le P. Albert en retient une douzaine, puis il se met au travail en assumant les devoirs de supérieur, d’économe, d’éducateur selon le P. Couvert. Cela dure deux ou trois ans. En mai 1964, le P. Albert se retrouve au Chili, responsable de paroisse, puis supérieur du scolasticat. Là il fait l’expérience que l’Amérique latine n’existe pas: à Santiago, il y a des Chiliens, des Argentins, des Colombiens et quelques Brésiliens. Les différences sont là, et le P. Albert y connaît des difficultés pour lui insurmontables, malgré les meilleures intentions des novices. Pour changer d’idées, le P. Albert se rend aux U.S.A. initier ses confrères américains du Nord aux problèmes sud-américains. Le 27 mai 1967, il rentre en Colombie. Jusqu’en 1994, directeur du petit séminaire de Suba (Bogota), animateur de retraites, s’occupant du quart monde, visitant les prisons. Le P. Raymond Desseling décrit son apostolat: « Les prisonniers ont confiance en lui, le ‘Padre’. Ils se confessent à lui, demandent conseil, recommandent leurs familles, surtout les enfants ‘ à qui le Père fournit une aide économique. Ce qui fait souffrir davantage le P. Albert, ce sont les cas de prisonniers innocents qui pourrissent dans la prison. Pour ceux-ci, il cherche et paye un avocat pour défendre leur cause ». La renommée de bonté du P. Albert pour les pauvres s’est répandue très rapidement. A Punta Corazon de Barracabermeja où travaillent en mission des volontaires belges et français dans une misère extrême, il envoie et apporte une aide économique. Il a une véritable prédilection pour les plus pauvres parmi les pauvres. Tous les dimanches, au séminaire de Suba, c’est une procession de pauvres qui cherchent aide, consolation et conseil chez lui. Il ne refuse jamais la main à celui qui lui tend la sienne. Il a le don de rendre présent le Christ et son enseignement d’amour. Un autre centre d’intérêt missionnaire du P. Henry concerne le ‘secteur d’invasion’ à Bogota au bord du ruisseau Juan Amarillo. Un ‘secteur d’invasion’ est un lieu où les gens s’approprient un terrain sans la permission du propriétaire, où ils s’installent en construisant leur ‘hutte’ de carton et de planches et où, en général, il n’y a ni eau ni lumière. Petit à petit ces gens s’ingénient à se connecter aux poteaux électriques, en contrebande évidemment. Le P. Henry les encourage à sortir de la misère, car la richesse du pauvre, c’est sa maison. Bien des témoignages posthumes d’admiration sont ainsi parvenus sur le compte du P. Albert qui fut pour beaucoup le meilleur cadeau de leur vie chrétienne. Certes tout ne fut pas ?rose’: sa naïveté et sa bonté, comme sa compassion et son entêtement sont devenus proverbiaux. En 1994, sa santé décline. Il revient en Europe pour se faire soigner, mais le progrès de la maladie est inéluctable. Il s’éteint comme une chandelle consumée le 8 mars 1997. La chapelle du collège de Bogota ne peut contenir la foule qui vient pleurer un Père. Le P. Albert est inhumé le 9 mars 1997 au cimetière des jardines de Paz à Bogota. Ses amis de Belgique se retrouvent à Corbion le 15 mars pour lui rendre hommage.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Belgique-Sud Assomption, avril 1997, p. 3314-3322. ART Informations, 1969, n° 2, p. 2; 1973, n°41, p. 2. Documents Assomption, Nécrologe (VII) 1996-1997, p. 64-66. P. Albert Henry, La puînée de l’Assomption, mai 1961, 4 pages. Le P. Albert Henry a donné des articles sur les missions de l’Assomption au Costa Rica et en Colombie dans les différentes revues de l’Assomption : Missions (1959-1963), le journal La Croix (décembre 1960 et mars 1961), l’Assomption et ses (Euvres (1964), Jeunesses (Bure, 1963-1964). Quelques correspondances du P. Henry sont conservées dans les ACR (1958-1965).