Girard (Marie-Louis-Marcel) PELLEGRIN – 1906-1997

Lorgues, 1964.
« C’est beaucoup d’honneur pour moi que de recevoir des vœux d’un ‘vieux
romain’. J’en suis très flatté et vous en remercie en vous offrant les
miens sincères et abondants dont celui de vous revoir à Lorgues aux
vacances prochaines, un Lorgues un peu rafraîchi, grâce au dynamisme de
notre nouveau Provincial [P. Noël Bugnard] et à la boraté du P. Général [P.
Wilfrid Dufault]. Je suis très content que son passage à Lorgues lui ait
laissé bonne impression. Puissiez- vous être bon prophète! Lui- même nous a
laissé entendre qu’il nous faisait une visite d’adieux et les Provinces
françaises semblent escompter un changement. Il est vrai qu’elles seront
minoritaires au Chapitre. Vous connaissez
maintenant nos délégués, les PP. Ehlinger et Morand Kleiber. Je crois
qu’ils représentent assez bien nos diverses tendances. Nos discussions ont
été plus sereines qu’animées, les vœux nombreux et audacieux sinon
révolutionnaires grâce à l’habileté de notre promoteur. Quant à moi j’ai
peu parlé et beaucoup écrit par la faute d’un plaisantin qui avait fait
campagne pour me faire nommer pro-secrétaire!
Heureusement que le P. Morand a la plume facile et s’entend à résumer les
débats! ».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de France Curriculum vitae. Marie -Louis-Marcel Pellegrin est né dans un hameau de Saint- Julien en Champsaur (Hautes-Alpes), le 24 juillet 1906, le dernier de onze enfants. Il est l’un des fondateurs de l’alumnat de Saint-Sigismond (Savoie) en 1918. Après un court séjour à Vinovo en Italie (1921- 1922), il étudie à Miribel-les-Echelles (Isère), de 1922 à 1923. Le 31 octobre 1923, il prend l’habit au noviciat de Taintegnies en Belgique et le nom de Frère Girard. Profès le ler novembre 1924, il s’en va étudier la philosophie à Saint-Gérard (1924-1926), accomplit son service militaire en 1927-1928 et commence les études de théologie à Louvain pour les continuer à Rome en 1929. Profès perpétuel le 8 décembre 1929, il est ordonné prêtre le 20 février 1932. Nommé au scolasticat de Scy-Chazelles (Moselle), il est aide-économe tout en s’initiant au ministère pastoral. En 1935, il est affecté à l’alumnat de la même localité. Mobilisé en 1939, prisonnier en juillet 1940, il ne revient de Bavière qu’en mai 1945. Il part alors pour Tunis-Bellevue et y reste 17 ans, trois ans comme vicaire, quatorze comme curé et neuf comme supérieur. Le P. Lefebvre Bornand écrit de lui: « Du curé il a non seulement les prérogatives mais surtout le s qualités. Ordonné, méthodique, il tient remarquablement les nombreux registres. Par l’affabilité de son caractère, il a conquis la sympathie de tous. Pourtant il grisonner Peut-être est-ce une suite de sa captivité ou l’effet de soucis: la paroisse est importante, composée d’éléments disparates et la voûte de l’église se fissure ». De 1962 à 1974, le P. Girard est supérieur de la maison de repos de Lorgues (Var). Il se dévoue à ce poste avec bonté, délicatesse et compétence, donnant à tous affection et sérénité. Quand il quitte Lorgues en 1974, le P.Alphonse-Marie Jubert, son bras-droit, le salue en ces termes. « Souffrez, cher Père, je dis bien soufflez, car nous savons que vous n’aimez ni parlotes ni démonstrations, que nous vous disions nos regrets et notre peine de vous voir quitter notre maison de Lorgues. Nous ne pouvions, paraît-il, vous imposer le fardeau d’un cinquième triennat, mais nous avions l’espoir de vous garder parmi nous et j’avais fait le rêve d’un prochain chapitre local où nous vous aurions à l’unanimité élu premier conseiller. Nous n’oublierons pas que douze ans durant vous avez été l’âme de cette maison, à votre façon, sans craindre de mettre largement la main à la pâte en vous livrant à toutes sortes d’occupations humbles et inattendues. Vous avez quelque peu transformé notre environnement et je ne citera! sur ce point que notre chapelle restaurée qui fait l’admiration de tous nos visiteurs. Vous avez été surtout l’âme de notre communauté, bienveillant, disponible, A.A attentif aux besoins de chacun, à leurs soucis personnels ou familiaux. Et là je me garderai de toute explication comme de toute énumération: vous avez vu passer ici tant de religieux, dont une cinquantaine de trépassés! ». Le P. Girard qui sur le tard reprend son prénom Louis réside ensuite vingt ans à la maison provinciale de Lyon-Debrousse (Rhône), d’abord économe adjoint, puis économe à partir de 1982. Il ne recule devant aucun service. propreté de la maison de la cave au grenier jusqu’aux coins les plus reculés; jardinage et courses en ville, ministère auprès des religieuses et messes dominicales dans les Monts du Lyonnais à Chazelles. Au début de décembre 1994, le P. Louis rejoint les Pères aînés à Saint-Sigismond, là où il a commencé son parcours. Quelques jours après son arrivée, il écrit au Vice-Provincial, le P. Michel Zabé. « J’espère que la beauté du soir de la vie sera ici plus douce et lumineuse encore que ne le fut en 1918 celle du matin en ce même lieu. je suis dans les meilleures conditions pour préparer la venue du Seigneur. Le temps de lAvent m’y engage ». Le Père Louis meurt à Chambéry (Savoie) le 21 novembre 1997, après huit semaines d’hospitalisation. Le P. Robert Brochier, son compatriote, préside la cérémonie des obsèques en présence d’une forte délégation de parents venus du Champsaur en car. Le P. Michel Zabé rend un fraternel hommage à celui qui a incarné la serviabilité auprès de ses frères et qui leur laisse plus qu’un souvenir, une lumière. Hommage du P. Michel Zabé au P. Pellegrin. « Arrivant à Lyon en 1977, j’ai découvert un père par l’âge, un frère en qui l’esprit communautaire assomptionniste était enraciné, un homme attentif, dévoué, fraternel, qui ne s’est jamais pris au sérieux, ce qui lui a permis de garder dans sa vie une place pour l’humour. C’est une qualité pour laquelle je lui dis merci et, par la même occasion merci au Seigneur de mis sur ma route. C’était bon de frapper à sa porte, autant pour se dire un bonjour, recueillir un sourire, que pour partager une bonne plaisanterie. En lui le bon cœur éclairait le visage. Un visage qui pouvait vous parler autant le langage de la tendresse que dans le ton solennel qu’il prenait lorsqu’il était à l’autel. Ministre de la Parole, il le fut, et d’une manière parfois retentissante. En voyant sa vitalité à 84 ans, je lui ai dit qu’il prenne ses dispositions pour être notre premier centenaire assomptionniste. Il m’a répondu: ‘Pourquoi pas? Mais seize ans à tirer, ça fait long!. Plus tard, pour lui faciliter ce projet, je lui ai fait la proposition de rejoindre Saint- Sigismond. Il m’a remercié chaleureusement pour ce changement qui marquait sa vie. Le Il novembre dernier, nous bavardions ensemble à l’hôpital. Il aspirait à revenir à la communauté de Saint-Sigismond pour finir le travail qu’il avait entrepris, celui de mettre les religieux défunts dans l’ordre chronologique de leur mort. Il ne pouvait savoir quand son nom y figurerait. Pourtant il me dit d’un air malin: ‘ Vu mon état, je pensais bien passer la Toussaint là-haut. Mais comme on ne m’a pas appelé, je me vois dans l’obligation de prier pour ma guérison! C’est le dernier bon mot que je garde de lui, sans parler du sourire qui l’accompagnait et auréolait son visage ornée d’une belle barbe blanche ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation; Documents Assomption, Nécrologe (VII) 1996-1997, p.104-106. Assomption-France, Nécrologie année 1997, p. 410-412. Un départ qui crée un vide et laisse une tristesse: article du P. Rémi Munsch sur le P. Girard Pellegriri dans Dimanche (hebdomadaire de Lorgues), 1974. Lettre du P. Girard Pellegrin au P. Alphonse Picot, Lorgues, 14 janvier 1964. Dans les ACR, du P. Girard Pellegrin, correspondances (1936-1994), rapports sur Tunis- Bellevue (1952-1961). Notices Biographiques