Goulven CAM – 1938-1988

Interrogations sur fond de méditation.
« Il était une fois un homme – était-ce un homme ou un démon’? Peut-être
les deux -, mais peut-être n’était- il seulement qu’un petit adolescent
attardé en quête de personnalité, se plaisant à se cacher dans les fourrés
de ses labyrinthes intérieurs. Et cet homme c’était moi. I1 pensait avoir
tout quitté pour le Christ. Mais tantôt il quittait les
autres pour le Christ, tantôt il quittait le Christ pour les autres. I1
n’avait pas encore réalisé qu’il fallait aussi se quitter soi-même. I1
disait vouloir travailler pour l’avènement du Royaume, et il le faisait.
Avec fougue, avec générosité, avec désespérance parfois, avec colère aussi.
Il oubliait que le Royaume était aussi à faire advenir en soi d’abord. Il
pensait de trop que l’Eg1ise était un magnifique chantier qu’il fallait
bâtir, construire et édifier. Chacun, disait-il, devait y apporter sa
pierre, mais sa pierre à lui était si importante à ses yeux qu’il oubliait
de considérer les pierres que les autres ne cessaient d’apporter dans le
ciment de l’Esprit et de la charité. I1 se méfiait des idéologies, celles
des autres, mais il cherchait, lui, à comptabiliser l’Invisible…. ».

Religieux de la Province de France.

Creuser le sillon droit et profond.

Gouiven est né le 17 septembre 1938 à Ploudaniel dans le Finistère. Il fait ses études à Saint-Maur dans le maine-et-Loire (1950-1953) et à Cavalerie en Dordogne (1953-1956). Il prend l’habit à Pont-l’Abbé d’Arnoult le 30 septembre 1956 et fait sa première profession le 1er octobre 1957. Le P. Picot, son maître des novices, le trouve un peu effacé par timidité, consciencieux ayant l’étoffe d’un religieux, d’une réelle piété, dévoué et docile. Il accomplit ensuite une année complémentaire à Valpré pour passer la seconde partie du baccalauréat et fait deux années de philosophie à Layrac (Lot-et- Garonne) de 1958 à 1960. Le service militaire, de 1960 à 1962, le mène en Algérie, à Blida. Il fait sa théologie à Valpré, près de Lyon (1962- 1966): il y prononce ses vœux perpétuels le 8 décembre 1964 et y est ordonné prêtre le 23 mars 1966. Après une année pastorale sur Lyon, il est nommé professeur d’alumnat à Saint-Maur. En 1968-1969, il reprend le joug scolaire avec des études catéchétiques à l’I.S.P.C. de Paris. De 1969 à 1974, il est en service paroissial à Tasdon, banlieue de La Rochelle (Charente- Maritime). Il retourne encore à Paris pour une année de formation permanente du clergé (1974- 1975). En 1975, il est affecté à Fumel (Lot-et- Garonne), puis à la paroisse Notre-Dame de Salut de Bordeaux-Caudéran (Gironde) en 1981 où il rend le service de l’économat (1982-1988). Sa vie s’achève brusquement à 50 ans: ainsi l’a-t- il décidé, après l’annonce qui lui est faite d’un cancer foudroyant, le 25 octobre 1988. Ses obsèques sont célébrées le 28 octobre suivant à Bordeaux-Caudéran. Il y est inhumé, dans la tombe de la communauté de l’Assomption.

En quête de l’enfant qui lui permettrait de renaître.

De nombreux témoignages qu’une disparition précoce a suscités et de quelques écrits personnels qui ont pu être conservés nous extrayons les lignes suivantes:

« Le P. Goulven a profondément marqué ceux qui l’ont fréquenté. J’ai pu communier quelques heures à sa souffrance soudaine, imprévisible et, au cœur de ce désert, à son espérance, au cri de sa foi et à sa quête impossible pour retrouver au fond de lui-même le meilleur de sa vie. Religieux-prêtre, une question le hantait: comment le devenir chaque jour un peu plus? Le meilleur, il le mettait sur le compte de Dieu. Il percevait comme un appel ce pas de plus à accomplir pour devenir l’homme de service qui n’arrive jamais au bout de lui-même. Il aimait se situer dans cette dynamique pour sa charge pastorale: que chacun devienne responsable des autres, que des liens se lissent, que des groupes naissent et se mettent en route, que les hommes grandissent en humanité, que les chrétiens sachent non seulement donner, mais se donner, s’ouvrir aux attentes des autres, les prendre en charge pour les faire vivre. En communauté, était précieux son sens du discernement car le P. Goulven portait au fond de lui cette préoccupation que chacun soit vraiment en marche pour un plus haut ou un mieux. Ils ont dit l’exigence qu’ils ont trouvée en toi de la fidélité et de ta hantise, parfois effrayante, de faire la vérité. Un de tes frères n’a-t-il pas dit de toi que tu étais là où Dieu t’attendait, sachant que c’était Dieu qui faisait le travail? Le P. Goulven a traversé le désert: sur sa table, dans sa chambre, un seul livre, celui de Saint Jean de la Croix, La Nuit Obscure. S’en remettre à Dieu quand tout est nuit, comme ce poème intitulé La Source, photocopié par le P. Goulven, qui nous parle d’espérance..».

De la main du P. Goulven qui disent son chemin et son combat: « Je suis enfant de Dieu. Je le crois profondément. Je crois que l’Amour de Dieu est plus fort que la mort. Voilà les deux références de ma vie et je fais mienne cette citation: Père, j’ai tenté d’être un homme, et je suis ton enfant ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe IV, 1987-1990, p. 35-36. Assomption-France, Nécrologie 1988, p. 145-147. Les ACR conservent du P. Goulven Cam deux lettres écrites de Blida en 1961 pendant le temps du service militaire. Texte autographe 1985. dossier personnel (Interrogations sur fond de méditation). Homélie pour les obsèques du P. Goulven Cam par le P. Le Gleuher (28 oct. 1988).