Goulven (Francois-Marie) KERVIAN – 1893-1918

Nouvelles du front 1917-1918.
« En ce jour de Noël [1917], je m’unis à toute la famille, de
c?ur seulement, car matériellement la chose serait difficile. Nous occupons
les premières lignes dans un secteur bien connu pour les coups de main.
Jusqu’ici tout
s’est bien passé cependant. Les Boches sont venus une fois seulement
essayer de couper nos fils de fer, mais les
veilleurs étaient là, et force leur a été de retourner bredouille.
Aujourd’hui je n’aurai même pas la messe, mais nous venons au repos pour le
premier de l’an. J’aurai encore l’occasion de revoir le P. Aymard Faugère.
Excusez mon griffonnage, j’écris dans l’obscurité, sur mon sac…
Après avoir passé les premiers jours de l’an au repos, je veux dire en
dehors des lignes, parce qu’en fait de repos, c’est plutôt la misère, nous
remontons ce soir vers notre
cote 304 (3). Nous avons déjà quitté le village ce matin et
nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans un bois. Je profite d’un petit
feu pour vous envoyer ces quelques mots.
Nous remontons pour 16 jours comme d’habitude. Le secteur n’est pas trop
marmité, nous souffrons surtout du froid. Nous attendons la relève par les
Américains ».

Religieux français.

Une victime de la première guerre mondiale.

François-Marie Kervian est né le 19 février 1893 à Plouvorn (Finistère). Elève dans les alumnats du Bizet en Belgique (1905-1910) et d’Ascona en Suisse (1910-1911), il entre au noviciat de Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg, le 14 août 1911. D’après une correspondance de l’époque, il fait un temps de postulat à Gempe (Belgique). Après une année sur place, à Limpertsberg, il prononce ses premiers v?ux, le 15 août 1912, sous le nom de Frère Goulven (1). Il est alors envoyé en Orient et il est attaché à la maison de Koum-Kapou (quartier turc de la ville d’Istanbul, sur la rive européenne), comme professeur auprès des jeunes alumnistes. Il y renouvelle ses v?ux annuels en août 1913. Il est encore prévu une autre cérémonie de renouvellement de ses v?ux en 1914 lorsqu’éclate la première guerre mondiale début août 1914. Il est immédiatement mobilisé au 19ème régiment d’infanterie et il est nommé caporal au début de décembre 1914. Il passe au 51ème régiment d’infanterie et part pour le front, le 17 juillet 1915. Il est blessé le 17 septembre 1916 dans la Somme (2), à son poste, pendant un bombardement d’obus de gros calibre. Il reçoit la Croix de guerre. Soigné, il repart pour le front le 1er novembre 1916. Le 5 août 1918, il tombe alors qu’il part en mission de reconnaissance. Il meurt dans les bras d’un de ses compagnons et est inhumé le 6 à Chirmont (Somme). Il n’a que 25 ans.

Notes et souvenirs du P. Aymard Faugère sur le Père Goulven.

« Parmi les derniers disparus, j’ai connu surtout le Frère Goulven Kervian qui faisait partie du même corps d’armée que moi, mais depuis février dernier sa division a été envoyée dans la Somme et je ne l’ai pas revu.

L’hiver dernier, nous avons eu souvent l’occasion de nous voir à Rarécourt (Meuse) où est établie mon ambulance et où son régiment descendait au repos. Le P. Olivier Dabescat était aumônier de ce même régiment quand il a été blessé. Le Frère Goulven aspirait au retour à la vie religieuse. Il eut beaucoup à souffrir durant ces longues années de guerre pendant lesquelles il prit part à bien des combats: Verdun, la Somme, Craonne, la cote 304… Les galons de caporal lui occasionnaient des soucis et des fatigues supplémentaires. Il aurait pu obtenir davantage, se présenter au concours des élèves-aspirants, mais il avait un trop grand dégoût de la vie militaire. Son seul désir était d’avoir à soigner les blessés comme infirmier ou brancardier, mais on ne lui permettait pas de faire la remise de ses galons. Les Nouvelles à la Dispersion ont oublié de signalé sa blessure du 16 avril 1916 à l’attaque de Craonne. Il aurait dû avoir la cuisse fracassée, mais quelques biscuits restés dans sa poche ont amorti le choc. Il fui alors évacué, si je ne me trompe pas, à l’abbaye de Pontivy (Yonne) ».

(1) Goulven ou Golvinus ou encore Golwen est un saint breton d’origine anglaise, du VIIème siècle. Il est honoré au 9 juillet comme évêque de Saint-Pol-de-Léon, mais il serait mort à Rennes où l’on garde ses supposées reliques.

(2) On désigne sous le nom de batailles de la Somme de très meurtrières offensives menées par les troupes franco-anglaises, de juillet à novembre 1916, pour essayer de percer le front de la deuxième armée allemande, commandée par Von Bulow. Après 20 semaines de combats, sept jours d’une intense préparation d’artillerie, les résultats sont maigres. Les Alliés ont créé dans le front un saillant de 10km. de profondeur, mais les pertes humaines sont énormes: pas moins de 700.000 du coté des Alliés et de 500.000 dans le camp allemand. Cet échec coûta à Joffre son poste de général en chef (décembre 1916).

(3) On appelle la cote 304 une position militaire des environs de Verdun, entre le bois de Malancourt et le Mort-Homme. Elle fut le pivot de la défense de Verdun sur la rive gauche de la Meuse. Après l’échec de tous leurs assauts en 1916, les Allemands s’en emparèrent le 28 juin 1917; elle fut reconquise par les Français le 24 août 1917.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1918, n° 532, p. 194, 197; n° 542, p. 353; 1919, n° 569, p. 272. Notice biographique du Frère Goulven Kervian par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Durant ses années d’incorporation militaire, le Frère Goulven Kerbian a donné de nombreuses nouvelles de sa vie au front dont plusieurs ont paru dans L’Assomption aux armées. Nouvelles données du front par le Frère Goulven Kervian, Noël 1917 et 5 janvier 1918.