Gratien (Jules) MORVAN – 1902-1953

Sainte-Barbe, 1951.
« Sainte-Barbe accueille plus de 312 élèves à la rentrée
scolaire 1951 et aménage une classe de plus, la classe de
première.
On exécute des travaux considérables pour prolonger le
bâtiment principal. On poserait la première pierre le
1er décembre. Le P. Gratien Morvan a eu un gros accident, il s’est
cassé le col du fémur. Il s’en remet peu à peu, a passé presque trois
mois au lit encloué, mais reste claudicant et fatigué. Après
avoir rendu à l’établissement sa prospérité, il le quitte pour aller
se reposer près de Blou (Maine-et-Loire), en assurant l’aumônerie
de l’hôpital de Longué que lui a trouvée le P. Régis Escoubas,
tout en se préparant à de nouveaux combats.
[A la suite de cet accident, le P. Morvan a souffert d’une profonde
décalcification qui très vite lui a rendu impossible tout ministère actif.
Il ne fait que passer au collège d’Agen où il met de l’ordre dans la
comptabilité. Il est obligé de s’entortiller le cou d’un légendaire
cache-nez gris, à cause d’un goitre monstrueux qui se développe sous le
maxillaire].
Dans les nouvelles de la Province de Bordeaux,
novembre 1951 et année 1952.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Vocation tardive.

Jules Morvan naît au Mans (Sarthe), le 12 avril 1902. Il suit les cours à l’école des Frères de Saint- Joseph (près de la gare), puis à. l’institution Saint- Louis de la ville (rue Marengo, 1914-1915). Après son service militaire, il décide de demander son admission à la maison des vocations tardives, alors implantée à Lorgues (Var), de 1924 à 1925. Il prend le nom de Frère Gratien et l’habit religieux au noviciat de Taintegnies en Belgique, le 24 novembre 1926, sous la conduite du P. Savinien Dewaele et va achever ce temps de formation à Scy- Chazelles (Moselle) où il prononce ses premiers vœux le 25 novembre 1927. Sans désemparer, il gagne à nouveau la Belgique pour la maison d’études de Saint-Gérard où il étudie la philosophie (1927-1929) et il enchaîne avec les études de théologie à Louvain (1929-1933). Il est admis à la profession perpétuelle, émise le 25 novembre 1929. Il est ordonné prêtre le 26 février 1933. Pendant deux ans, le P. Gratien est vicaire à la paroisse du Sacré-Cœur à Angoulême (Charente) avant d’être envoyé comme professeur à l’alumnat de Saint- Maur (Maine-et-Loire), de 1935 à 1936. L’obtention du brevet élémentaire le rend apte à diriger les cours primaires de l’orphelinat de Toulouse, à la Grande Allée (Haute-Garonne), de 1936 à 1948. Il passe ensuite au collège Sainte-Barbe dans la même ville de Toulouse, comme économe de 1948 à 1951. C’est un accident malencontreux, une fracture du col du fémur, qui le réduit d’abord au demi-repos à l’hospice de Longué (Maine-et-Loire) où il peut rendre quelques services d’aumônerie, pendant l’année scolaire 1951-1952. Mais il commence à souffrir d’un mal sournois, un cancer ganglionnaire, dont la première manifestation est un goitre. En octobre 1952, il accepte malgré sa souffrance de reprendre un service d’économat,

cette fois au collège Saint-Caprais à Agen (Lot-et-Garonne). Mais il ne peut y terminer l’année. Malgré toute son énergie, il doit renoncer à toute activité à partir de Pâques 1953. Le 18 mai 1953, le P. Wilfrid Dufault se trouve de passage dans la communauté, il lui administre le sacrement des malades. Après avoir accepté d’aller à Lourdes une dernière fois pour arracher un miracle à Notre-Dame, le 18 mai, il revient à Agen pour y mourir le 27, à 14 heures. Les obsèques sont célébrées le vendredi 29 en la cathédrale d’Agen, présidées par le P. Protais jaïn. Le corps est inhumé au cimetière de Layrac, provisoirement dans le caveau des prêtres de la paroisse, en attendant que soit réalisé un caveau propre à l’Assomption.

Souvenir d’un collègue.

« Ce qui frappait dans le P. Morvan, c’était son extrême modestie. Il laissa ici [Toulouse] ses malles sans les défaire pendant plusieurs mois, estimant qu’il était incapable de bien mener l’économat. Bien gérer les affaires était chez une préoccupation constante, presque une hantise. Il me donna un jour le frisson en disant qu’il ne bouclerait pas son budget en 1948-1949. Il tira d’abord au clair la situation laissée par son prédécesseur et boucla victorieusement ses comptes. Modestie intellectuelle aussi: il aimait les anecdotes d’histoire littéraire, les jugements et points de vue des autres, alors que lui-même pouvait leur en remontrer. La lecture hebdomadaire des Nouvelles littéraires, du Figaro littéraire et autres revues lui donnait une culture générale qu’il est rare de trouver chez le commun des religieux, à plus forte raison d’un économe. Il a été le confident et presque le conseiller de ma thèse. Il lisait tous les chapitres une fois rédigés, glissait quelques remarques de fond ou de style et toujours vibrait d’éloges et d’encouragements. Par crainte des bombardements, j’avais déposé chez lui un exemplaire dactylographié de tous mes documents. Ce qui m’a frappé aussi chez lui, c’est son esprit de pauvreté. Il n’achetait jamais rien pour lui. Son trousseau était rudimentaire, il se con tentait de chemises ou de bas achetés sur le boulevard, en solde … ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1954, p. 69-70. A Travers la Province (Bordeaux), octobre 1953, no 16, p. 2-3 témoignage sur le P. Gratien Morvan par le P. Julien Richard). Lettre à la Famille 1953, no 156, P. 59-61.