Grégoire (Charles-J.) CHEDAL-ANGLAY – 1870-1954

Ode à un religieux artiste.

« Architecte, sculpteur, graveur et mosaïste,
En combien de maisons, infatigable artiste,
Du ciseau, du pinceau, n’avez- vous pas doré,
Du rabot, du marteau, fignolé, décoré,
Les temples du Seigneur, bancs, chaires, tables saintes, Tabernacles,
autels, iconostases peintes,
Fonts baptismaux, confessionnaux’?
La pierre, le ciment, sous vos touches magiques, Rapprochant du bon Dieu
nombre d’âmes mystiques. Longtemps, faites chanter et la pierre et le bois
En une hymne au Très Haut, écrite par vos doigts!

Poésie offerte au P. Grégoire en 1945 pour son jubilé d’or par le P.
Bonaventure.

« To the memory of Fr. Gregory Chedal, A.A. « Zelus domus tuae comedit me
».

Plaque commémorative érigée à Rickmansworth et bénie le
29 novembre 1959 par le P. Austin Treamer à la mémoire du P. Grégoire.

Religieux de la Province de Paris.

Une réputation d’artiste vite répandue..

Né en Savoie, à La Périère, en Tarentaise, le 5 septembre 1870, le jeune Charles-Jérôme passe pour sa formation dans les alumnats de Notre- Dame des Châteaux, de Nice (1884-1885), d’Arras et de Mauville (1886) près de Douai. Il prend l’habit sous le nom de Frère Grégoire le 6 août 1888 à Livry. En 1889, le P. Picard envoie une partie des novices en Orient, utilisant les possibilités offertes par un article 50 d’une loi militaire. C’est ainsi que le Frère Grégoire fait connaissance avec Phanaraki (Turquie) où il fait profession perpétuelle le 15 octobre 1890, avec Jérusalem où il accompagne des pèlerins. C’est pour la chapelle du noviciat de Phanaraki qu’il se fait la main dans des travaux de décoration: ainsi toutes les églises de la Mission d’Orient font appel à ses services pour réaliser autels, stalles, iconostases: Brousse, Koum-Kapou, Kadi-Keuï, Haidar-Pacha, Ismidt, Eski-Cheïr, Andrinople, Gallipoli… Occupé à ces travaux d’ébénisterie et de mosaïque, le Frère Grégoire n’en poursuit pas moins ses études ecclésiastiques de 1890 à 1895. Aimant la beauté pour la maison de Dieu, il est ordonné prêtre le 20 décembre 1895 à Kadi-Keui. En 1906, il revient en Occident. Il passe à Elorrio en Espagne: on lui doit la construction d’une grotte de Lourdes, réplique en modèle réduit de la grotte de Massabielle et il se rend même à Louvain en 1908 (Belgique) dans l’intention de former un atelier de frères artistes en tous genres de travaux. Mais les supérieurs en décident autrement et le voilà propulsé aux œuvres de la mission anglaise (avril 1909).

Une vie de moine-artiste.

Le P. Grégoire arrive précisément à Rickmanworth au moment où l’église se bâtit.

A part les murs, le toit et les vitraux, tout le reste est une œuvre, dans cette église et dans le presbytère attenant, sortie des mains du P. Grégoire. Sans machine au début, il monte un atelier de menuiserie et grâce à toutes sortes de scies, actionnées par la suite par un moteur de 4 CV, il réalise une collection impressionnante de travaux: charpente, sculpture en bois et en pierre, travaux d’émaux, peinture, mosaïque, ciment armé… Rien ne lui devient étranger. Seule la guerre de 1914-1918 vient interrompre son activité artisanale. Malgré ses 44 ans, il est affecté au fort de Vulmix dans les Alpes d’où il envoie un jour une carte humoristique, armé d’un parapluie: « je fais ici une cure ,d’air à l’œil! ». En 1915, il fait partie du corps expéditionnaire aux Dardanelles, mais refuse d’être interprète quoique connaissant bien le turc. Là-encore on utilise ses dispositions techniques: il construit des abris transportables et il se voit décerner par l’autorité anglaise une médaille distinctive, ayant travaillé sans discontinuer sous neuf sévères bombardements. En 1916, il est encore envoyé dans une usine d’aviation à Moulins. Démobilisé en 1918, il reprend de plus belle ses chantiers pour le mobilier d’église: Bethnai Green et Brockley (1918-1920). Il est vrai qu’à ce dernier poste, la guerre de 1939-1945 réduira en cendres tout son travail. D’autres maisons s’enorgueillissent de ses œuvres: Chariton, Newhaven, Hitchin, Nottingham. Il se fait en plus apiculteur, récoltant, avec un total maximum de 31 ruches, quelque 400 kg. de miel par an. Il construit lui-même les ruches, développe le rendement des basses-cours, inventant des systèmes d’alarme pour déjouer les voleurs nocturnes. A partir des années de la seconde guerre mondiale, le P. Grégoire, plus diminué physiquement, s’adonne davantage au ministère pastoral: aumônerie du couvent des Filles de jésus, messe dominicale au couvent des Dominicaines de Horrow, mais sa prononciation de l’anglais reste hésitante. En 1945, il a la joie de célébrer son jubilé d’or avec le P. Benoît-Labre Caron. En février 1950, il accepte d’être conduit jusqu’à Lorgues (Var) par le P. Stephen Raynor, en route pour Rome. C’est là qu’il meurt le 29 octobre 1954 et qu’il est inhumé. Celui qui parlait en œuvres peut entendre: « Laudent eum opera ejus ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1955, p. 108. Lettre à la Famille 1955, no 179, p. 9-11; 1960, no 290, p. 371. Westminster Cathedral Chronicle, mars 1912 (article sur un moine artiste). Le P. Chedal-Anglay a laissé des chroniques et nouvelles de ses différentes affectations (entre 1908 et 1945).