Guillaume (Urbain) BELARD – 1883-1969

Portrait.
« Le vieux chêne s’est couché et le temps a eu raison de sa force, de sa
vigueur et de sa résistance. Depuis deux ans, il ne menait plus qu’une vie
végétative. Cette dernière période fut sans doute la plus tranquille de sa
vie et s’il a donné de la peine, il n’a pas donné de souci. Ce serait
trahir la vérité que de dire que le P. Guillaume fut un homme de tout
repos. En compulsant le volumineux dossier de la correspondance du P. avec
le Provincial et avec ses supérieurs, on dégagerait une ample matière pour
un roman passionnant qui ne servirait pas la charité. Nous savons tous de
quel tempérament fougueux, irascible et violent
il avait hérité et si, durant sa longue vie, son caractère a fait beaucoup
souffrir les autres, il a été le premier à en souffrir
lui-même.Il reste que le P. Guillaume fut un homme de foi, de générosité et
de zèle apostolique qui, pour être intempestif, n’en était pas moins
sincère. Dire qu’il fut de commerce facile ne correspondrait pas à la
vérité. Dans ses bons moments, il
était de conversation agréable, savait faire preuve d’humour
et acceptait d’être taquiné. Un seul inconvénient, cela ne durait guère …
».

Du P. Claude Guenneau.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un feu sous une écorce rugueuse.

Urbain voit le jour le 2 mars 1883 à Ispagnac (Lozère). Un de ses frères, Privat, devient aussi assomptionniste ainsi qu’un neveu, Henri: c’est dire l’enracinement chrétien d’une famille et d’un milieu. La formation d’Urbain se déroule dans les alumnats d’Arras (Pas-de-Calais) de 1896 à 1900, de Saujon (Charente-Maritime) de 1900 à 1901, enfin à Brian (1901)-1902). Il entre au noviciat de l’Assomption à Phanaraki en Turquie en mai 1902, sous la direction du P. Benjamin Laurès: il y prend l’habit le 8 septembre 1902 et y prononce ses vœux le 8 septembre 1903. C’est encore à Phanaraki que, tout en enseignant, Urbain, devenu Fr. Guillaume étudie la philosophie de 1903 à 1905. Les études de théologie se déroulent à Rome (1908-1909), à Louvain (1909-1910) et Jérusalem (1910-1912) où il est ordonné prêtre le 2 mars 1912. Pendant toute cette période, les rapports à son sujet mettent en valeur sans réserve sa vive intelligence, son caractère ouvert et son sens pratique ingénieux. Il est non moins vrai qu’ils relèvent fréquemment aussi sa propension à poser des objections et à ergoter, son humeur inégale et la fréquence de ses emportements. Tout ceci est mis sur le compte de ses origines lozériennes, mais aussi sur celui d’un caractère difficile à endiguer à cause d’une irascibilité de nature à perturber le jeu normal des relations fraternelles. Un confrère, le P. Kerboul, définit la Lozère comme un pays aride au climat vigoureux auquel, malgré ses déplacements, le P. Guillaume ne peut se soustraire. Un autre voit dans le prénom de baptême d’Urbain un funeste présage: toute la vie du P. Guillaume dégagerait comme une senteur de croisade partagée entre des accents de forte vérité et d’impitoyable justice,

sentiments ou attitudes que nous laissons au passé enfoui et aux souvenirs perdus.

Un frère difficile en communauté.

Il suffit de parcourir même brièvement le curriculum vitae du P. Guillaume pour s’apercevoir des difficultés qu’il rencontre dans la vie religieuse communautaire: 27 obédiences en 66 ans! On peut dire en toute objectivité qu’il ne sait pas donner ni trouver la paix sur cette terre. Bornons-nous à énumérer quelques-unes de ses affectations éphémères: d’abord en Turquie, à Eski-Chéir (1912-1913), à Konia (1913-1914), en Bulgarie à Varna (1914-1916), en France à Saint-Maur (1916-1917), à Paris comme secrétaire du P. Chardavoine à la Bonne Presse (1917), à Bordeaux (1917-1918), en Espagne à Elorrio (1918-1919), au Chili de 1919 à 1927 (Conception, Los Andes …). Il revient ensuite à Bordeaux (1927-1930), il ne fait que passer à la paroisse Saint-Joseph de Toulouse (1930). Ce sont ensuite à nouveau Elorrio (1930-1931), Saint-Maur (1931-1933), Jérusalem (1933). Cahuzac dans le Gers le retient 6 ans, de 1933 à 1939 comme prédicateur itinérant, Pont-l’Abbé d’Arnoult de 1939 à 1942. Il se fixe douze ans comme curé du petit village proche de Champagne de 1942 à 1954, puis c’est à nouveau la ‘mobilité’: Longué dans le Maine-et-Loire (1954-1956), Lorgues (1956-1959) où le supérieur demande son transfert, Lunas en Dordogne en 1960 d’où l’évêque de Périgueux demande son changement, Blou dans le Maine-et-Loire de 1960 à 1966 et enfin Chanac (Lozère) de 1966 à 1969 où se termine son pèlerinage terrestre après deux années de vie presque végétative. Le 23 juin 1969, il meurt à Chanac où il est inhumé le jeudi 26.

Le poids de la miséricorde.

Même si à un âge avancé, le P. Guillaume fait encore l’objet de rappels à l’ordre sévères de la part de ses supérieurs, Général compris, on préfère par la suite se rappeler que l’institution religieuse n’est pas faible quand elle garde toujours à l’encontre des personnes mises en cause le langage de la Règle de Saint Augustin: ‘Vivez dans la concorde et dans la charité fraternelle’. Une autre manière de dire qu’il ne faut pas priver ses frères de ces biens essentiels auxquels ils prétendent et auxquels ils ont toujours droit.

Bibliographies

Bibliographie : B.O.A., novembre 1970, p. 137-138. A Travers la Province (Bordeaux), août 1969, n° 170, 2 pages. Comme curé de Champagne en Charente-Maritime, le P. Guillaume a publié une série de feuilles-tracts populaires mensuels intitulés ‘Les récits merveilleux’. Les archives romaines ne contiennent que quelques correspondances du P. Guillaume Bélard, principalement entre 1905 et 1918, la plupart écrites depuis l’Orient.