Henri AVOUE – 1914-1990

Portrait d’une vocation choisie.

Il y a à Saint-Maur un religieux, le fr. Henri Avoué, profès perpétuel,
minoré, qui a fait trois ans de théolgie. Le P.
Kernoa le connaît. Le Frère ne veut pas devenir prêtre. Il a dit et répété,
pendant son noviciat et ses études qui furent assez faibles, qu’il avait de
la répugnance à devenir prêtre. On lui a toujours conseillé de continuer,
pensant sans doute qu’il changerait d’avis avec le temps. Mais c’est le
contraire qui s’est produit et il m’a déclaré lors de la visite canonique
qu’il ne pouvait pas et ne voulait pas devenir
prêtre. Par ailleurs il ne désire pas du tout quitter la Congrégation. il a
39 ans; on est content de lui à Saint Maur: ‘c’est un excellent confrère,
régulier et édifiant’. Il y a eu des précédents chez nous, par exemple le
frère Francisque Cusin que j’ai bien connu. Par ailleurs il ne demande
nullement son renvoi, au contraire. Il peut
rendre de grands services, par exemple en secondant le fr. Jeanson dans la
confection du Bulletin de Saint-Maur et dans la correspondance aux
bienfaiteurs … »
Lettre du P. Bornand assistant général en 1953.

Religieux de la Province de France.

Une entrée difficile dans la vie.

Né à Candé (Maine-et-Loire) le 4 mai 1914, Henri ne connaît pas son père que la grande guerre a emporté. Il reçoit de sa mère, Marie- Louise Bertaud, une éducation très stricte qui le marque pour la vie. Il débute professionnellement comme fabricant-artisan de sabots, métier qu’exerçait son père prénommé également Henri. À 23 ans, il demande à entrer dans la vie religieuse, à la maison de vocations d’aînés à Blou (Maine-et-Loire) en 1937, mais la seconde guerre le mobilise en 1939. Il endure un temps de captivité en Autriche. Il revient ensuite à Blou, traumatisé par le souvenir d’une bombe qui a explosé près de lui et a tué une personne à ses pieds

Il entre au noviciat de Pont-l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime), présenté par le P. Christophore Figuet. Le P. Calixte Boulesteix l’accueille et le reçoit pour sa première profession le 15 octobre 1947. Il commence ensuite des études de philosophie et de théologie à Layrac (Lot-et-Garonne) pendant trois ans, mais en 1952, craignant d’avancer aux ordres majeurs et mettant en avant ses difficultés de mémoire à 36 ans, il signifie son intention de servir la Congrégation comme frère coadjuteur. Tous ses supérieurs successifs l’estiment et sont favorables à l’admettre aux vœux perpétuels, le 8 décembre 1950 à Layrac.

L’homme d’une maison, Saint-Maur.

Nommé à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et- Loire) en 1952, il va y rester 32 ans et y donner le témoignage d’une vie religieuse fervente et dévouée. Il enseigne pendant 16 ans l’histoire, la géographie et les sciences naturelles (1932- 1968). « Au cours de ce professorat où il excelle à découvrir à ses élèves les secrets des sciences naturelles

ou à les intéresser aux méandres de l’histoire, il manifeste sa grande délicatesse à l’égard des enfants ». C’est après-guerre la belle période de Saint-Maur qui a doublement souffert en 1937 d’un incendie et en mai 1940 des affrontements: les alumnistes se présentent alors chaque année nombreux, le P. Le Gall assure une belle continuité dans la direction de l’œuvre et les projets ne manquent pas pour transformer, embellir et développer l’alumnat. Une nouvelle chapelle est construite (1934-1955), les fêtes du cinquantenaire en 1966 sont dignes du cadre que célèbre le journal Ouest-France. Puis, très vite, la maison changeant d’orientation suite à la crise des vocations qui affecte assez brutalement tous les alumnats, le fr. Henri continue à servir sur place dans le cadre cette fois de la maison d’accueil qui convient parfaitement bien à son sens des relations. Son travail et sa prière sont à ce point unis que pour lui l’une est l’expression de l’autre et qu’ils forment comme les deux mains d’une même existence où l’amour reçu de Dieu s’incarne en charité fraternelle au service de ses confrères et des personnes de passage. Il manifeste ce souci de porter dans la prière les préoccupations des visiteurs qui savent trouver en lui à la fois le serviteur et le confident. On discerne vite en sa personne la qualité d’une présence qui témoigne d’une vie spirituelle forte et d’une attention réelle aux mille et une demandes du quotidien. Il seconde plusieurs années le fr. Jeanson à la Procure de Saint-Maur et continue avec le P. Gilbert Loiseau.

La fin silencieuse d’une vie discrète et laborieuse.

En février 1984, pour raisons de santé, le fr. Henri rejoint la maison de repos de Layrac. Il s’y montre comme à Saint-Maur homme d’accueil, de service et de prière. On le retrouve mort dans son lit le 12 avril 1990. Il est inhumé le lendemain à Layrac, 13 avril. Le P. Jean Pineau, son supérieur et compatriote, prononce l’homélie.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 91-92. Voulez-Vous? Bulletin alzonien (Layrac), n° 153 (juillet-septembre 1990), p. 6-11. Assomption-France, Nécrologie année 1990, p. 169-170. L’Echo de Saint-Maur, n° spécial 1916-1966 (n° 45, 1er trimestre 1966). Rapport du P. L. Bornand sur sa visite canonique de la communauté de Saint-Maur, 1953.