Henri-Charles (Francois) LIGNEAU – 1874-1957

Intentions, 1935.
« J’ai l’honneur de solliciter de votre indulgence, conformément aux
Constitutions, mon admission dans la Congrégation de l’Assomption. Les
raisons qui me déterminent à f aire cette démarche sont multiples: je veux
enfin satisfaire un désir que Notre-Seigneur daigna me manifester, il y a
bien longtemps déjà, même avant mon ordination sacerdotale. Je lui ai
promis dans mon c?ur d’entrer dans la vie religieuse
et j’en ai retardé l’exécution jusqu’à la mort de mes parents. Je désire
obtenir la conversion d’un cousin libre-penseur déclaré, c’est mon parent
le plus proche. Je voudrais aussi réparer le tort que mes confrères et amis
de Pontlevoy ont fait à la Congrégation. Si
j’ai choisi l’Assomption, alors que j’avais longtemps songé aux
Franciscains, c’est qu’il
m’a paru impossible à mon âge de m’adapter à un genre de vie si différent
du mien. Le P. Clodoald Sérieix, me connaissant, voulait bien m’accepter.
j’aime aussi la variété d’?uvres de l’Assomption où je pourrai soit
utiliser mes aptitudes professorales soir réaliser mon vieux désir
d’apostolat social
et populaire. Je prend votre décision, comme celle de Dieu même ».

Religieux de la Province de Paris.

Un ouvrier de la deuxième heure.

François Ligneau est né le 2 février 1874 à Orléans (Loiret). Remarqué à l’école des Frères de Saint- Paterne, il est pris en charge par un vicaire- catéchiste de cette paroisse, l’abbé Lemaire, et par le curé, l’abbé Gibier. Il entre comme élève en octobre 1876 au petit séminaire de la Chapelle Saint- Mesmin, puis en 1893 au grand séminaire d’Orléans, à 19 ans, où il est le condisciple d’un futur Assomptionniste, devenu évêque à Moscou, Mgr Pie Neveu. Il ajoute au sens du travail le sens de l’initiative, faisant déjà partie du corps professoral à la Chapelle-SaintMesmin. Il est ordonné prêtre le 28 juin 1899, et toute sa vie sacerdotale diocésaine est consacrée à l’enseignement. D’abord professeur de lettres dans les classes dites de grammaire jusqu’à la troisième, il prépare en même temps, à l’Institut catholique de Paris, une licence de sciences physiques. Il reste professeur de sciences d’abord à la Chapelle-Saint-Mesmin (1902), puis, par suite de l’application de la loi de séparation, au collège de Pontievoy (Loir-et-Cher), à partir de décembre 1906. Il fait partie de cette vieille équipe d’Orléanais qui, sous la direction d’un grand éducateur, Mgr Gustave Vié, soutient le renom des établissements catholiques scolaires de cette région. Il donne un nouveau lustre au vieux collège de Pontievoy. Professeur solide qui a l’?il à tout ce que font les élèves, se dépensant beaucoup pour leur faire comprendre les arcanes de la physique et des mathématiques, il est un confrère agréable et dévoué et, pour plusieurs, un ami intime. Quand les Assomptionnistes en 1930 viennent prendre la direction de ce collège de Pontievoy, il entre vite en sympathie, puis en véritable communion avec les religieux. En 1934, il demande à entrer dans la vie religieuse à l’Assomption. Il est alors entré dans sa 61 année.

Le 4 novembre 1934, il prend l’habit au noviciat des Essarts, sous la direction du P. Léonide Guyo, puis du P. Marie-Albert Devynck. Le 3 novembre 1935, il est reçu à la première profession, sous le nom de Père Henri-Charles. Homme plein de bonté et d’expérience, il transfère dans la vie religieuse les caractères de sa vie de prêtre diocésain, régulier, pieux, attentif à l’action sociale. Il est reçu à la profession perpétuelle à paris, avenue Denfert- Rochereau, le 5 novembre 1938.

Un religieux de trempe sociale.

Les supérieurs emploient le P. Henri-Charles dans le ministère de la prédication et de la direction spirituelle, surtout auprès de communautés religieuses à Paris. Ce qui fait l’originalité de son action, c’est l’apostolat social. Il doit cet attachement à la pratique du curé de sa jeunesse, l’abbé Gibier, devenu Mgr Gibier, évêque à Versailles (1906-1931). Au grand séminaire d’Orléans, il était avec des amis, dont l’abbé Aubry, le créateur d’un cercle d’études sociales qui se multiplia. On sait qu’à l’époque cette nouveauté dans les rangs du clergé apportait beaucoup d’ombrage à l’action plus traditionnelle du clergé paroissial. Pendant les vacances scolaires, il aimait nouer des relations avec des étudiants qui devinrent les têtes de la jeunesse catholique orléanaise engagée. On connaît aussi ses liens avec les ouvriers catholiques qui fondèrent dans le diocèse les premiers mouvements syndicaux d’inspiration chrétienne. Le Père Henri-Charles est l’un des premiers fidèles du Val-des-Bois qui se réunissaient à l’école de Léon Harmel. En tant que prêtre, l’abbé Ligneau initia nombre de ses élèves à l’apostolat social. Il est le fondateur avec M. Maulien de la Ruche orléanaise, d’abord société coopérative d’alimentation qui devint la Ruche ouvrière qui procura des logements sociaux à nombre de familles ouvrières. Dans ce domaine, l’abbé Ligneau a été un précurseur et un créateur. Le 21 février 1957, à l’âge de 83 ans accomplis, le Père Henri-Charles meurt à Paris comme un bon ‘père de famille’, professeur méritant et apôtre social, fidèle à la double impulsion apostolique de sa jeunesse.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. octobre 1958, p. 27-28. Lettre à la Famille, 1957, n° 232, P. 88. Annales religieuses du diocèse d’Orléans, 17 mars 1957. Lettre du P. Henri-Charles Ligneau au P. Gervais Quenard, Les Essarts, 10 octobre 1935.