Henri (Jean Pierre Henri) BRUN – 1821-1895

?A la veille d’un grand voyage.

« Je viens d’arriver à Cork;
demain matin j’irai dire la
messe à 8 heures, à 10 heures
je partirai pour Queenstown et
le soir on1èvera l’ancre. Je me
suis confessé hier, et de
nouveau aujourd’hui. Je suis
content de partir et je remercie
le Bon Dieu d’avoir permis
que mon désir de jeune prêtre
se réalisât enfin. J’avais
toujours soupiré après les
missions. Vous avez bien
voulu, mon Père, me fournir
l’occasion de suivre cette
vocation, je vous en remercie
du fond du coeur. J’ai vu qu’il
valait mieux ne pas aborder
avec le Dr Mat. [?] la question
de mon avenir en Australie.
Une fois j’avais essayé d’en
dire un mot et j’ai vu qu’il ne
serait pas utile de lui proposer
un sujet quelconque. Avec le
Dr Mat. comme avec l’évêque,
il faut avoir de la patience et
attendre le moment favorable
pour agir. Je me livre à la
Providence. Je vous tiendrai
au courant de tout et j’agirai
ensuite d’après la direction que
vous m’avez déjà donnée et
que vous me donnerez encore
plus tard.
Le capitaine s’appelle Brown,
il est protestant, mais il sera
très complaisant et très porté,
me dit-on, à m’être agréable ».
Henri Brun au P. d’Alzon.
Cork, 10.12.1862.

Religieux français, assistant général. L’un des 5 premiers Assomptionnistes de la fondation.

J.-Pierre Henri est né le 1er octobre 1821 à Langogne en Lozère. Il fait toutes ses études dans son diocèse de Mende. Ordonné prêtre en décembre 1845, il obtient de son évêque la liberté d’aller enseigner au collège de l’Assomption à Nîmes. Homme de bon sens et de dévouement, il s’engage alors en septembre 1847 sous la direction spirituelle du P. d’Alzon qui le reçoit comme novice et lui confie les fonctions de préfet de discipline, puis celles de sous-directeur. Le 25 décembre 1850, il prononce ses vœux temporaires annuels à Nîmes à la suite du fondateur et en compagnie des Frères Victor Cardenne, Hippolyte Saugrain et Etienne Pernet, dans la salle du chapitre de communauté [et non dans la chapelle du collège comme cela est si souvent écrit par erreur]. Bachelier-ès-lettres, il sait faire preuve, en l’absence du P. d’Alzon, de calme, de patience et de fermeté. Sa modestie lui fait accepter la direction du petit orphelinat, colonie agricole et noviciat des frères convers de Mireman, à quelque 3 km. de Nîmes (1852-1857). Membre perpétuel des chapitres généraux, il est élu en août 1852 premier et unique assistant général, charge qu’il conserve jusqu’en 1862. Il prononce ses vœux perpétuels le 25 décembre 1851. En 1857, il est envoyé comme professeur de 4ème et économe au collège de Clichy-la -Garenne, dans la proche banlieue nord de Paris, aujourd’hui dans les Hauts- de-Seine. Ses premières années apostoliques sont donc au service de l’ enseignement chrétien, marque spécifique de la Congrégation dans ses origines.

Missionnaire en Australie (1862-1873) venu solliciter en France le concours d’ouvriers apostoliques pour la mission lointaine. Le P. Brun s’offre à partir, demandant comme faveur la possibilité d’être consacré à l’évangélisation des autochtones et non des seuls descendants d’irlandais. Accompagné du P. Tissot, après un temps d’initiation à la culture anglaise, il s’embarque pour l’Australie en décembre 1862. Il essaie en vain d’implanter sur le sol australien une véritable communauté religieuse que l’évêque, Mgr Quinn, autorise sans la rendre possible. Ce religieux méthodique, à la fois explorateur et architecte, crée la paroisse d’ispwich: « Père Brun, vous êtes un travailleur infatigable comme prêtre. Nul ne l’emporte sur vous dans voire zèle à bâtir des églises et dans voire activité à exercer le saint ministère. Il y a une chose que je ne vous ai jamais vu faire : vous asseoir pour prendre une heure de repos ». Ce compliment dans la bouche d’un évêque intéressé est repris maintes fois par les paroissiens d’lspwich qui se souviendront longtemps après le départ du missionnaire des éminentes qualités d’un pasteur sensible et énergique. En mai 1873, le P. Brun quitte définitivement l’Australie.

Un serviteur toujours disponible.

Le P. d’Alzon le charge encore d’organiser les différents alumnats qui se mettent en place en 1874 pour désengorger celui de Notre-Dame des Chàteaux: supérieur à l’alumnat Saint- Clément du Vigan (1874-1881) après le départ du noviciat, supérieur à Alès de 1881 à 1885 (Gard), puis professeur tant à l’alumnat de Nîmes (1885-1887) qu’à celui de Mauville fondé en 1979, dans le Pas-de-Calais (1887-1891). « Ce que nous admirons chez le P. Brun, c’est qu’il se laisse mettre joyeusement à toutes les sauces ». En 1891, les Petites-Sœurs de l’Assomption viennent s’établir à New York; le vieux missionnaire de l’Australie accepte une nouvelle fois l’expatriation pour leur servir d’aumônier. Il n’a pas la joie d’y célébrer ses noces d’or sacerdotales: il meurt le 15 janvier 1895, à 74 ans. Ses obsèques sont célébrées par le P. Edwards le jeudi 17 janvier en l’église paroissiale de l’immaculée-Conception de New York et en présence de l’archevêque Mgr Corrigan, suivies de l’inhumation dans la tombe des Petites- Sœurs à Woodside (New York). En mai 1987 ses restes ont été transférés dans le cimetière St Anne à Fiskdaie (Sturbridge, Massachussetts), propriété funéraire des religieux de l’Assomption proche de Worcester. (1) On remarquera que le P. Henri Brun est toujours désigné sous le nom usuel de P. Brun, plus de 100 fois dans les lettres du P. d’Alzon. On ne peut se défaire du sentiment que le P. d’Alzon a éprouvé une certaine défiance à l’égard de ce religieux qui vient immédiatement après lui dans l’ordre des professions et qu’inversement le P. Brun redoutait plus que tout un certain détachement du P. d’Alzon à son égard (cf Lettre d’Alzon n° 6803 du 4.10.1879 et note 1). Pourquoi M.Marie de Jésus écrit-elle au P. d’Alzon, le 17 mars 1862, à propos du départ du P. Brun pour l’Australie: « Comment ne le laissez-vous pas partir? Quel bon débarras » ? D’Alzon a écrit à propos de Cusse et de Brun, pressentis pour l’Australie: « Deux religieux à tête vive sont écartés ». L’histoire des relations entre le P. d’Alzon et le P. Brun, si elle reste à écrire, ne manque pas de mystère sans doute impossible à percer.

Bibliographies

?Bibliographie et documentation:

Polyeucte Guissard, Portraits assomptionistes, p. 14-23. Souvenirs 1895, n° 198, p. 5; n° 199, p. 9-15.; n° 202, p. 33-36; n° 221, p. 221-224. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 438. On doit au P. O’Connor, néo-zélandais, une étude sur le P. Brun, publiée dans Vocet 1987, 10/3. Circulaires du P. Picard, n° 77 et 78. Notice biographique par le P. Marie- Alexis Gaudefroy. Assumptionists Deceased in North America, p. 1. Les archives romaines conservent une correspondance très importante du P. Henri Brun qui, à elle-seule, justifierait une étude et une publication d’intérêts missionnaires. La Province d’Amérique du Nord possède les papiers du P. Henri Brun laissés à sa mort (1895) dont un ensemble de 6 cahiers concernant la Mission d’Australie, lettres, journal, sermons (1860-1873). Austin Treamer, The Mission of the Augustinians of the Assumption in Australia 1860-1875, texte dactylographié, 175 pages (novembre 1986).