Hermann GISLER – 1873-1969

Trois amours.
« Septembre 1931, j’accompagnais M. le Vicaire et maman au collège St-
Augustin de Plovdiv. Un long couloir, un petit bureau, un beau vieillard à
barbe blanche: le P. Hermann nous accueillait avec le sourire. Ses yeux
sont d’une vie intense, sa voix un torrent qui roule des cailloux, son
geste net. Je me souviens de ce que dit le Père dans un bulgare marqué
d’une note exotique, des intonations insolites pour moi qui ne
ressemblaient ni au bulgare
des Turcs, ni à celui des
Arméniens ni à celui des
Grecs ou des Juifs. ‘il n’est pas grand ce garçon, je l’inscris en première
spéciale’. En 1941, les Allemands sont partout en Bulgarie, même au
collège.
Un groupe d’officiers entourent le P. Hermann. Je
passe tout près. Quel n’est pas mon étonnement de voir le Père recourir à
un interprète.
‘Vous comprenez, j’ai tout intérêt à ne pas leur laisser entendre que je
parle allemand. Cela me donne un temps de réflexion, je peux
mûrir mes réponses!’. 1945: je pars en France me préparer au sacerdoce: ‘je
suis content de vous. Je me suis montré exigeant parce qu’un religieux
bulgare doit être
irréprochable’. Le P. Herman, c’est 3 amours: L’Assomption, la Bulgarie, le
Collège ».

Hermann Joseph GISLER

1873-1969

Religieux suisse de la Province de Lyon.

Un Suisse cosmopolite.

Né le 30 janvier 1873 à Pluelen, canton d’Uri en Suisse, dans une famille que la tradition locale disait descendre des fondateurs de la Confédération née en 1291 dans la prairie de Rutli, il connaît l’Assomption par une de ses tantes en lien avec les religieux de Paris. Il fait ses classes primaires à Pluelen et des études primaires supérieures à Altdorf. À 14 ans, en 1887, il entre à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) et, dès septembre 1887, rejoint le petit nombre d’alumnistes fondateurs à Miribel-les- Echelles (Isère) où il étudie de 1887 à 1890. Ses études d’humanités se déroulent à Brian (Drôme) de 1890 àl892. Sa famille ne semble avoir consenti à sa vie religieuse à l’Assomption qu’avec difficulté. Le 7 août 1892, il prend l’habit religieux à Livry où il prononce ses premiers vœux le 7 août 1893. Il étudie sur place la philosophie, prononce ses vœux perpétuels le 7 août 1894. En 1895, il commence ses années d’enseignement à Philippopoli-Plovdiv qui vont durer jusqu’en 1900, sauf une interruption de 8 mois d’études théologiques à Kadi-Keuï (1900). Il enseigne en classe de 4ème l’allemand et se spécialise dans la musique vocale et instrumentale. Il est ordonné prêtre à Philippopoli le 22 février 1900.

Un pilier du collège Saint-Augustin de Plovdiv.

Plovdiv résume toute la vie du P. Hermann Gisler qui est l’homme d’un poste, d’un attachement et d’un dévouement continus de 1895 à 1948! Professeur d’allemand et de musique par excellence, il ne laisse pas ses élèves s’endormir. D’un tempérament vif et même violent, il les bouscule parfois, mais les aime aussi avec cette force d’entraînement que ne contrarie pas la rudesse. Grand, athlétique, doté avec les années d’une belle barbe, il en impose naturellement.

Il ne fait pas de ministère direct mais se préoccupe grandement de l’instruction religieuse et morale de ses élèves. Il est persuadé, à la manière de son temps, que par le travail, le dévouement et la tenue des religieux, l’Assomption contribue grandement en Bulgarie à l’union des Eglises. D’ailleurs le collège Saint-Augustin pratique en fait un oecuménisme réel en accueillant sur ses bancs des élèves de toute confession ou origine. C’est à lui que le collège doit la création d’une fanfare qui défile dans la rue de Plovdiv pour les fêtes du pays. Il lui adjoint un orchestre pour rehausser les manifestations théâtrales et il sera heureux un jour avec l’âge de passer la main à un plus jeune confrère, le P. Emmanuel Krâhenbühl, suisse comme lui. Assez rapidement, ses supérieurs lui confient la charge de préfet de discipline. Sans être maniaque de discipline, il fait régner l’ordre, mais sans la rigueur ou les sanctions qui peuvent ternir la bonne réputation d’une institution. Ses altercations les plus célèbres n’ont lieu qu’avec ses égaux, des religieux qu’il trouve manquer de mesure. Il a la chance d’avoir pris goût très tôt à la découverte et à l’ intérêt tant géographique qu’archéologique de la Bulgarie, parcourant pendant les vacances scolaires le pays à pied, repérant ses vestiges thraces et romains, recueillant des herbes rares et se chargeant de cailloux pour toutes sortes de collections. Parfaitement « ingue, il aime la Bulgarie d’un sentiment plus fort que tout attachement patriotique, ne se contentant pas d’être simplement bulgare, mais défendant la cause de sa patrie d’adoption après ses malheureuses alliances de 1914. Au traité de Neuilly (1919), on peut dire que la Bulgarie lui doit avec le P. Gervais Quenard de pouvoir conserver le morceau de Thrace que ses voisins lui convoitent. En 1947, il tente, avec moins de succès, de soutenir la même cause par l’intermédiaire du P. Ausone Dampérat. Les communistes, maîtres du pays en 1948, ne lui en savent pas gré, même si l’attitude du P. Hermann de 1941 à 1945, face aux Allemands, est au-dessus de tout reproche. En 1948, après la fermeture autoritaire du collège, le P. Hermann rejoint Lorgues (Var). Comme un vieux chêne, il est terrassé à 96 ans, le 11 mars 1969. Sur sa tombe est chanté. ‘Vetchnaïa Pamiat.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. novembre 1970, p. 138-139. Lyon-Assomption, mai 1969, supplément au n° 18, 6 pages. Le Petit Alumniste, avril 1963, n° 745, p. 12-14. Trois amours: témoignage du P. Boris Chtipcov sur le P. Gisler (1969). Dans les ACR, du Père Hermann Gisler, une nombreuse correspondance (1908-1953), des Ephémérides sur Philippopoli-Plovdiv (1884-1934). Le Père Hermann a donné quelques articles publiés dans les Echos d’Orient, une revue de géographie et d’archéologie bulgares, les Missions des Augustins de l’Assomption, édition allemande (nouvelles et coutumes de Bulgarie). Notices Biographiques