Hermann (Joseph-Louis) FRIESS – 1890-1970

Evocations,
« Ma première rencontre avec le Frère Hermann remonte à
1952 aux abords du Pont de l’Alma à Paris. Il me salue très courtoisement,
puis nous faisons les présentations. Petit, mais drapé dans un grand
manteau, il apparaît un
tantinet malicieux:’ Je suis un pauvre petit frère, cuit pendant
40 ans devant les fourneaux de la maison généralice à Rome.
A Rome, il a fait aussi office de courrier du Procureur général. Le P.
Romuald Souarn a coutume de dire: ‘Le Frère Hermann est mon meilleur
ambassadeur, mieux
que moi-même, il a ses entrées aux dicastères et bureaux du Vatican, il s’y
faufile. Les
‘Fra’, par leurs relations, forment une petite mafia avec intrigues, pots
de vin…’ Le Frère Hermann reçoit des charges lourdes pour son âge:
réfectoire, service postal, courses, entretien des chambres d’hôtes. Il
s’en acquitte avec un grand dévouement et un vrai sens professionnel. Avec
une grande attention, il essai de satisfaire les désirs de chacun, même les
retardataires. Au P. Michel Pruvost qui lui prêche la préparation à la
mort, il répond non sans finesse: ‘Oui, il faut mourir, mais observons les
préséances’ ». P. Ephrem Jubert.

Hermann (Joseph-Louis) FRIESS

1890-1970

Religieux, originaire de la Province de Lyon, affilié à celle de Bordeaux.

Un parcours de serviteur.

Joseph-Louis Friess est né dans le Territoire de Belfort, le 2 mai 1890 à Rougemont-le-Château d’une famille originaire de l’ Alsace. De son enfance et de son adolescence, on sait fort peu de choses, sinon qu’il apprend le métier de pâtissier, charisme ou aptitude largement exploités par la suite. Sous le nom de Frère Hermann, il prend l’habit religieux à l’Assomption, le 8 septembre 1912, à Limpertsberg (Luxembourg). Comme il peut s’y attendre, il règne sur les marmites. Lors d’une réunion des supérieurs à Limpertsberg pour le Chapitre général (novembre 1912), charmé par les plats succulents préparés par le Frère, le P. Emmanuel Bailly emmène le cuisinier-pâtissier à Rome, sans doute avant août 1914. Le Frère Hermann est prêté provisoirement pour la fondation et l’aménagement des lieux à Saint-Maur (Maine-et- Loire), en juillet 1915: il y prononce ses premiers vœux le 7 octobre 1915.

Une vie entre Rome et Paris.

Il retrouve Rome en novembre 1915. L’été se passe en France, à la communauté généralice parisienne de la rue Camou (1). Le Frère Hermann s’engage par la profession des vœux perpétuels, à Saint-Gérard (Belgique), le 7 octobre 1921. A Rome, les talents de cuisinier-pâtissier du Frère sont mis à contribution pour les réceptions de dignitaires et officiels: cardinaux, évêques, ministres et ambassadeurs, prélats et invités de toute robe. En 1928, il passe à Tor di Nona sur les bords du Tibre. Toujours souriant, affable, spirituel et expéditif, il est à l’aise dans ce milieu romain dont il parle même le dialecte, n’hésitant pas à grimper sur un confessionnal dans la basilique de Saint-Pierre pour mieux voir une cérémonie de béatification!

Il est très amusé par le pittoresque des scènes de rue: les ‘mamma’ romaines, du haut de leurs étages, par les fenêtres ou les vasistas, appellent à tue-tête leurs ‘birichini’, casseurs de carreaux et des lampes de rues, par des prénoms empruntés :à toute l’onomastique chrétienne ou à la mythologie païenne! Pendant la guerre 1940-1945, le Frère Hermann vit réfugié à Carnolès, puis à Lorgues. Dès la fin de la guerre, il rejoint son poste à Paris, au service de la Curie, avenue Bosquet (1), puis rue François 1er (1) pendant les quartiers d’été et à Rome (1946- 1952). En 1952, il quitte la Ville éternelle avec regrets et larmes pour Paris rue François 1er (1952-1962). Son travail consiste à entretenir le réfectoire, à poster le courrier et à aider l’économe, le P. Ephrem Jubert. Le Frère aime à se trouver en communauté. Il parle à tous avec le même ton de fraternité et de belle simplicité. Il s’intéresse à la vie et aux activités de chacun. Plein de finesse, il sait donner la répartie, mais sans grossièreté ni lourdeur. Sensible aux attentions dont il peut être l’objet, il sait accueillir les remarques qui lui sont faites avec discrétion et charité. Avec l’âge, sa vue baisse, mais il garde en mémoire tous les motets et répons des offices liturgiques auxquels il est fort assidu.

Derniers jours.

En 1961, le Frère Hermann ressent davantage la fatigue. Il perd la vue et la mémoire. Au printemps 1962, on le retrouve dans l’escalier, gémissant, un poignet fracturé. Il est conduit à la maison de repos de Lorgues. Il ne perd pas son humour: au P. Donatien Terraz qui l’invite un jour de Pentecôte à se rendre à la chapelle, pour demander à l’Esprit un peu de sagesse, il répond: « Oui, c’est cela et je lui demanderai aussi qu’Il ne vous oublie pas! ». Il meurt à Lorgues, à 81 ans, le 17 juillet 1970. Les obsèques sont célébrées sur place et le Frère Hermann est inhumé dans le caveau de la communauté.

(1) Ces différentes adresses parisiennes sont celles des successives résidences estivales de la Curie générale de l’époque qui prend ses quartiers d’été à Paris, fuyant la chaleur romaine. Le 10, av. Bosquet se trouve dans le Paris VIIème. Pendant la guerre de 1940, ce fut Chaville, rue Pavé des Gardes, en banlieue. Rue François 1er n° 8, Paris VIIIème, est réinvestie après la seconde guerre mondiale. Paris, rue Camou n° 10 est dans le VIIème. En 1958, pour les O.G.F. de la Quasi-Province, on ouvre le n° 15, rue Chauveau à Neuilly.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1972, p. 173. Souvenirs sur le Frère Hermann par A.M.C. (20 nov. 1970). Notes biographiques sur le Frère Hermann Priess par le P. Jean-Robert Montembault, 6 pages dactylographiées (publiées dans A.T.L.P. de Bordeaux, 1971, n° 185). Souvenirs sur le Frère Hermann Priess par le P. Ephrem Jubert (sans date). Dans les ACR, corrrespondances du Frère Hermann Friess (1915-1939). Notices Biographiques