Hervé (Guénolé) BARRE – 1893-1918

Le choix d’un prénom à l’Assomption.

A la naissance d’un enfant, les parents choisissent un prénom usuel pour
lui. Ce choix se réfère soit à une tradition familiale soit à un goût plus
personnel soit à une mode toujours passagère. Guénolé est un saint abbé du
VIème siècle, de Bretagne, disciple de saint Budoc. Guénolé fonda ensuite
le monastère de Landevennec, à proximité de Brest, dont il devint abbé. Ce
saint est également vénéré en Angleterre.
La coutume voulait aussi qu’au moment de son entrée dans la vie religieuse,
le postulant reçoive un nouveau prénom par lequel il serait désigné dans sa
nouvelle forme de vie, comme si elle marquait, d’après la
compréhension théologique du temps, un nouveau baptême. Sur un plan plus
pratique,
cette coutume évitait toute confusion entre deux personnes puisque l’on
prenait le soin de ne jamais donner le même prénom à deux
religieux en vie. Cette
coutume a perduré jusque dans les années précédant le second concile de
Vatican II et s’est perdue ensuite. Ainsi Guénolé Barré reçoit-il le prénom
de Hervé, autre saint breton du VIème siècle, aveugle de naissance,
ménestrel, abbé de Plouvien et de Lanhouarneau.

Religieux français.

Au temps de la grande guerre.

Guénolé est né le 9 juillet 1893 à Landrévarzec dans le Finistère, au diocèse de Quimper. Il fait ses études de grammaire à l’alumnat du Bizet (Belgique) de 1907 à 1910 et ses humanités à Ascona en Suisse (1910-1912). Il prend l’habit au noviciat de Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg le 14 août 1912. Il y finissait son temps de novice lorsque l’invasion subite des forces allemandes bloque tous les religieux, en grande majorité étrangers au pays. Il n’a donc que la solution de poursuivre sur place des études et, comme ses jeunes confrères, d’aller travailler dans des fermes pour ne pas mourir de faim. Il prononce ses vœux perpétuels le Il avril 1915. En décembre 1917, le P. Possidius Dauby réussit à faire passer les jeunes frères en territoire belge et à les regrouper à Louvain. C’est là que le Frère Hervé commence ses études de théologie. Une pleurésie, doublée d’une grippe espagnole, provoque son décès subit le jour même de la proclamation de l’armistice sur le front occidental, le 11 novembre 1918. Il est inhumé au cimetière de Park, à Louvain. Il n’a que 25 ans.

La chronique des jours.

Les Ephémérides de Louvain, fort bien conservées, nous décrivent laconiquement ces jours de tristesse et d’espérance dans la maison surchargée de Louvain où la communauté est obligée de se serrer: trois-cents soldats allemands ont réquisitionné une aile de la maison.

« Lundi 11 novembre 1918: aujourd’hui nous avons le malheur de perdre encore un de nos frères, le Frère Hervé Barré. C’est le troisième religieux qui meurt en l’espace d’une semaine après quelques jours de maladie,

Notices Biographiques A.A Page : 161/161 d’une pleurésie contractée récemment et de la grippe espagnole qui cloue au lit une centaine de frères. Au dîner, le Père supérieur annonce que les Allemands ont signé l’armistice. A 15h 15 nous récitons l’office des morts pour le frère Domnin.

Le mardi 12 novembre: nous commençons à réciter à 18 heures l’office des morts pour le Frère Silvius.

Mercredi 13 novembre, jour d’enterrement du Frère Hervé. A 9 heures a lieu la levée du corps suivie de la messe chantée et de l’absoute. Afin d’éviter les nombreux camions et convois des troupes allemandes passant par le boulevard de Tirlemont, on suit l’itinéraire suivant: boulevard de Jodogne, rue Vesale, rue Frédéric Linds, puis le chemin conduisant au cimetière de Parc. A l’obéissance, le Père nous recommande de prier instamment pour le Frère Rogalien, novice, dont l’état de santé est assez précaire. Nous avons aujourd’hui la joie d’être débarrassés des 300 allemands qui occupaient une aile de notre maison. Comme souvenir, ils nous ont laissé différents objets de guerre: masques à gaz, cartouches, fusils, tenailles, cuisine roulante, supports de tente etc… Le Père Ubald qui avait été envoyé depuis quinze jours à Gempe pour soigner le Père Médard et le Frère Quentin est de retour à Louvain.

Jeudi 14 novembre: promenade réglementaire après le repas. Avant le départ, le Père supérieur recommande de ne pas trop stationner sur le passage des troupes et de ne se livrer à aucune manifestation hostile à l’ennemi. Au cours de la promenade, nous causons avec des prisonniers français remis en liberté par le nouveau comité des soldats-ouvriers. À l’obéissance, le Père rappelle que demain, c’est la fête du roi Albert et qu’à cette occasion il y aura grand congé.

Vendredi 15 novembre: A 7 heures nous chantons la messe des morts pour le Frère Domnin, novice. Vers 11 heures nous chantons le Te Deum à Saint-Pierre en l’honneur du roi Albert. La schola interprète la Brabançonne. A 20h30 des officiers bavarois demandent de loger 300 soldats … »

Page : 162/162

Bibliographies

Bibliographie : Nouvelles de la Famille 1918, n° 25. Ephémérides de Louvain, 1918. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy.