Hilaire (Joseph Charles) CANOUEL – 1867-1946

Rapport de pèlerinage.

« Les dépêches et les lettres vous ont déjà dit comme le Bon Dieu a béni
le pèlerinage à Jérusalem. Je me permets néanmoins de vous dire moi- même
ma reconnaissance et celle des novices pour la grande faveur que vous nous
avez accordée. On ne peut
s’empêcher d’envier le sort des heureux jérosolymitains.
Quant à N.D. de France et à ses deux magnifiques chapelles, tout le monde,
religieux et pèlerins en sont enthousiasmés. Le P. Marie- Léopold dirige
très bien le pèlerinage et émerveille M. l’abbé de Bréon. La caravane au
nombre de 150 pèlerins vient de partir ce matin pour Jéricho et le Jourdain
sous sa direction. Ils auront chaud. Les religieux n’ont pas trop souffert
sur le bateau. Le Fr. Gaston a eu une espèce d’insolation, il a fallu lui
mettre plusieurs thapsias: il a très facilement le sang à la tête et il est
à craindre que le soleil d’Orient lui soit funeste. Aurons-nous la joie de
vous trouver à Constantinople? Votre enfant très obéissant ». F. Hilaire.
Lettre au P. Picard, 29 août
1899, écrite à Jérusalem pendant le pèlerinage.

Religieux de la Province de Paris.

Un enfant de l’Artois.

Joseph Canouel est né le 13 juin 1867 à Beaumetz-lès-Cambrai, dans le canton de Bertincourt (Pas-de-Calais), petit bourg de l’Artois, dans un milieu de chrétienté familial et paroissial dont il garde le fier souvenir toute sa vie. Sa paroisse ne donne-t-elle pas en quelque vingt ans d’animation près de 30 prêtres? Né le jour de la fête de Saint Antoine de Padoue, il est baptisé le lendemain sous le patronyme de joseph, deux saints auxquels il voue une confiance proverbiale et qu’il a l’occasion d’invoquer souvent pendant les soixante ans de sa vie où il porte la charge d’économe! joseph fait ses premières études à l’alumnat d’Arras (1881-1882), à celui de Mauville (1882-1883), puis à Clairmarais de 1883 à 1885. Il entre au noviciat d’Osma en Espagne où il prend l’habit le 13 août 1885 des mains du P. Emmanuel Bailly auquel le lie une affection filiale jamais démentie. Il revient en France l’année suivante pour être l’un des fondateurs de Livry (Seine- Saint-Denis) où il prononce ses premiers vœux le 25 mars 1887 et ses vœux perpétuels le 15 août de la même année selon les coutumes rapprochées de l’époque. Il reste d’ailleurs sur place pour remplir la fonction d’économe de 1886 à 1900, sauf neuf mois d’interruption au Breuil (Deux-Sèvres), toujours en qualité d’économe, tout en se préparant par des études personnelles à recevoir les ordres sacrés. Il est ordonné prêtre par Mgr Thomas, lazariste, à Livry le 20 septembre 1890. Ce sont les événements de 1899-1900, perquisitions, dissolution et expulsion, qui lui font prendre le chemin de la Belgique, Louvain, entre 1900 et 1919 avec de nombreux séjours à Paris, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être poursuivi en 1905 avec d’autres religieux revenus en France sous le chef de délit de congrégation,

condamné et enfin amnistié.

Un économe à vie.

De naturel modeste, obéissant et docile, il est déjà, comme jeune profès et ensuite comme économe de noviciat, aux prises avec les dures réalités de la vie quotidienne. Son humilité est mise bien des fois à rude épreuve par les PP. Picard et Emmanuel Bailly qui connaissent sa vertu et savent son amour de l’Assomption. D’ailleurs lui-même ne parle toute sa vie de ces deux supérieurs qu’avec grande émotion. En fidèle serviteur, plutôt timide et peu habitué à la parole publique, il ne cesse de parcourir les chemins de France et de Belgique comme religieux quêteur, chargé d’un vieux sac noir qui recueille toutes les formes d’aumônes transportables à dos d’homme. Sa chambre de religieux est une véritable capharnaüm: on y trouve à peu près de tout, l’indispensable, l’utile, mais aussi tout le reste… Amoureux des plantes vertes, il les cultive et les arrose avec générosité; soucieux de ne rien jeter, il empile des collections de vieux papiers dont lui seul peut connaître l’éventuel intérêt; au milieu d’un beau désordre où seul il peut se reconnaître; il apprécie le chant d’un ‘coucou’ jour et nuit. Les dernières années de sa vie (1934-1946), il vit à Paris, rue Bosquet, armé d’une canne blanche, aimant se rendre à la Bonne Presse où des anciens prennent plaisir à le revoir, à évoquer des souvenirs et des traditions d’une autre époque. Bien des confrères le taquinent de n’être plus tout à fait de leur temps, de ne pas suivre la rapidité du progrès et de rester rivé aux chaînes du passé qu’il aime. Religieux charitable, très patient et d’un dévouement persévérant, le P. Hilaire ne change rien à ses habitudes. Il garde l’amour d’une prière simple et régulière: armé d’une lampe légendaire, premier levé, il récite le grand office. C’est là d’ailleurs que la mort vient le surprendre, à la chapelle, le mardi 26 novembre 1946, assis au pied d’une croix de bois, face au tabernacle, se préparant à écouter l’office de communauté, le soir. Les épreuves de santé ne lui ont pas manqué aux jours de la vieillesse: cécité, défaillance cardiaque, plaies variqueuses aux jambes. Il est inhumé à Paris, au cimetière de Montparnasse (tombe Bailly).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1947, n° 25, p. 117. Jeunes Missionnaires (revue de Lormoy), mai 1947, n° 14, p. 16-17. L’Echo de Notre-Dame (revue de Saint-Sigismond) mars 1947, n° 130, p. 10-11. Les Archives romaines renferment une très importante correspondance du P. Canouel, étirée entre les années 1890 et 1943.