Hrabar (Thaddée) Marcov – 1916-2007

Renseignements biographiques tirés des ‘Mémoires’ du P. Hrabar (Thaddée) Marcov


Naissance à Plovdiv le 6 octobre 1916 d’un père originaire de Yanevo, village catholique latin du Kossovo peuplé de croates dalmates, et d’une mère albanaise catholique latine, originaire du village de Zioum près de Prizren au Kossovo. Il est le sixième de huit enfants, dont deux sont morts en bas âge. Sa famille a quitté le Kossovo fin 1910 pour s’installer à Plovdiv.

Après 5 ans d’études primaires en pension à Sofia dans une école allemande (1921-1926) et 9 ans d’études secondaires au Collège français St Augustin à Plovdiv (1926 – 1935), dont 8 ans comme pensionnaire au petit séminaire assomptionniste ‘St St Cyrille et Méthode’ (1927-1935), il part en France pour entrer au noviciat à Nozeroy. Son maître des novices est le P. Gausbert Broha. Ses compagnons de noviciat le prennent pour un français. Il prononce ses 1ers vœux le 28 octobre 1936 à Nozeroy. Il fait ses 2 ans de philosophie à Scy-Chazelles ; son supérieur est alors le P. Athanase Sage. Il poursuit ensuite à Lormoy pour la théologie. Il se porte volontaire pour rester à Lormoy et assumer avec quelques autres une présence au scolasticat quand est donné l’ordre aux étudiants de fuir vers le sud avant l’arrivée imminente de l’occupation allemande en juillet 1940. A l’occasion d’un passage à la légation bulgare pour le renouvellement de ses papiers, il y rencontre de nombreux bulgares venus pour préparer leur retour en Bulgarie. Alors, il se décide à demander l’autorisation à ses supérieurs de rentrer lui aussi dans son pays natal. Il apprend que le P. Gervais Quenard est justement à Paris et va le trouver pour lui demander cette permission. Celui-ci la lui accorde de bon cœur et lui dit de transmettre au P. Ausone Damperat, supérieur à Plovdiv, l’ordre de le faire ordonner tout de suite pour qu’il soit exempté du service militaire. Après une attente d’environ un mois, il peut rentrer en Bulgarie avec tout un groupe de bulgares dans un train mis à leur disposition par les allemands.


Le P. Ausone s’est occupé tout de suite de l’organisation de son ordination. Il avait à un mois près l’âge requis de 24 ans, mais il fallait par contre demander une dispense à Rome parce qu’il lui restait encore deux ans de théologie à faire. La réponse de Rome ne traina pas et fut positive. Mais l’évêque latin de Plovdiv, Mgr Vikenti (Vincent) Peev était alors malade et était soigné à l’hôpital à Sofia. Le P. Ausone le conduit auprès de l’évêque pour le lui présenter et lui demander l’autorisation que l’ordination soit faite par un autre. L’évêque accepta. Alors le P. Ausone prit contact avec l’évêque latin de Nicopole, Mgr Damian Teelen, qui résidait à Rousse (Bulgarie du Nord) et ils partirent ensemble pour Rousse. Il y reçut le sous-diaconat et le diaconat, ayant déjà reçu les ordres mineurs en France. Il fut ordonné prêtre par Mgr Teelen le 29 septembre 1940, en la fête de l’archange St Michel, en la cathédrale latine de Plovdiv dédiée à Saint Louis (mais appelée Sveti Ludwig en bulgare). Il est le premier prêtre issu du petit séminaire ‘St St Cyrille et Méthode’ de Plovdiv.

1940-41 : Poursuite de ses études de théologie tout en commençant la philologie slave en étudiant libre à l’université de Sofia et en travaillant au Collège St Augustin où il réside. 1943-43 : Etudiant régulier à Sofa en mathématiques. Il réside à la paroisse catholique orientale, rue Lioulin. Là, il apprend à célébrer dans le rite byzantin en slavon.

Fin décembre 1943, à cause des bombardements, comme tous ceux qui le peuvent il quitte Sofia.

De janvier au 9 septembre 1944, il est au service des Sœurs Eucharistines avec leurs orphelines à Guénéral Nikolaevo (village catholique latin situé à 25 Km au nord de Plovdiv), où elles s’étaient réfugiées elles aussi à cause des bombardements. En même temps, il prépare son dernier examen de mathématiques pour le premier niveau. Relations difficiles avec la supérieure générale des Eucharistines, Mère Nebesna. Juste le 9 septembre 1944 (jour du coup d’état communiste), il prend ses bagages de Guénéral Nikolaevo pour revenir à Plovdiv.

1944 – 45 : Professeur de mathématiques au collège St Augustin.

1945: le P. Ausone lui confie la charge de la Confrérie N.D. de l’Assomption ayant pour but l’unité des chrétiens. Cette cause lui est particulièrement chère et il s’y consacre de façon très zélée.

Fin 1945 : de nouveau à Sofia pour continuer ses études de maths.

Janvier 1946 – printemps 1947 : Curé à Bourgas (ville sur la Mer Noire). Problème avec l’évêque car il tient à employer le mot ‘orthodoxe’ dans la divine liturgie.

1947- fin mars 1948 : à Yambol comme curé contre sa volonté. Il rentre à Plovdiv avec le P. Ausone venu à Yambol suite à sa disparition pendant six jours, car retenu par la Sécurité d’Etat sans motif particulier et sans pouvoir prévenir quiconque.

1948 – été 1949 : à Plovdiv où il vit la fermeture du collège et le départ des religieux étrangers (été 1948).

Été 1949 -juillet 1952 : Curé à Sliven. Le 11 juillet, il est arrêté et conduit à Sofia en même temps qu’une trentaine de prêtres, religieux, religieuses et laïcs qui, après une terrible période d’instruction, seront jugés dans le cadre d’un célèbre procès visant à décapiter l’Eglise catholique. Il est condamné à huit ans et comme beaucoup d’autres séjourne au fameux camp sur l’île de Béléné, dont il sort au bout d’environ quatre ans.

Au début des années soixante, il est à nouveau détenu plus d’un an pour avoir parlé de Dieu à un adolescent rencontré dans un train. Ensuite, il vit à la paroisse orientale de l’Ascension à Plovdiv, mais par suite de sa relation difficile avec le P. Gorazd, qui est le supérieur, il finit par aller vivre ailleurs. Dans les mêmes moments, à cause de ses choix originaux (cf notamment l’emploi du mot ‘orthodoxe’ dans la divine liturgie), auxquels il ne veut pas renoncer, convaincu en conscience que c’est lui qui a raison, et à cause des inimitiés que cela lui attire, l’évêque de rite byzantin lui interdit de célébrer publiquement la divine liturgie, ce qui veut dire qu’il ne peut plus assumer de charge pastorale.

Pour vivre, il sera quelques années professeur de français en différents lycées, pas en ville car les autorités se méfiant de lui, mais toujours en zone rurale.

Il a passé sa retraite à Plovdiv, ayant une chambre dans l’appartement de son plus jeune frère et dans une pièce qui lui sert de bureau dans le sous-sol du même immeuble. Il y vit un peu comme un ascète et garde une activité soutenue jusqu’à plus de 85 ans, travaillant jusqu’à la fin de sa vie à la promotion de son projet de calendrier universel. Ce projet, né en 1952 au cours de l’instruction du procès, l’a, dit-il, sauvé de la folie. Il écrit aussi 5 tomes de mémoires (près de 1000 pages), intitulées `les rêves et les luttes d’une vie’. Il a beaucoup travaillé la langue bulgare, dont il est un très bon connaisseur, mais là encore comme en pas mal de domaines, il a des conceptions originales. En même temps, c’est homme d’une grande droiture, fidèle au plus haut point à la parole donnée. Il ne sait refuser à qui lui demande quelque chose dont il dispose. C’est aussi un homme qui sait entrer en relation avec tout le monde. Aucun prêtre ou religieux catholique, sans doute, n’a connu et fréquenté autant de prêtres et métropolites orthodoxes que lui. Un métropolite lui a proposé de passer à l’orthodoxie, mais il a décliné la proposition en expliquant que cela ne servirait pas la cause de l’unité des chrétiens, au contraire.

Après une première attaque cérébrale, qui est légère et qui réduit ses capacités physiques et sa très bonne mémoire durant les dernières années de sa vie, peu avant Noël 2006 une nouvelle attaque le terrasse et il meurt à l’hôpital à Plovdiv le 5 janvier 2007 sans avoir pu reprendre connaissance. Il repose désormais dans le carré assomptionniste au cimetière catholique de Plovdiv.


P. Daniel Gillier


Bibliographies