Hyacinthe (Edmond) BINARMONT – 1874-1891

Permis d’inhumer.

« Nous, Maire et officier de l’Etat-civil de la commune de Livry,
département de Seine- et-Oise,

Vu la demande formée par le Sieur Bailly, propriétaire, domicilié dans la
présente commune, permettons d’inhumer demain vingt-et-un du courant, après
dix heures du matin, le corps de sieur Binarmont Hyacinthe Edmond décédé le
19 de ce mois, dans sa propriété sise à l’abbaye de Livry, territoire de la
dite commune section D.

« Le sieur Bailly demeure chargé de faire opérer, sous sa responsabilité,
l’inhumation
du corps, selon les règles prescrites par la loi.

Fait en la mairie de Livry, le vingt septembre mil huit cent quatre-vingt
onze.

Le Maire : Ernest Masson » Sur papier timbré, avec cachet de la mairie de
Livry.

Après 1900, à cause des mesures d’expulsion et d’expropriation, on sait que
tous les religieux inhumés à Livry ont été transférés dans la tombe Bailly
du cimetière parisien de Montparnasse.

Religieux francais.

Un novice-profès perpétuel.

Edmond est né le 7 octobre 1874 à Auchy-lès- Hesdin (Pas-de-Calais). Il commence ses études à l’alumnat d’Arras et les poursuit à celui de Clairmarais ou, déjà, il est soigné de la tuberculose. Il obtient cependant de sa mère l’autorisation de se donner à l’Assomption et du P. Picard celle d’entrer au noviciat de Livry ou, de façon exceptionnelle il prend l’habit le 14 août 1891 sous le nom de Frère Hyacinthe et fait immédiatement profession perpétuelle en raison des craintes sérieuses qu’inspire son état de santé. « A la Vigile de l’Assomption, le 14 août 1891, la fête de Marie est anticipée par la cérémonie des professions et des prises d’habit. Le P. Marie-Antoine, les FF. Adolphe et Evariste font leurs professions perpétuelles entre les mains de P. Charles Laurent, prédicateur de la retraite ; 21 postulants reçoivent l’habit religieux et à la table sainte 17 novices prononcent leurs vœux annuels. Aux dires des Anciens, jamais pareille cérémonie n’eut lieu encore à l’Assomption, mais ce qui lui donna un cachet spécial, ce fut la prise d’habit et la profession perpétuelle du frère Hyacinthe, attaqué d’une pneumonie, venu de la chapelle en chaise roulante, condamné par les médecins. Avant d’aller demander sa guérison à Notre- Dame de Lourdes pendant le pèlerinage national de cet été avec les malades, il a voulu recevoir l’habit religieux avec les nouveaux novices et faire sa profession perpétuelle in extremis pour mourir en religieux si la Sainte Vierge ne voulait pas le guérir ».

Une mort précoce, à 17 ans : le jeune et le vieillard face à face.

C’est le samedi 19 septembre 1891 que le frère Hyacinthe meurt à Livry. Les circonstances de son décès nous sont détaillés

grâce aux Ephémérides conservées du noviciat, chroniques fidèles et naïves du quotidien :

« Dans la matinée, le Frère qui a passé une très mauvaise nuit demande son confesseur, le P. Athanase qui lui donne l’absolution générale avec indulgence plénière. Les FF Crispin, Jean et Roger sont à son chevet ainsi que les PP. Athanase et Alfred, voyant le malade à toute extrémité. Sur ces entrefaites, le P. Tissot âgé de 91 ans, averti que notre Frère allait mal, arrive dans la chambre. Après l’avoir un instant contemplé, tout vieux et infirme qu’il est, il prend son bréviaire et se met à réciter tout seul les prières pour les agonisants, car sourd comme il est, il ne peut s’unir aux prières que nous faisons en commun. Le Fr. Hyacinthe fait des efforts surhumains pour pouvoir respirer ; enfin vers 10h15, il fait un grand effort, se soulève à moitié et retombe lourdement. C’est le dernier combat qu’il livre à la mort. Le Père Tissot comprend ce qui se passe ; levant sa main tremblante, il fit sur ce petit corps grand signe de croix. Tous les Frères avertis se rendent à la chapelle et l’on transforme le grand parloir en chambre mortuaire ou le corps est descendu vers 14 heures. ».

Obsèques lundi 21 septembre.

Imperturbable, le chroniqueur en exercice poursuit deux jours plus tard :

« Dieu nous accorde ce jour-là d’accompagner autour du cercueil de notre frère la première communion de quatre petits bohémiens de deux familles différentes. Quelques prêtres du doyenné, M. le Doyen et M le vicaire de Raincy, M. le vicaire de Livry, M. le curé de Vaujours et quatre frères viennent s ‘associer à nous pour rendre au Fr. Hyacinthe les derniers devoirs. Les Pères Maximin et Claude sont également venus de Paris. La messe est célébrée à 10h, suivie de l’absoute par le Doyen, après quoi le cortège funèbre se met en marche vers notre petit cimetière au chant du Benedictus. Arrivés près de la fosse bénite par le P. Alfred, nous confions à la terre les restes de notre frère aimé. Au dîner, le frère Benjamin lit une poésie du frère Damien à la mémoire de notre frère. Le temps s’étant mis à la pluie, nous passons l’après- midi en étude et disons l’office à 18h45. »

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Souvenirs 1891, n°81, p. 729-731. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Permis d’inhumation dans une propriété particulière (Archives romaines : RQ 75). Ephémérides de Livry (1890-1893), passim.