Hydulphe (Félix-E.-J.) MATHIOT – 1876-1962

Walden, 1960.
« Je ne veux pas me priver de vous écrire à l’occasion de votre fête. Ma
pauvre écriture se joindra aux nombreuses preuves d’affectueux respect que
vous allez recevoir. J’espère que tout cela vous trouvera en bonne santé,
toujours ferme au poste que la Providence vous a assigné, plein de
dévouement de plus en plus à nos intérêts qui vous sont chers. Je prierai,
dans mon petit coin de Walden, du fond de mes vieux ans, pour le cher
compagnon d’autrefois, jamais oublié. Nos voies sont maintenant
différentes, un abîme semble nous séparer que l’amitié ne craint pas de
franchir. Bonne santé surtout avec le poids que vous avez à porter. Le P.
Aubain [Colette] est venu me voir exprès, sans doute envoyé par vous. Je
n’étais pas très vaillant alors que peu de temps auparavant j’avais la mort
dans les dents. Sa visite m’a bien fait plaisir. Priez bien pour moi.
J’attends mes noces de diamant dans quelques semaines. Je me recommande à
votre souvenir afin que je me sanctifie pour bien finir. Transmettez mon
bon souvenir aux PP. Aubain, Saint-Martin et Gervais
[Quenard]. Je ne vous oublie pas près du bon Dieu ».
P. Hydulphe.

Religieux français de la Province d’Amérique du Nord.

Dans le Nouveau Monde.

Félix-Edouard-Joseph Mathiot est né le 7 mars 1876 à Docelles (Vosges). Il fait ses études secondaires au petit séminaire d’Autry (1889-1894). Puis ce sont les études philosophiques et théologiques au grand séminaire de Saint-Dié où il est ordonné prêtre le 19 décembre 1900 par Mgr Foucault. Après quelques mois de vicariat à Frizon, il vient frapper à la porte de l’Assomption. Il prend l’habit à Louvain le 18 octobre 1901 sous le nom de Père Hydulphe, prononce ses premiers vœux l’année suivante à la même date et ses vœux perpétuels le 18 octobre 1903. Envoyé à Rome, il y obtient la licence en théologie et, en 1904, il part pour Worcester (U.S.A.). jusqu’en 1927, il exerce un apostolat assidu, tant comme professeur au collège de l’Assomption que comme prédicateur très goûté dans différentes paroisses de la Nouvelle Angleterre. En 1927, le P. Hydulphe arrive au noviciat québécois de Bergerville. Il enseigne le chant grégorien dans diverses communautés de Québec, et spécialement chez les Sœurs de Ste- Jeanne d’Arc, mais également la patrologie au grand séminaire de Québec, à partir de 1934. En 1941, le Père retourne aux Etats-Unis où il se dévoue à la prédication et à l’enseignement du chant grégorien à la maison provinciale des Petites Sœurs de l’Assomption de Walden (Etat de New York). Pendant plus de vingt ans, il y réside et fait un beau travail d’enseignement, de prédication et de direction. Malgré une longue et pénible maladie, le P. Hydulphe. reste un étudiant et un lecteur vorace. Ses études sont orientées vers l’apostolat intellectuel dans le domaine de l’histoire et de la patrologie. Le 19 décembre 1960, il a la joie de célébrer ses soixante ans de sacerdoce, des noces de diamant, au milieu des religieux venus de diverses maisons.

On souligne à cette occasion ses activités intellectuelles et sa grande érudition servies par une belle mémoire. Il est pourvu de nombreuses qualités: intelligence pénétrante, mémoire d’une rare’ fidélité, entretenue par un travail constant. Il est ouvert à toutes les manifestations de la culture chrétienne. Il connaît bien les Pères de l’Eglise, particulièrement saint Augustin et saint Jean Chrysostome. Il possède aussi l’art des remarques et réparties spirituelles ou humoristiques. Le 16 septembre 1962, dans sa 87ème année, son combat pour la vie prend fin. Jusqu’au terme de son dernier souffle, il est accompagné par la prière et les soins des Petites Sœurs de l’Assomption. A la fin, il ne peut plus lire ni écrire lisiblement ni suivre une pensée et cette situation lui coûte beaucoup. Ses obsèques ont lieu à la chapelle du Christ-Roi, à l’école préparatoire de Worcester. Le P. Polyeucte Guissard prononce l’allocution, l’absoute est donnée par Mgr Flanagan, évêque de la ville. Le P. Hydulphe est inhumé au cimetière des religieux à Worcester (école préparatoire).

Souvenirs sur le P. Hydulphe.

Lorsque le P. Hydulphe arrive aux Etats-Unis en 1904, il commence à prêcher des retraites aux Petites Soeurs de l’Assomption, à 28 ans. Ses retraites sont inoubliables, car on sent qu’il vit ce qu’il prêche. Théologien profond, il présente la doctrine et la foi de l’Eglise à travers la vie des Pères de l’Eglise qu’il connaît bien. C’est un véritable orateur qui ne peut parler de la passion du Christ sans en être ému. Il a aussi l’art d’être pratique et d’accompagner le sujet traité de traits amusants vécus en communauté. Doué d’une grande force de travail, il recompose la musique d’accompagnement du manuel des saluts. Exigeant pour lui, il aime le travail bien fait: les Sœurs en savent quelque chose quand elles doivent recopier la musique. De tempérament artiste, il sait former des organistes. Il fournit en livres la bibliothèque de Walden où il goûte la tranquillité de la nature et le climat de travail de la maison. Dans la direction spirituelle, il sait trouver les mots qui réconfortent. Compagnon charmant, c’est un érudit qui a le don de fixer les traits d’une situation, d’une histoire en quelques formules à l’emporte-pièce. On peut redouter ses traits d’esprit ou tel calembour, redoutables pour celui qui en fait les frais ou pour celui qui n’a pas d’humour. Mais rien n’en sera jamais exhumé puisque le Père détruit avant sa mort toutes ses notes de lectures, estimant qu’après lui personne ne pourrait s’en servir avec utilité.

Bibliographies

Bibliographie et documentation- B.O.A. juin 1963, p. 205. Lettre à la Famille 1963, n° 350, p. 379-380; n° 353, p. 420. Alumnus (Worcester), 1962, number 300, p. 5 (Nos défunts). Assumptionists Deceased in North America, 1995, p. 5. Lettre du P. Hydulphe Mathiot au P. Wilfrid Dufault, Walden, 7 octobre 1960. Dans les ACR, du P. Hydulphe mathict, correspondances (1903-1961). On doit à ce religieux un récit des origines du collège de Worcester, rédigé en 1956.