Ignace (Guillaume) LE LAY – 1891-1918

Deuil.

«Au cours du mois de février
[1921], nous avons appris – bien tardivement, hélas!- la mort d’un brave
Frère convers, tué au champ d’honneur en
1918, le Frère Ignace Le Lay. Le Frère était parti du noviciat de
Limpertsberg pour la caserne en 1913, et avait fait vaillamment son devoir
pendant la grande guerre. Breton d’origine et de langue, il parlait à peine
le français et ne savait pas écrire, Aussi n’eut-on de ses nouvelles que de
loin en loin, quand un de nos religieux avait l’occasion de le rencontrer.
Puis, un jour, ce fut le silence complet, et on perdit jusqu’à son adresse.
Il y a quelque temps, on écrivit à son curé, et c’est alors qu’on
apprit que le Frère était tombé sur le champ de bataille, en
1918. Sans retard, nous avons fait pour lui au noviciat dont il faisait
partie, les prières de règle. Sans nul doute, le bon Dieu aura été p1ein de
miséricorde pour ce bon Frère qui avait toujours donné
autour de lui, au noviciat, l’exemple de la simplicité des humb1es et du
plus absolu dévouement ».

L’Assomption, 1921.

Religieux français, novice mort à la guerre.

Une mémoire à reconstituer.

Guillaume Le Lay est né le 9 juillet 1891 à Plouigneau, près de Morlaix (Finistère). D’après le Registre, il entre au noviciat des Frères convers à Louvain où il prend l’habit le 23 juin 1911, sous le nom de Frère Ignace. Passé à Limpertsberg (Luxembourg), il n’a pas le temps d’émettre ses premiers vœux, qui ont lieu normalement au bout de trois ans pour les Frères (1), quand il est rappelé par les obligations du service militaire. Lors du conflit, il est affecté au 416ème régiment d’infanterie. On garde sa trace, difficilement, jusqu’en 1915, car le Frère Ignace doit avoir recours à la plume d’un camarade complaisant pour donner de ses nouvelles. Versé ensuite dans le même bataillon de Chasseurs Alpins que le P. Anatole Longoz (18801916), celui- ci informe la Congrégation de la situation du Frère Ignace, mais il tombe lui-même dans ‘l’enfer de Verdun’, le 23 juin 1916. C’est ensuite le silence complet. Après l’armistice, on s’enquit du Frère Ignace auprès de son curé en Bretagne. C’est en janvier 1921 que l’on finit par apprendre que le Frère Ignace a été tué en 1918, mais sans précision de date et de lieu. Le P. François-Xavier Legrand et le P. Arbogaste [Georges Neuschl, familiers du Frère Ignace à Limpertsberg, se sont fait fort de fournir quelques renseignements sur la vie de leur confrère, mais sans doute n’ont-ils été, soit jamais écrits, soit jamais transmis. On apprendra par la suite qu’en fait le Frère Ignace a disparu au front, le 29 mai 1918, à Cohan (Aisne), sans doute enseveli par un obus. Pour servir sa mémoire, nous reproduisons quelques extraits de sa dernière correspondance ‘indirecte’.

Sentiments d’un Frère exposé au front.

« Je vous remercie beaucoup de votre bienfaisance,

en m’envoyant toujours le journal La Croix et la revue du Pèlerin que je donne à mes copains qui m’aident et en qui j’ai confiance. Je vois qu’ils ont quelque chose pour Dieu et pour la Sainte Vierge Marie qu’ils prient eux-aussi, pour la délivrance de la France de ces peuples barbares. Je prie aussi pour vous et pour la famille spirituelle de l’Assomption et notre Père Général, le P. Emmanuel [Bailly] et pour tous les frères engagés dans l’œuvre spirituelle. Je vous remercie beaucoup de toute la peine que vous prenez en m’envoyant ces jolies choses sacrées, car ici nous autres, pauvres soldats, nous ne demandons pas mieux que de regarder ces images de Notre-Seigneur Jésus-Christ ainsi que de sa mère la Sainte Vierge qui m’a préservé du mal jusqu’ici. Je pense que mes prières mélangées aux vôtres seront reçues au ciel par notre Dieu. Ici je suis dans un grand danger, car c’est épouvantable de voir nos morts depuis quinze jours sur le terrain, qu’on ne peut même pas les ramasser à cause de ces barbares qui tirent sur nos chers infirmiers qui se dévouent tant pour nous. Malheureusement, il y avait un prêtre dans ma compagnie qui fui blessé l’autre jour et qui rendait grand service pour le corps et surtout pour l’âme. Je n’ai pas de chance encore parmi tout cela. J’aurais bien voulu y être avec quelqu’un de mes frères. J’ai entendu, depuis que j’ai quitté Saint-Brieuc, que des nôtres sont arrivés dans ce dépôt pour faire leur service. Je n’en ai connu qu’un qui partait de Saint-Brieuc quand j’arrivais, c’est le Frère Jean-Gualbert [Le Menthéour]. Quand je pense à la bonne vie que j’avais avant de venir au régiment! J’espère y retourner après cette guerre si le bon Dieu le veut ainsi que sa mère la Sainte Vierge. Rien d’autre à vous dire. Je finis ma lettre en donnant le bonjour à tous les Frères. Votre fils dévoué en Notre-Seigneur ».

(1) Cela explique le fait qu’aucun dossier le concernant ne figure dans les ACR. Ne subsiste qu’une seule pièce officielle de sa qualité d’assomptionniste, la fiche de ‘vestition’ ou prise d’habit. Le Frère Ignace, novice, n’a donc pu prononcer ses premiers vœux. Parti à l’armée, il n’en est jamais revenu.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1929, n° 305, p. 112-113. Nouvelles de la Famille, 1919, n° 305, p. 279-280 (liste des religieux morts pour la patrie, de 1914 à 1919: le Frère Le Lay est absent de la nomenclature). L’Assomption, 1921, n° 237, p. 59. Dans les ACR, du Frère Ignace Le Lay, quelques correspondances (1915).