Ildefonse (Pierre Alphonse) CAUSSE – 1867-1951

Lettre de Kloztville
(Louisiane, 1896).
« Le mois d’octobre a été fructueux: deux vieilles personnes, dont l’une a
dépassé la centaine, se sont approchées pour la première fois de la sainte
Table, le jour
du Rosaire. Beaucoup de noirs sont accourus à KIoztville, ils ont été
émerveillés de la fête
et de la procession, car ici nous pouvons dresser à la Sainte Vierge des
arcs de triomphe, déployer nos bannières et nos oriflammes sans-craindre un
arrêté du maire. Les francs-maçons processionnent librement, pourquoi pas
nous’? Nous profitons de la neutralité de l’Etat qui protège tous les
cultes. La foi catholique pénètre peu à peu chez les protestants. I1 y a
quinze jours, j’en ai baptisé deux sur le point de mourir. Une femme a
laissé 4 enfants que je baptiserai le jour de la Toussaint. Lorsque le P.
Barnabé [Gigand] sera ici, nous irons visiter ensemble les familles et
faire du bien à ces nègres qui ont bonne volonté mais ont besoin d’être
encouragés pour revenir à Dieu. Depuis que nous avons établi deux sociétés
pieuses, j e n’ai pas entendu dire qu’il y ait eu des bals nègres à
Kloztville…».
P. Ildefonse, oct . 1896.

Religieux de la Province de Paris.

Une recrue du P. Henri Brun.

Pierre Alphonse voit le jour le 20 avril 1867 sur les hauteurs du plateau de l’Espérou à Camprieu (Gard), là où l’Assomption fait un essai éphémère d’alumnat en 1874. Le jeune Pierre est élève des Frères des Ecoles chrétiennes de 1877 à 1879 à Meyrueis (Lozère) forsqu’il est remarqué par le P. Henri Brun, recruteur. En septembre 1879, Pierre entre à l’alumnat du Vigan (1879-1880). Alès, Notre-Dame des Châteaux et Clairmarais le reçoivent ensuite de 1880 à 1885: il y fait de solides études. Le 29 septembre 1885, retenu à Nîmes par le choléra qui a fait fermer la frontière espagnole, alors qu’il se dispose à entrer au noviciat d’Osma, il reçoit l’habit des mains du P. Alexis Dumazer et prend le nom de Frère Ildefonse. Il peut se rendre à Osma, accomplit en novice le pèlerinage d’Avila et rentre en France à Livry pour y prononcer ses premiers [et aussi perpétuels] vœux, le 29 septembre 1887. Il est envoyé ensuite, selon la coutume, servir dans les œuvres: professeur à Mauville (Pas-de-Calais) de 1887 à 1890. Le jour de ses 22 ans, il reçoit le sous-diaconat à Lille. De 1890 à 1895, il est étudiant à Rome où il passe un double doctorat de philosophie et de théologie. Il a déjà été ordonné prêtre le 15 août 1891 à Livry par Mgr Duboin. Ses qualités d’administrateur se sont déjà signalées: à Rome, comme économe, il s’est occupé de l’achat et de l’installation de la maison de l’Ara Coeli. Désireux de vie missionnaire, il apprend l’italien et l’anglais.

D’Est en Ouest.

Le P. Brun aurait aimé l’attirer à New York comme auxiliaire. Après un passage à Istanbul (1895), le P. Ildefonse s’embarque pour l’Amérique du Nord. Il s’installe d’abord à Kloztville pour l’évangélisation des noirs et rejoint ensuite La Nouvelle-Orléans,

Lettre de Kloztville (Louisiane, 1896). « Le mois d’octobre a été fructueux: deux vieilles personnes, dont l’une a dépassé la centaine, se sont approchées pour la première fois de la sainte Table, le jour du Rosaire. Beaucoup de noirs sont accourus à KIoztville, ils ont été émerveillés de la fête et de la procession, car ici nous pouvons dresser à la Sainte Vierge des arcs de triomphe, déployer nos bannières et nos oriflammes sans-craindre un arrêté du maire. Les francs-maçons processionnent librement, pourquoi pas nous’? Nous profitons de la neutralité de l’Etat qui protège tous les cultes. La foi catholique pénètre peu à peu chez les protestants. I1 y a quinze jours, j’en ai baptisé deux sur le point de mourir. Une femme a laissé 4 enfants que je baptiserai le jour de la Toussaint. Lorsque le P. Barnabé [Gigand] sera ici, nous irons visiter ensemble les familles et faire du bien à ces nègres qui ont bonne volonté mais ont besoin d’être encouragés pour revenir à Dieu. Depuis que nous avons établi deux sociétés pieuses, j e n’ai pas entendu dire qu’il y ait eu des bals nègres à Kloztville…». P. Ildefonse, oct . 1896.

Notices Biographiques A.A capitale de la Lousiane pour cinq années de mission (1895-1899) dont il garde un excellent souvenir toute sa vie. A la rentrée des classes de 1899, nous retrouvons le P. Ildefonse à Nîmes comme économe du collège, professeur, sous-directeur pendant un quart de siècle (1899 à 1925). Il s’adonne à tout: les langues, les sciences, le ministère, une multiplicité de services qui ne doivent pas cacher leur excellence mais aussi le caractère parfois précaire des conditions d’exercice: le P. Ildefonse connaît à Nîmes la sécularisation, les procès, l’expropriation, les comparutions devant les tribunaux, mais il est bien aidé par des supérieurs et des directeurs courageux, les PP. Timothée Faigueyrette, Matthieu Lombard et Arthur Deprez. Après 1930, un nouveau collège renaîtra, route d’Arles. En 1923, le P. Ildefonse est envoyé comme supérieur à Sens pour la reprise d’un collège Saint-Edme. Des parents veulent revenir au système antérieur: premier cycle sur place, deuxième cycle au lycée de la ville. Le P. Ildefonse qui termine son mandat, mais qui est opposé à ce choix, gagne alors le pensionnat Saint-Louis de Gonzague de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il y reste deux ans (1931-1933) avant de rejoindre Chanac (Lozère) dont il devient le premier supérieur (1933-1942). En novembre 1942, après un séjour à Vérargues (Hérault), il remplit le service d’aumônerie auprès des Petites-Sœurs de l’Assomption. Il y reste 8 ans (1942-1950).

Maladie et mort.

Le P. Ildefonse souffre d’artérite et d’une plaie au pied gauche. Les remèdes se révèlent impuissants à le guérir. Est envisagé son transfert à Lorgues (Var). Pendant longtemps il garde le désir de reprendre son aumônerie, mais lorsqu’un successeur est nommé, il comprend que c’est fini pour lui. Son neveu, le P. Ignace, et son infirmière, Sœur Saint-Claude, l’accompagnent en voiture de Firminy à Lorgues où il est remis aux bons soins de la communauté. Il meurt assez brusquement le 13 mars 1951 dans la soirée. Ses obsèques sont célébrées sur place, le P. Ildelonse est inhumé à Lorgues. Il vient d’ achever ses 84 ans, le mois précédent.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1951, n’115, p. 40; n° 116, p. 43-44. Mon Etoile (bulletin de Chanac), mai-juin 1951, n° 23, p. 4-5. Les ACR conservent de très nombreuses correspondances du P. Ildefonse Causse (1887-1940), ainsi que des nouvelles et rapports de ses différents lieux de mis- sion: Louisiane (1897), Sens (1926-1931), Firminy (1946-1947).