Isidore (Hippolyte-Emile) GAYRAUD – 1874-1958

Talcahuano 1919.
« Mes souvenirs personnels sur le P. Isidore se rapportent au temps où nous
étions à Talcahuano, principal port militaire du Chili. La malpropreté de
ses rues et les vices de ses habitants lui avaient valu la réputation
d’être la sentine du pays. Tout cependant n’était pas pourriture, sur ce
fumier on trouvait encore de belles âmes. En 1912, les religieux trouvèrent
une église et un presbytère dans un état d’abandon et de saleté
indescriptibles. Des
décombres accumulés au fond de l’église couvraient les fonts baptismaux
devenus inaccessibles. Le spirituel était encore en pire état. L’unique
prêtre chargé de la paroisse s’occupait avant tout d’un commerce d’étoffes
qu’il avait en commun avec ses frères. En
1919, la paroisse fut décimée par le typhus. Le P. Isodore f ut malade
pendant 40 j ours, mais lui triompha de la maladie avec des piqûres
d’alcool camphré et d’éther pour soutenir le cœur. Il était allé prêcher
une mission aux pêcheurs de Las Tumbes. Robuste, il ne s’alarmait pas pour
rien. Il fut ramené à la communauté après un voyage de deux jours en
barque. Je le mis dans la chambre laissée par le P. Pavillet; la
température alternait entre 35°
et 42… ».

Isidore (Hippolyte-Emile) GAYRAUD

1874-1958

Religieux de la Province de Bordeaux.

Fratrie Assomptionniste.

Hippolyte-Emile Gayraud est né le 4 avril 1874 à Trémouilles (Aveyron), dans une famille qui va donner trois de ses fils à l’Assomption les futurs PP. Herménégilde missionnaire en Turquie, Isidore (notre Hippolyte) missionnaire au Chili et Léandre missionnaire en Roumanie. Hippolyte fait ses études secondaires dans les alumnats de Roussas (Drôme), de 1883 à 1886, de Notre-Dame des Châteaux (Savoie), de 1886 à 1888, et de Nîmes (Gard), de 1888 à 1890. Il devient novice à Livry de 1890 à 1892, en prenant l’habit le 6 août. Il choisit le prénom religieux de Frère Isidore. Le P. Emmanuel Bailly le présente à la profession comme un des meilleurs novices, excellent enfant, intelligent, plein de foi et de cœur, pieux, docile. Il fait profession perpétuelle le 6 août 1892. Il se rend à Rome pour ses études ecclésiastiques. Il obtient un double doctorat. Pour la soutenance de sa thèse en théologie il expose d’abord avec talent la thèse contraire à celle enseignée par son professeur, le P. Bucceroni, puis il déclare au jury médusé: « je vous ai donné la thèse contraire à celle que vous attendiez. Vous n’avez pas su me coller, c’est donc qu’elle n’est pas si mauvaise que cela. Maintenant pour vous donner tous vos apaisements voici la thèse enseignée! ». Il est proclamé à l’unanimité docteur avec la plus grande distinction. Il est ordonné prêtre à Rome, le 16 avril 1897.

Jérusalem, Worcester.

Après quelques mois de professorat au collège de Nîmes (1897-1898), le P. Isidore va enseigner la philosophie dans le scolasticat de Toulouse (1898- 1899), dans la Haute-Garonne. Quand celui-ci ferme ses portes à cause des expulsions de 1900, il part enseigner la même matière à Jérusalem. On se souvient de son enseignement clair et solide:

malheur à l’objectant qui est vite rectifié de façon aussi forme que pertinente! En 1902, le P. Isidore reçoit une nouvelle obédience pour l’Amérique du Nord, au service de la paroisse de Notre-Dame de Guadalupe à New York. En 1904, il est désigné pour organiser avec le P. Gunfrid Darbois un alumnat qui va se muer rapidement en collège (Worcester). C’est lui qui construit une première grotte de Lourdes: doué d’une force herculéenne, il porte dans ses bras des blocs de pierre énormes que personne ne peut soulever. Le Père Isidore reste 8 ans à Worcester, enseignant et économe.

Au Chili, Valparaiso, Talcahuano et Santiago.

En 1911, l’obéissance transfère le P. Isidore en Amérique du Sud. Il arrive le 9 octobre à Valparaiso où l’Assomption vient de prendre la paroisse de Los Placeres, située malgré son nom dans un quartier déshérité, des cerros où de pauvres gens installent leur rancho. Le P. Isidore devient le premier vice-curé de la nouvelle paroisse de Esperanza, en établissant sa première église dans un magasin, en attendant la construction d’un vrai lieu de culte. En 1917, l’alumnat de Mendoza, près de Rengo, est réorganisé: le P. Isidore est mobilisé pour enseigner les rudiments latins aux jeunes élèves. En 1919, on lui demande de prendre en main une paroisse de Talcahuano (1919-1924), à un moment critique où sévit le typhus exanthématique qui coûte d’ailleurs la vie à deux religieux, les PP. Claudius Pavillet et Louis Deltour. Il réalise la construction d’une église dédiée à Tous-les-Saints, au quartier de l’Arenas. Malade lui-même, malgré sa forte constitution, il connaît une longue période de convalescence. En 1924, le P. Isidore est affecté à Santiago où il va rester, sauf quelques interruptions, jusqu’à sa mort en 1958. Il est aumônier des Petites Sœurs des Pauvres. En 1931, il est chargé de l’économat, à la place du P. Victor Duquesne. Il se montre un gérant austère des intérêts matériels de la communauté, soucieux d’une pauvreté vécue. En 1940 on établit dans le quartier du Golf une communauté tour à tour noviciat et scolasticat. Le P. Isidore, doublement docteur, y est nommé supérieur, économe, professeur (1941-1942). Il passe une année en remplacement à Valparaiso (1943), revient au Golf (1944), fait encore un intérim à Rengo (1945) et reprend sa place à Santiago. De 1945 à 1955 le P. Isidore continue à rendre de multiples services, mais la santé se détériore: ses jambes, déformées par des phlébites, le portent avec peine; ses mains refusent de servir et ses reins lui causent de fortes souffrances. Au début de l’année 1958, sa faiblesse ne fait qu’augmenter. Il meurt le 15 juillet 1958, à 88 ans, sans déranger personne, comme il a vécu, à Santiago. Les obsèques sont célébrées le 16 juillet, jour de la fête de Notre- Dame du Mont-Carmel. Le P. Isidore est inhumé à Santiago. Le P. Régis Escoubas peut écrire que chez le P. Isidore l’héroïcité des vertus n’est pas un replâtrage des dernières heures, mais le couronnement d’une vie entièrement donnée.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1959, p. 53-54. Lettre à la Famille, 1958, n° 260, p. 134-136. El Eco de Lourdes, 1958, n° 695, p. 31-32. Vinculum (Bulletin d’Amérique latine), octobre 1958, n° 21, p. 3-4. Dans les ACR, du P. Isidore Gayraud, quelques correspondances (1901-1908). Souvenirs sur le P. Isidore à Talcahuano par le P. Jean de Dieu Danset (Vinculum). Notices Biographiques