Isidore (Pierre Louis) DETRE – 1915-1986

Heurs et malheurs d’un broussard,
« Mon port d’attache est un poste en brousse, Betioky- Sud, une
sous-préfecture de
1.000 habitants à 155 km. de Tuléar dont les 70 premiers sont macadamisés
et sur lesquels avec ma 2 CV je peux rouler à 70 km/heure. Il faut se
méfier des dos d’âne qui vous envoient dans les airs comme un tremplin,
pour vous faire ensuite piquer du nez. Cela a l’avantage de vous empêcher
de dormir. La température y
est toujours d’au moins 35° à l’ombre! Le reste de la route est un chemin
de terre qui traverse ‘l’Adranovory’. A la saison des pluies, ma légère 2
CV peut galoper à travers ces ornières où s’enlisent les camions. Après
vous attend la fameuse ‘tôle ondulée’, ainsi nommée à cause des ondulations
qui vous secouent les bras et abîment les véhicules les plus résistants. Il
m’est arrivé de me trouver tout d’un coup dans une rivière qui n’existait
pas la veille! Un Malgache ne reste pas en panne, Il arrive toujours à se
débrouiller et à se tirer
d’affaire même du ‘sac à sac’. Un brave homme vous démonte un cardan. En
chemin, je me suis arrêté à Ejeda où le P. Borkus commence une église… ».
P. Isidore, Qu’il règne, 1966, n° 150, p. 11-15.

Isidore (Pierre Louis) DETRE

1915-1986

Religieux Français, en mission à Madagascar.

Formation entre les deux guerres.

Pierre Détré est né à La Gorgue (Nord), le 27 janvier 1915 et baptisé le même jour. Il fait ses études secondaires au petit séminaire de Hazebrouck (1926- 1928), à l’alumnat du Bizet et à celui de Clairmarais (1928-1933). Il prend l’habit le 1er octobre 1933 au noviciat des Essarts (Seine-Maritime) sous le nom de Frère Isidore et y prononce ses premiers vœux le 2 octobre 1934: « Ce novice présente un caractère heureux, il met de la volonté et de la persévérance à aimer Notre-Seigneur. Il est dévoué, obéissant, de bonne entente et docile ». Il accomplit une année d’études complémentaires à Layrac (Lot-et-Garonne), étudie la philosophie au scolasticat de Scy-Chazelles (Moselle) de 1935 à 1937, passe 8 jours à la caserne en octobre 1937 et se rend à Lormoy (Essonne) pour étudier la théologie jusqu’aux jours de la débâche de mai 1940: il trouve refuge à Davézieux (Ardèche). Le Frère Isidore est profès perpétuel depuis le 9 décembre 1937. Il reste un an à Davézieux comme professeur de sixième, tout en terminant ses études. Mgr. Coudert, évêque de Viviers, l’ordonne prêtre le 21 décembre 1940.

Premiers ministères, en France.

Le Père Isidore commence par être affecté au service de l’économat à Soisy-sur-Seine (Essonne) en septembre 1941. La charge est difficile en ces temps de pénurie. Levé tôt le matin pour allumer le gazogène de son camion, il part à la recherche de nourriture pour alimenter l’alumnat, mais aussi les Orantes de Sceaux et les Oblates de Chatenay. C’est lui qui a l’idée de lancer la revue ‘Le Carillon’, titre trouvé par le P. Ravoin. En 1944, avec sa camionnette, il ne craint pas d’aller ramasser morts et blessés dans les bombardements de Juvisy, Villeneuve-Saint-Georges et Athis-Mons.

En février 1948, il doit prendre du repos à Lambersart (Nord). Il assume à nouveau l’économat, cette fois au scolasticat de Lormoy (1948-1950). En novembre 1950, il est opéré d’une tumeur abdominale. D’avril à septembre 1951, il est au Bizet, en attente. Le Père s’est porté volontaire pour la mission en Russie, mais il est affecté à l’enseignement, à Clairmarais où il n’en poursuit pas moins l’étude de la langue russe (1951-1954).

La grande mission, Madagascar. Le Père Isidore arrive sur la grande île en 1954 et s’initie à cet apostolat d’un nouveau genre à Tuléar. Victime de la fièvre typhoïde, il quitte la ville en décembre 1958 pour Ambatolamy. Lui est confié en 1959 le district de Betioky-Sud, en pleine brousse. En mars 1964, il subit encore une opération qui, quoique corrigée ensuite en France, le laisse définitivement handicapé. En 1965, de retour à Madagascar après avoir été confronté à la maladie, le P. Isidore s’oriente de plus en plus vers un apostolat de type social, à travers différents milieux, l’hôpital, la prison, la jeunesse des lycées, la caserne et la diffusion de la presse catholique. Il est fait Chevalier de l’Ordre national du Mérite (1967). En 1973, nouvel accroc de santé: il souffre d’arythmie cardiaque. Il revient en octobre 1974 à Madagascar et se replonge avec enthousiasme dans ses occupations privilégiées, le monde des malades et des pauvres. Ses ennuis de santé ne sont pas terminés (1978, opération du tube digestif; 1981, éventration). Cet homme, grandement malade, ne s’appesantit nullement sur ses misères. Il ouvre à Tuléar un Centre pour enfants handicapés, initiative admirable qui lui vaut en décembre 1983 la médaille malgache du Mérite. Avec les moyens du bord, il fournit aux lépreux de son centre, béquilles, chaises roulantes et chaussures adaptées En avril 1985, il a la joie d’inaugurer ‘t’Akany Fanantenana’, le ‘Nid de l’Espérance’, sorte de garage aménagé pour devenir un centre de rééducation des handicapés. Il lance même un Club de Handi-sport, inauguré le 9 mars 1986 sur le terrain d’Andaboly. Cette manifestation d’espérance est son chant du cygne. Le 15 mai 1986, le P. Isidore est une nouvelle fois hospitalisé. Une dernière opération, d’une perforation déjà infectée, est encore tentée. Mais si la tension du malade baisse, son taux d’urée augmente et le jeudi 22 mai, le P. Isidore meurt dans l’après-midi. Ses obsèques sont célébrées dans l’après-midi du samedi, 24 mai, présidées par l’évêque, Mgr René Rakotondrabé, entouré d’une foule impressionnante qui déborde de la cathédrale. Le Père Isidore repose dans la propriété de l’Assomption à Tuléar, Bolemboka, à trois km. du Centre-Ville. Ce religieux, grand, maigre, un peu courbé, presque toujours courant pour se dévouer auprès des plus déshérités, a vécu d’une foi si active qui le rendait proche des humains, qu’il en a comme oublié ses propres faiblesses et que ses souffrances mêmes en ont été transformées comme des armes ou des instruments pour soulager celles des autres. Les handicapés de la région de Tuléar ont sans doute perdu un père en la personne de ce missionnaire, mais ils ont trouvé, au contact de son dynamisme et de sa foi, le secret d’une espérance qui ne peut les quitter.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (111) 1984-1986, p. 117-120. Assomption-France, Nécrologie no 5, année 1986, p. 106-109. Correspondances dans les ACR (1948-1970). Le P. Isidore Détré a donné des chroniques de sa vie missionnaire à Madagascar publiés des différents bulletins: Paris-Assomption, Qu’Il Règne (Bruxelles), Jeunesses (Bure) … Témoignages de l’activité missionnaire du Père Isidore dans A.T.L.P. (A Travers la Province, Paris), mars 1982, no 19 et décembre 1984, no 36. A.T.L.P., 1998, no 145, p. 24-26 (cérémonie du retournement des morts: 11 août 1998). Notices Biographiques