Jacques Raffin – 1921-2017

Jacques aimait se démarquer des nombreux Bretons qui formaient le gros noyau de l’ex-province assomptionniste de Bordeaux dans laquelle il est arrivé un peu par hasard. L’origine de la famille Raffin se trouve dans l’Isère à Pontcharrat, dans la Drôme et le Tarn. Du côté de la maman, c’est Lyon, Embrun et Montauban. Les rochers de la côte Atlantique ne sont pas de même nature que les roches enrobées de neige du Diois. C’est de ces éléments rassemblés qu’i faudra vivre en communauté. Du mariage de Georges Raffin et Marie Louise Berchaud en 1927 naîtront 15 enfants dont Jacques est l’aîné. Leur père est ingénieur en électricité. « Ma vie, dit Jacques sera donc itinérante au gré des nominations de mon père ». Ce sera d’ailleurs un peu vrai également durant sa vie religieuse et encore dans cette dernière période de vie active dans ce diocèse d’Agen. 4 octobre 1928, naissance de Jacques François, Louis, Paul à Die, dans la maison familiale. Dès 1930, il est à Chatou, banlieue de Paris. En 1933 à Bord les Orgues, (Corrèze). En 1936 à Brest, élève chez les Pères Jésuites à Notre-Dame du Bon Secours. À Pâques 1941, la famille, sauf le papa, doit quitter Brest sur ordre du maire à cause des bombardements de la ville. La voici à Gouarec (Côtes d’Armor), Fleurs de l’Orne (Normandie), Redon (Ille-et-Vilaine) où Jacques est scolarisé chez les Pères Eudistes. Tout ce temps, le papa est absent et la maman se repose sur l’aîné qu’il est, pendant deux ans. Puis c’est Montargis en 1943, où il suit l’enseignement public.
Le voici en 1946, pensionnaire à Cavalerie (Dordogne), petit séminaire assomptionniste. Il ignore tout de l’Assomption mais sa maman est bienfaitrice de la maison et abonnée au bulletin « Lilium ». Après le bac passé à Toulouse en 1947, il demande à entrer au noviciat des assomptionnistes à Pont-l’Abbé-d’Arnoult (Charente Maritime). Il fait profession le 15 octobre 1948 et vient à Layrac pour deux années d’études de philosophie. Il ne fera pas de service militaire aussi est-il nommé professeur de 5e au collège Saint-Caprais, à Agen pendant une année. En octobre 1951, retour à Layrac pour les études de théologie pendant 4 ans. Il prononce ses vœux définitifs le 8 décembre 1951 et est ordonné prêtre le 5 mars 1955.
« Ma vie sera itinérante, a-t-il dit… » 1955, nomination à Saint-Caprais comme surveillant des Grands. Il donne aussi quelques cours « annexes » d’anglais en 6e, et de sciences en 3e. En 1956, il rejoint la paroisse Notre-Dame de Salut à Caudéran (Bordeaux). Comme vicaire. En 1962, départ pour la communauté de Lambersart (Nord) pour suivre des cours spécialisés en pastorale, à Lille. Un an. Il est nommé à La Rochelle en 1963. Vicaire à la paroisse du Sacré-Cœur de La Genette, il accompagne les colonies de vacances, organise une section de scouts de France marins dont il est l’aumônier. En 1970 il rejoint la communauté de Melle (Deux-Sèvres) comme curé à Lezay. L’année suivante, il retrouve la paroisse de Caudéran pendant 9 ans. Avec le P.  Vincent Hémon, curé, il lance le CAMI à l’Assomption, mouvement chrétien pour les ingénieurs. Un nouvel appel le fait remonter la Garonne. Il s’installe à Toulouse pour un séjour assez long de 1979 à 1997 durant lequel il connaîtra le remuement et la réorganisation de la vie de communauté après le Concile. Jacques arrive à la communauté de la « Grande Allée » avec un ministère comme vicaire à Saint-Exupère, qu’il tiendra jusqu’en 1996.
Il se sent « itinérant » durant cette période, passant dans des communautés qui cherchaient à se renouveler : au Cagire (6 ans), la Grande allée (6 ans), Saint-Exupère et Casselardit avec ministère à Blagnac. La fermeture de cette communauté le ramène à Agen, rue Goumy, dans une petite communauté où il est nommé supérieur, avant de démissionner, rendant service dans les paroisses voisines de Laplume, Lamontjoie. Conseillé par ses supérieurs, en 1999, il va laisser ces services réguliers, pour se rendre disponible à des services « à la demande » car sa santé ressent le contrecoup de son ardeur missionnaire. Où qu’il soit Jacques accompagne de nombreuses équipes de réflexion, entretient une abondante correspondance spirituelle et amicale, écoute, conseille, prêche, célèbre. Jacques est le pasteur de tous. En 2012, son cardiologue demande une nomination moins éprouvante pour éviter les fatigues du cœur. Jacques arrive à Layrac fin septembre 2012. Pour du repos ? Pas du tout ! Jacques avait dit : « Ma vie sera itinérante ». Avec l’accord de l’évêque il entreprend de rendre des services à la pastorale du diocèse. Il entreprend encore et… multiplie. Il remplace volontiers tel ou tel prêtre pour la célébration de l’eucharistie, les confessions. À peine rentré, il est parti pour le foyer de Charité de Lacépède où il aime prier, célébrer, se mettre à la disposition des retraitants, accompagner. Il participe aux réunions œcuméniques, entretient des liens profond avec M. le pasteur ici présent. Il prend part à un groupe de lecture de la Bible, soutien des émigrés dans l’apprentissage de la langue. Il milite pour les droits de l’homme à l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la Torture. Il rencontre régulièrement les membres de l’association Judéo-Chrétienne. Il est présent aux célébrations et réunions diocésaines. Il aime cette Église.
Il a donné sa vie au Christ pour l’annonce de l’Évangile. Ce qu’il a fait en paroisse, il le donne aussi à sa famille : il est présent aux nombreuses célébrations de mariages, baptêmes, fêtes familiales. Étrangement, lui le priant qui a tellement parlé, prêché, parfois longuement, par conviction, par souci d’annoncer la Parole, a demandé qu’il n’y ait pas d’homélie à cette eucharistie. Ne soyez donc pas étonnés. Nous avons voulu respecter sa volonté.
C’est peut – être l’aspect mystérieux du religieux fidèle à ses engagements multiples, rigoureux et généreux, qui ne comprenait pas que la vie ne soit pas donnée jusqu’au bout, qui était soucieux que les paroles dites soient en concordance avec la vérité qu’il a recherchée et attendue tout au long de sa vie. À lui qui a beaucoup marché, semé, nous disons notre merci pour ce que nous avons recueilli de lui.

P. Noël Le Bousse

Bibliographies