Janvier (Marie-Joseph) VALLON – 1886-1918

Du front, mai 1918.
« Excusez ma lenteur à répondre efficacement à votre conseil au sujet de ma
solde. Je vis sur mon sommet comme un ermite dans le désert: pas de bureau
de poste, pas de vaguemestre, rien. J’ai pu enfin envoyer le cycliste dans
la
vallée me prendre un mandat de
300 frs que je vous ai envoyé hier. Je ne suis pas encore bien fixé ni sur
mes dépenses ni sur ma solde. En mars j’ai touché
435 frs, en avril 715 avec rappels et augmentation. Nos frais principaux
viennent de la popote, entre 6 et 9 frs par jour, selon la compagnie. En
moyenne il faut compter 210 frs par mois, plus 20 pour l’ordonnance. J’ai
dû de plus me procurer un costume, le mien étant resté à Paris. Le côté
moral est toujours pénible. Depuis plus de 40 jours, nous avons été privés
de tout secours religieux. Depuis je n’ai pu assister à la messe.
L’inaction forcée d’un secteur défensif, les conversations plus que
déplacées de beaucoup d’officiers me dépriment beaucoup et j’en arrive à
souhaiter d’entrer dans la fournaise, préférant risquer mon corps plutôt
que d’exposer mon âme. Je n’ai pas le droit d’être trop sévère pour les
autres, néanmoins j’en ai des nausées
de voir tant de corruptions … ».

Religieux français, mort au front. Une vie fauchée par la guerre. Marie-Joseph Vallon est né à Saint-Etienne (Loire), le 19 octobre 1886. Il commence des études chez les Bénédictins à Marseille (Bouches-du-Rhône), de 1898 à 1899. Vocation tardive, il complète ses études secondaires à l’alumnat de Sart-les-Moines en Belgique de 1904 à 1907. Il se rend au noviciat de Louvain où il prend l’habit assomptionniste, le 11 septembre 1907, sous le nom de Frère janvier. Profès annuel en 1908, il prononce ses vœux perpétuels à Gempe, le 12 septembre 1911. Il peut alors entreprendre ses études de philosophie au scolasticat Saint-Augustin à Louvain (1909-1911). Au terme de sa formation philosophique, il est envoyé en renfort au collège de l’Assomption à Worcester (Massachusetts, U.S.A.). En plus des heures de surveillance et de quelques heures d’enseignement, il est chargé du chant et d’un groupe de musiciens qui forment le noyau d’un futur orchestre. Il s’acquitte de ses différentes fonctions avec l’entrain et le dévouement qui le caractérisent. L’année suivante, en 1913, il est envoyé au collège de Locarno en Suisse. C’est là qu’il apprend sa mobilisation pour le front en septembre 1915, au 2lème bataillon de chasseurs. Il gagne rapidement la confiance de ses chefs, devient aspirant en septembre 1916 et il est promu au grade de sous- lieutenant, puis de lieutenant en 1918. Blessé par un éclat d’obus le 14 juin 1917, il est soigné avant de retrouver le front, à peine guéri, ayant demandé à reprendre sa place le plus vite possible. Au moment de la retraite de l’Aisne, lors de la dernière offensive allemande sur le front occidental durant le printemps 1918, il tombe mortellement frappé au cœur par plusieurs balles de mitrailleuses, le 28 mai 1918, à la côte 178, près de Courlandon (Marne). Le Frère janvier n’a que 32 ans. Page :141/141 Son corps repose au champ d’honneur. D’abord porté disparu, il est cru prisonnier jusqu’à ce qu’un parent, ami d’un religieux, cherchant lui-même en mars 1919 la tombe de son fils tué au combat, repère dans le cimetière de Villesavoye (Aisne), près de Fismes, l’emplacement de la sépulture voisine qui est celle du Frère janvier. À titre posthume en 1927, le Frère janvier reçoit la Croix de la Légion d’honneur. D’une lettre du commandant R. Monigé, 13 juillet 1918. « je me fais un plaisir de vous répondre le plus tôt possible, car je ne crois pas avoir trop de mauvaises nouvelles à vous donner à propos du lieutenant Vallon, de ma compagnie. J’aurais très volontiers donné de ses nouvelles à sa famille depuis déjà longtemps, mais j’ignorais son adresse. Le lieutenant Vallon est disparu avec toute sa section depuis le 28 mai, à 13 heures. A ce moment, toute ma compagnie était déployée sur un front de plus de 1200 mètres pour tâcher d’arrêter les Boches. Sa section se trouvait à l’extrême gauche, en liaison avec un corps voisin. Notre mission était de protéger le repli du bataillon qui se reformait en arrière de nous. Nous devions tenir jusqu’au bout. Lorsque l’attaque ennemie a été déclenchée, je me trouvais au centre de ma compagnie. Débordé par les deux ailes, j’ai pu me replier avec quelques-uns de mes chasseurs et je n’ai pu avoir d’autres nouvelles de mes pauvres camarades. Pour moi, le lieutenant Vallon est disparu prisonnier, blessé peut-être, mais sûrement pas mort. Que sa famille ait bonne confiance comme je l’ai moi-même, car j’espère bien le revoir ». Page :142/142

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1919, no 563, p. 151; no 569, p. 272. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du Frère Janvier Vallon au P. Joseph Maubon, 7 mai 1918. Dans les ACR, du Frère Janvier Vallon, correspondances (1912-1918).