Jean BABIN – 1920-1966

Portrait.

« Prêtre à 22 ans, le P. Jean réunit dans sa personne des traits divers qui
les situent toujours, dans les communautés dont il fait partie, comme un
é1ément de joie. Cachant mal parfois l’inquiétude de mieux faire qui le
poursuit, il étale avec simplicité sa conviction de foi sacerdotale et
religieuse. Il rayonne un mystère d’apaisement. Il porte en lui le souci
des autres avec équilibre, sûreté, cordialité pour réaliser le mystère de
l’unité. Un tantinet brouillon,
il est à l’aise dans une vie de communauté et d’équipe pour faire partager
ce qu’il perçoit du bon côté des choses. Sa joie provient de sa bonté: ne
sachant pas refuser ou dire non, il est gagné par la fatigue qui lui fait
dire: J’ai surtout la maladie de la poire! Homme sensible, formé au travail
intellectuel nourrissant, il sait dégager d’une lecture ce qui lui paraît
essentiel à mettre en œuvre pour une catéchèse, pour une prédication. Il
aime aussi la rencontre libre,
gratuite, au gré des hasards de la vie, avec les gens de la rue et des
quartiers populeux. La discussion avec lui se termine souvent par un éclat
de rire retentissant »
Témoignages lors du décès du
P. Jean.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un premier parcours classique.

Né le 22 août 1920 au Landreau dans le pays nantais (Loire-Atlantique), Jean fait le parcours classique de sa génération: alumniste à Saint- Maur (Maine-et-Loire) et Cavalerie (Dordogne) de 1932 à 1937, il est présenté au noviciat de Pont-l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime) en septembre 1937 par le P. Chauvin comme un jeune homme sérieux, travailleur, un peu distrait. Très vite sont décelées par son maître des novices, le P. Pol de Léon Cariou, les qualités qui forment les pierres angulaires de sa personnalité: une foi solide, une joie communicative, un caractère trempé et une intelligence pénétrante. Il poursuit ses études à Layrac (Lot-et-Garonne) et Lormoy (Essonne) de 1939 à 1945. Il devient profès perpétuel le 29 septembre 1942 et est ordonné prêtre à Lormoy le 18 juin 1944.

Un éducateur qui se révèle homme pastoral.

Le P. Jean commence sa vie apostolique comme surveillant au collège assomptionniste de Tarbes (1945-1946) où il ne reste qu’une année avant d’être nommé professeur à Blou (Maine-et- Loire) où il est apprécié pour sa fermeté et son esprit méthodique (1946-1933). Il réalise son rêve: devenir vicaire paroissial en milieu populaire. A la paroisse de Tasdon-La Rochelle (1953-1962), il met toute la jeunesse de son énergie sacerdotale et toute la chaleur de sa sympathie pour préparer et actualiser le renouveau ecclésial, liturgique et pastoral, que va consacrer Vatican Il. Aucun domaine ne lui est étranger: chorale, catéchèse, animation de mouvements J.O.C. dont il prépare les séances soigneusement sur un cahier personnel, colonie de vacances… En 1959, il bénéficie d’une année de recyclage à Lille. En 1962, il est nommé à la paroisse du Sacré-Cœur d’Angoulême (Charente)

qui à l’époque dessert les quartiers de Bel-Air et de la Grand-Font, secteurs populeux d’une urbanisation rapide de type H.L.M. Son rire sonore et sa distraction lui valent un contact facile et naturel. Ne repart-il pas d’un foyer en oubliant son porte-documents: ‘Vous pouvez tout garder’, lance-t-il à la personne qui s’agite au balcon pour lui restituer son bien? Voulant prendre un ascenseur dans une des grandes barres de la cité, il s’engouffre dans un monte- charge dont il n’est libéré qu’avec peine. Quittant un appartement, il franchit le seuil et malmène la porte du locataire d’en face: ‘C’est rudement dur à ouvrir vot,re porte’. Quoi d’étonnant si à l’église on attend parfois le prêtre pour la célébration, encore égaré dans une situation cocasse. Un an avant son départ d’Angoulême (1966), il met en œuvre le chantier de la nouvelle église Sainte Bernadette. On se souvient surtout que sa prédication porte la flamme de la conviction, servie par une voix sûre qui, elle, porte jusqu’au presbytère! Volontiers taquiné en communauté, un peu chauvin, il défend son muscadet nantais, vin excellent mais intransportable puisqu’il ‘travaille’ en cave. Il n’en est pas en reste pour les réparties: ‘je ne suis pas distrait, j’ai trop d’idées en tête’.

Un tragique fait divers, l’accident mortel.

Le 21 juillet, le P. Jean, en vacances dans sa famille, se rend en voiture, une 2 CV, dans la direction de l’Atlantique, en compagnie de sa vieille maman, 78 ans, de sa sœur Marie, de son frère Michel accompagné de sa fiancée Raymonde pour Pornic. Il se trouve dans une file quand une Citroen D.S., au virage de la Lande, veut doubler mais dérape et percute de plein fouet la 2 C.V. Le P. Jean et sa maman sont tués sur le coup. Ambulances et médecins, arrivés très vite sur les lieux du drame, ne peuvent que constater les deux décès et s’occuper des trois blessés, conduits au Centre Hospitalier de Nantes. Au volant de la D.S., le conducteur, un architecte nantais, M. Devorsine, dit avoir perdu le contrôle de son véhicule en glissant sur une plaque de terre. Drame de la route et des vacances… Les doubles obsèques sont célébrées au Landreau le 23.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption et ses œuvres, 1967, n° 549, p. 12-13. B.O.A., janvier 1967, p. 172-173. A Travers la Province (Bordeaux), 1966, n° 144 et n° 145. Bulletin paroissial du Landreau, 31 juillet 1966. Bulletin paroissial de Tasdon ‘En route,, 1966. Ouest-France, 22 juillet 1966. On doit au P. Jean Babin un article Chrétiens Adultes dans la revue ‘Communautés missionnaires, de Valpré, n° 4 (octobre 1962), p.21-29.