Jean-Baptiste (Joseph J.-B.) LAGARDE – 1874-1944

Nouvelles de Bourville, 1921.
« Savez-vous que notre bon P. Pierre [Baptiste Morel] file tout
droit pour devenir centenaire, il se porte comme le Pont
Neuf, descend prendre ses repas matin et soir avec nous, vient à la
récréation du soir, mange bien, dort bien, surtout près de son
feu qu’il ne quitte pas. J’essaie bien de le faire sortir, pas
moyen, même quand il fait du soleil. ‘Mon Baptiste, nous sommes
en hiver, je sortirai au printemps’. Et je vous assure qu’il a le
truc pour entretenir le feu. Et avec tout cela, pieux comme un
saint qu’il est, tous les soirs, il fait son heure d’adoration à la
chapelle. Frère Réginald va bien, cuisine, scie son bois,
fait la vaisselle. Ses yeux ne vont pas plus mal. Frère
Auguste, lui, soigne ses vaches avec tendresse. En
voilà qui ont tiré le bon numéro! Bichette est ronde comme
un potiron, 1es deux petites génisses engraissent et, au
printemps, leur prix gonf1era le gousset du P. Yves
[Hamon]. Frère Spiridon
[Deubner] va bien et se fait de bonne grâce à la vie de
Bourville, il est sacristain et se crotte dans la boue avec
Baptiste et prend des cals aux mains, bûcheron, débitant des pommiers
renversés par le vent… ».
F. Jean-Baptiste

Religieux de la Province de Paris.

Une vocation de Frère.

Joseph Jean-Baptiste Lagarde est né le 7 mars 1874 à Gien (Loiret), ville natale également du futur Mgr Pie Neveu. Il y fait ses études primaires et exerce ensuite la profession de jardinier. Le 8 août 1892, il prend l’habit religieux au noviciat de Livry (Seine- Saint-Denis), sous le nom de Frère Jean-Baptiste, en compagnie du futur P. Gervais Quenard. En janvier 1983, le P. Emmanuel Bailly l’envoie poursuivre son noviciat comme frère coadjuteur à Phanaraki en Turquie où il prononce ses premiers voeux le 15 août 1895. Le P. Félicien Vandenkoornhuyse, son supérieur, écrit à son sujet: « On reproche au Frè,re Jean-Baptiste d’être bavard, parfois impatient, mais sa vivacité n’est souvent qu’un premie,r mouvement qui tombe vite. Je crois surtout que le Frère Jean- Baptiste est un religieux travailleur et dévoué. Dans les relations extérieures, on peut pleinement se fier à lui, comme à son bon esprit ». Le Frère Jean- Baptiste est admis à prononcer ses v?ux perpétuels, le 8 septembre 1901, à Phanaraki où il reste au service de la maison et de la propriété jusqu’en décembre 1905. Il passe alors en Belgique, à Zepperen (1905-1906). Ses différentes obédiences le conduisent à Louvain (1906-1910) et à Vinovo en Italie (1910-1914). Mobilisé pendant la première partie de la grande guerre, il connaît la vie des tranchées sur le front de la Somme (1914-1917). Rendu à la vie civile, il est envoyé quelque temps à Saint-Maur (Maine-et-Loire) pour aider aux premiers développements (1917) et ensuite à Bourville (Seine-Maritime) qui est alors maison de formation pour les jeunes religieux (1917-1928). Sa dernière affectation est pour l’alumnat Saint-Régis à Davézieux (Ardèche) où il réside de 1928 à 1944. C’est là que la mort vient le surprendre, à 70 ans, le 30octobre 1944.

Le P. Gervais Quenard annonce sa mort à la Congrégation en rappelant que la vie du Frère Jean-Baptiste a été partagée par la guerre, entre l’Orient et l’Occident et queue a été un acte incessant de générosité et de dévouement aimable et intelligent. Le Frère Jean-Baptiste meurt à 70 ans plein de mérites. Il ajoute: « Que Dieu donne à ceux qui s’en vont des remplaçants dignes d’eux ». Le corps du Frère Jean-Baptiste repose dans le cimetière de Davézieux, aux côtés du P. Symphorien Terraz, curé du village, décédé deux jours auparavant le samedi 28 octobre 1944, double deuil et double épreuve pour une cette maison.

Chronique succincte de Davézieux.

C’est en 1927 qu’est fondé l’alumnat de Davézieux, en Ardèche, aux portes d’Annonay, où l’Assomption a également accepté de longues années le service de la paroisse. Cet alumnat de grammaire vient compléter le réseau des maisons de formation de la Province de Paris de l’époque, étirée de Dunquerque à Perpignan. A côté de l’ancienne maison de maître, l’Assomption aménage un bâtiment neuf (1928). L’alumnat qui publie à partir de 1947 un petit bulletin d’information L’Appel, ferme ses portes avant 1970 tandis qu’une communauté est maintenue sur place jusqu’en 1992, des religieux continuant à prendre part à diverses activités pastorales dans le diocèse. En décembre 1991, la décision est prise de quitter les lieux à la fin de l’année scolaire. Le 26 avril 1992, un adieu officiel à la paroisse est célébré à l’occasion d’une eucharistie dominicale présidée par Mgr Hermil, évêque de Viviers. Ainsi est mis fin à 65 ans de présence assomptionniste dans la commune. Le 29 mai 1992 au soir, les clefs de la résidence des religieux sont remises au nouveau propriétaire. Le livre de l’Assomption en Ardèche se referme pour devenir livre d’histoire. Une rue à Davézieux perpétue le souvenir de cette empreinte de vie laissée par l’Assomption (1).

(1) D’après A Travers la Province (Paris), 1992, n° 88, p. 5.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Nouvelles de la Famille occupée, novembre 1944, n° 39, p. 1. Lettre du Frère Jean-Baptiste Lagarde, Bourville, 20 janvier 1921, citée d’après Nouvelles de la Famille 1921, n° 396, p. 34. Du Frère Jean-Baptiste Lagarde, dans les ACR, correspondances (1907-1921).