Jean-Bosco (Juan) DAGER-JACOB – 1919-1936

Témoin des derniers jours.
« C’est hier soir [20 mai 1936] que le cher Frère Bosco est parti pour le
ciel. Le P. Landelin était à son chevet et lui a donné une dernière
absolution. A20 heures, au moment de l’In manus et de la bénédiction du
supérieur, le Frère avait encore le regard bien vif et tout faisait prévoir
qu’il allait passer la nuit. Mais depuis plusieurs jours, les crachements
de sang accompagnés d’une violente dysenterie et de sueurs abondantes
l’épuisaient. Pendant un crachement, le cœur s’est arrêté et l’âme a paru
devant Dieu. Le médecin avait pensé que le séjour dans les montagnes
amènerait une réaction et le Frère Eugène Watrin conduisit le malade à San
Dalmazzo le 27 janvier
[1936]. L’altitude augmenta son mal et il fallut que l’aumônier le P.
Toussaint, ramenât le malade directement en automobile. Les changements de
train
l’auraient tué en route. Le
Frère n’a survécu que quelques semaines à son retour. Rien
n’a pu enrayer l’inexorable maladie. La piété, la patience, la douceur
résument la vie du malade parmi nous… ».
P. Thomas Darbois, Lorgues,
21 mai 1936.

Jean-Bosco (Juan) DAGER-JACOB

1919-1936

Religieux de nationalité chilienne de la Province de Bordeaux.

Un religieux cosmopolite.

Juan Dager-Jacob est né le 6 avril 1919 à Valparaiso du Chili, de parents syriens originaires de Beyrouth (Liban), chrétiens maronites. En 1928, le jeune Juan rejoint la capitale Santiago (1928-1930), puis le petit alumnat de Mendoza près de Rengo, alors dirigé par le P. Aurélien Sénac (1930-1934). Orphelin de mère en 1928, le jeune Juanito se fait remarquer par sa vivacité d’esprit, son intelligence et son ardeur à l’étude. Il fait partie de la première escouade de postulants chiliens qui au printemps 1934, sous la conduite du P. Marie-Armand Guillon, traversent la Cordillière des Andes, l’Argentine et l’Océan Atlantique pour débarquer à Marseille le 12 mai [1934] et rejoindre le noviciat de Pont-l’Abbé- d’Arnoult (Charente-Maritime) le 14 mai suivant, noviciat fondé trois mois plus tôt à partir de Nozeroy (Jura).

Noviciat en terre française.

Le 15 août 1934 le P. Pol de Léon Cariou lui donne l’habit sous le nom de Frère Jean-Bosco, il prononce ses premiers vœux, un an plus tard, le 16 août 1935. Bien que le plus jeune novice, ayant pris l’habit à 13 ans et 4 mois, le Frère Jean-Bosco donne à ses supérieurs toutes les assurances de sérieux et de maturité: calme, digne comme un oriental, grand de taille, il a pu suivre avec facilité les enseignements du noviciat, s’est passionné pour la pensée de Thomas d’Aquin comme un parfait pré-scolastique et s’est adapté au milieu varié de ses compagnons. On dit de lui qu’il ne triche pas avec la vérité que son intelligence découvre, mais qu’il la vit et sait la traduire dans ses actes. Le Frère Jean-Bosco jongle avec les langues: le castillan, le français, l’arabe et même le latin

qu’il a parfaitement assimilé pendant ses études secondaires. Le lundi de Pâques 1935, ses compagnons se souviennent qu’il compose un petit poème latin à l’adresse des donateurs du noviciat, M. et Mme Bonnet, petite pièce qui fait l’admiration des connaisseurs. Il obtient la faveur de rester sur place à Pont-l’Abbé d’Arnoult jusqu’à son admission en maison d’études à Layrac (Lot-et-Garonne), prévue en octobre 1935.

Achever en Dieu l’ouvrage interrompu de la terre.

La maladie contrecarre les plans de la formation: le Frère Jean-Bosco tombe malade (hémoptysie) et doit être dirigé, par mesure de prudence, vers la maison de repos de Lorgues (Var) où il arrive le 14 octobre de cette même année. Mais son état de santé, malgré les prévisions des médecins, ne tarde pas à s’aggraver sérieusement. Il endure plusieurs mois de souffrances très vives qu’il supporte avec une patience admirable. En fait, les symptômes révèlent une tuberculose foudroyante. On lui fait faire un séjour chez les Religieuses de l’Assomption à San Dalmazzo à cause des progrès rapides de sa maladie et il revient à la communauté de Lorgues pour y mourir. Il s’endort paisiblement pour l’éternité au soir du 20 mai 1936, à l’âge de 17 ans accomplis. Ses funérailles sont célébrées sur place le 22 mai. Après la messe célébrée en communauté, l’absoute et la conduite au cimetière sont assurées par le curé de la paroisse qui tient à donner cette preuve de sympathie à l’Assomption. Une des dernières joies du malade a été de recevoir la photographie des derniers postulants chiliens arrivés à Pont-l’Abbé, comme une promesse de continuité.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1936; n° 645, p. 221-222; 1937, n° 705 p. 230-231. Notice biographique sur le Frère Jean-Bosco Dager-Jacob par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques