Jean-Charles (Albert) BIER – 1915-1988

Volontaire pour la Mission.

« Mon bien cher Père, Le P. Richard Maas m’a
apporté votre demande de permission de repartir au Congo. Déjà en Belgique,
j’ai appris votre désir, et je vous en dis mon admiration.

Ne m’en veuillez pas, cher Père, si j’estime ne pouvoir vous accorder en ce
moment la permission sollicitée. Il paraît toujours possible sinon probable
que les Missionnaires subiront de nouvelles alertes et devront fuir. Je ne
crois pas qu’il soit prudent de vous exposer à cette obligation.

Cela n’enlève rien à votre mérite, cher Père: le Bon Dieu saura bien agréer
votre désir et le sacrifice que vous devez en faire. Cela pourra certes
contribuer obtenir à notre mission si chère des grâces de choix!

Croyez, bien cher Père, à mon religieux attachement.

P.S. Si la situation au Congo demeure aussi incertaine, comme cela est à
craindre, vous paraîtrait-il souhaitable d’aller en Colombie où on a tant
besoin de renforts’? ».

Du P . Wilfrid Dufault au P. Charles Bier, Rome, 13 janvier 1965.

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Formation.

Albert est né le 9 août 1915 à Clairefontaine en Belgique, près d’Arlon dans la province de Luxembourg. Il fait ses études primaires à Arlon et, à l’âge de 13 ans, entre au petit séminaire de Bastogne (1928-1930). Deux ans plus tard, il vient achever ses humanités à Bure (1930-1931) et à Sart-les-Moines (1931-1933). Il opte pour l’Assomption et prend l’habit à Taintegnies le 1er septembre 1933 sous le nom de Frère Jean- Charles. Le 2 octobre 1934, Fr. Jean-Charles prononce ses premiers vœux. Très vite, il laisse tomber le premier prénom de Jean pour ne garder que l’usuel ‘Charles’. Ayant obtenu un sursis militaire, il peut suivre ses études de philosophie à Saint-Gérard (1934-1936). Pendant une année, il est professeur à Bure (1936-1937) et il est admis à la profession perpétuelle (2 octobre 1937). Il commence la théologie à Louvain mais la termine à Saint- Gérard, le scolasticat de Louvain ayant été détruit par la guerre en mai 1940. Le Fr. Jean- Charles est ordonné prêtre le 2 mars 1941 à Saint-Gérard.

Un professeur accidenté

Sa première obédience est pour l’enseignement à Bure (1941-1947). En décembre 1944, alors que les armées allemandes, refoulées sur le front occidental par les Alliés depuis le débarquement sur la côte normande, tentent une offensive dans les Ardennes, la région de Bure est le théâtre, pendant trois semaines, de luttes acharnées. L’armée ennemie repoussée, le P. Charles fait une reconnaissance des lieux environnants où gisent de nombreux cadavres des deux camps. Il pose le pied sur une mine, c’est l’explosion: nous sommes le 8 février 1945. La blessure est grave et nécessite, à cause de la gangrène, l’amputation de la jambe droite jusqu’au dessus du fémur.

La robuste constitution du Père et l’affection des siens lui permettent de sortir de son état critique. En 1948, on l’envoie au noviciat de Taintegnies pour y assurer des cours et être ‘un bon second’. Homme joyeux et accueillant, le P. Charles est un religieux pondéré dans ses jugements, souffrant moralement de son handicap, mais apprécié pour ses qualités relationnelles et spirituelles, malgré un air parfois bourru. En 1954, il devient maître des novices, expérience dont il n’aimera pas beaucoup parler par la suite, si ce n’est pour dire avec humour qu’il a formé plusieurs provinciaux. Après un court passage au collège-alumnat de Gosselies, il revient à Bure où il reçoit la responsabilité de la section des ‘Vocations tardives’.

Missionnaire au Congo.

En 1959, un rêve déjà ancien peut se réaliser, partir en mission. Malgré son handicap physique, il se rend au Congo dont il va connaître les différentes phases de la turbulence politique: indépendance, soulèvements, pouvoir mobutiste. Il va y rester 13 ans, avec une interruption momentanée après les événements de 1964. Il est affecté à l’enseignement au petit séminaire de Musienene et au collège de Butembo (1939-1972). En 1972, le P. Charles rentre définitivement du Congo/Zaïre pour la Belgique.

Au service des handicapés.

En janvier 1973, le P. Charles retrouve Bure. Durant les dernières années de sa vie, il se met au service des handicapés de la région de Rochefort. Excellent chauffeur, il multiplie les déplacements et, de ce fait, les rencontres qu’il sait colorer des empreintes de la simplicité et de la cordialité: à son contact renaissent l’optimisme et l’espérance, une ouverture à la foi, car c’est un religieux que ses proches sentent vivre dans la présence du Seigneur, dans la simplicité du cœur. Le P. Charles entre en clinique à Mont-Godinne le 5 octobre 1988. Il y meurt le 9 octobre suivant, à l’âge de 73 ans accomplis. Ses obsèques sont célébrées en l’église paroissiale de Bure le mercredi 12 octobre, suivies de l’inhumation dans le cimetière du village.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 34-35. Belgique-Sud Assomption, novembre 1988, n° 201, p. 2531-2535. Marc Champion, Province du Zaïre, Religieux Défunts (1929-1994), Butembo 1994, p. 72-73. Les Archives romaines conservent seulement des rapports du P. Charles Bier sur Taintegnies (1951-1952).