Jean de la Croix (A.-J.-C.) LAURENT – 1878-1923

Fleur de sainteté.
Je savais le P. Jean de la Croix aux prises, depuis de longs mois, avec de
fréquents accès de paludisme et victime d’un organisme prématurément
délabré. Jamais, du reste, je ne l’ai connu robuste et déjà en
1915, année où je fus professeur de rhétorique à l’alumnat d’Ascona, sa
santé paraissait gravement compromise. Mais si fatal que fût le dénouement,
Il ne se laissa pas surprendre et affliger. Prévoir la disparition de cet
excellent religieux eût fait trop de mal, tant il
inspirait d’attachement et d’admiration, Tous ceux qui ont partagé sa
solitude de San Remo et de Locarno dévoileront l’héroïsme de son endurance,
la transfiguration de son âme au contact de la douleur, la sérénité de son
suprême sacrifice. A moi rhétoricien de 1915, il plaît d’exalter un maître
incomparable. Un air de surnaturel l’enveloppait. De ses ‘coeur à coeur’
avec le Divin Maître, quelque chose transpirait qui trahissait son intimité
spirituelle. Il avait du sacerdoce la plus haute conception. A nos yeux de
futurs prêtres, il revêtait sans peine une valeur d’idéal. A l’alumnat, je
l’ai vu
exemplaire, il savait mieux que personne que la solitude est la patrie des
forts et le silence leur prière… ».

Religieux français.

Parenté assomptionniste.

Albert-Joseph-Charles Laurent, né le 17 juillet 1878 à Clairmarais (Pas-de-Calais), près de Saint-Omer, localité où s’est implanté un alumnat en 1873, fait partie d’un noyau de familles assomptionnistes, les Monsterlet et Laurent. Il est le fils de Charles Laurent, lui-même frère de Mme Hortense Laurent, devenue Mme Jules Monsterlet, les parents de deux autres religieux A.A., le P. Eugène (1866-1922) et le Frère Jean de la Croix (1871-1895). Albert commence sa scolarité au pensionnat Saint-Joseph de Saint-Omer (1886-1892) et entreprend ses études secondaires dans les alumnats d’Arras (1892-1895) et de Clairmarais (1895-1897). Sous le nom de Frère Jean de la Croix, reprenant le nom de religieux de son cousin germain, Jean de la Croix Monsterlet décédé à Koum-Kapou en 1895, il prend l’habit le 7 novembre 1897 au noviciat de Phanaraki en Turquie. Profès annuel le 16 novembre 1898, il va enseigner trois mois à l’école de Varna (Bulgarie) en 1899 , puis à Karagatch, près d’Andrinople (1900-1902). « Un peu timoré, le Frère Jean de la Croix est d’une piété vive, d’une docilité parfaite, d’une douceur de caractère constante, d’une fidélité exemplaire dans l’accomplissement de son devoir d’état qui provient surtout de la ferveur surnaturelle et de la force innée de son caractère » note le P. Félicien Vandenkoornhuyse, lors de l’admission aux v?ux perpétuels à Varna, le 12 novembre 1899. Le Frère Jean de la Croix accomplit à Louvain, en Belgique, ses études de philosophie et de théologie (1902-1908). Il est ordonné prêtre le 8 septembre 1908. A cause de ses dispositions spirituelles, il est choisi comme formateur au noviciat de Gempe (1908-1909) et laisse une profonde empreinte sur les jeunes religieux. En 1909, il fait partie du corps professoral de Louvain(1909-1911)

où il enseigne la patrologie, l’histoire bib liq ue et l’anglais. Sous-prieur de 1911 à 1913, il devient ensuite professeur d’alumnat, à Ascona en Suisse (1913-1917). Après un court passage à Saint-Sigismond (1918), bien que réformé à cause de sa santé, il est requis par les obligations militaires et affecté au cantonnement de Gérardmer (Vosges), de juin à octobre 1919. Atteint de paludisme et de tuberculose, il doit prendre quelque temps de repos à Paris (1919-1920). Envoyé à la maison de repos à San Remo en Italie (1920-1923), il meurt le 29 septembre 1923 dans l’ancien collège San Carlo de Locarno où il est inhumé.

Une belle figure spirituelles.

Bien que mort prématurément à l’aube de sa 46ème année, le P. Jean de la Croix laisse derrière lui une profonde empreinte sur ses compagnons de vie, partout où l’obéissance l’a appelé, presque vénéré de son vivant comme un saint, perçu par son entourage comme une forte âme accomplie. Trois mots résument son expérience religieuse et son parcours de vie spirituelle: une humilité parfaite, une austérité joyeuse vécue sans l’ombre d’une contrainte et un amour pratiqué à un degré héroïque. Sa grande énergie, son attention extrême à n’être pas une charge pour ses frères et son attention altruiste ne peuvent l’illusionner sur son propre compte. A la merci du plus petit incident de santé, il accomplit avec sourire et fidélité jusqu’au bout les exercices de la vie commune et de son choix de vie. Ceux qui le connaissent ne peuvent ignorer la ferveur de son engagement et le considèrent comme une âme privilégiée, bien qu’il prenne un grand soin à garder cachées les faveurs spirituelles dont il est comblé. Ne pouvant plus enseigner dans les alumnats ou les maisons d’études, acceptant tout sans rien demander, il collabore encore activement à la rédaction des revues de l’Assomption et du Noël. Très attaché à sa famille religieuse, vouant au fondateur un véritable culte, il achève sa vie terrestre dans des dispositions sereines d’abandon et de confiance qui sont les marques d’un travail spirituel admirable.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1924, n° 79, p. 22-23. L’Assomption et ses (Euvres, 1924, n° 273, p. 57. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefray. Fleur de sainteté par le P. Saint-Martin pour le Trait d’Union, février 1924. Dans les ACR, du P. Jean de la Croix Laurent, rapports sur Ascona (1920), correspondances (1906-1922).