Jean de la Croix (Jean-J.-E.) JEAN – 1877-1943

Mémoire paternelle et fraternelle,
« Je dois dire que pendant des années j’ai ignoré la date
exacte de la mort de mon père. J’étais à Bucarest de 1943 et en raison
de la guerre, je n’ai appris sa mort que presque un mois après et le
P. Grumel me donnait comme date de décès le 13 novembre. Aussi
ai-je été surpris de constater que l’Ordo le signalait au
12 novembre. Ce n’est que ces dernières années que j’ai pu avoir
des précisions, grâce au P. Patinot qui faisait alors son noviciat
à Cavalerie à cette époque. Il m’a dit que mon père avait été
trouvé mort dans sa chambre au matin du 13 novembre. Il était
étendu au pied du lit et avait encore ses vêtements. Comme le
lit n’avait pas été occupé, on en a déduit qu’il était mort la veille
au soir, soit le 12 novembre. La date donnée par l’Ordo est donc
exacte et il n’y a pas lieu de la modifier. Quant à la Lettre à
la Farnille occupée qui relatait le décès de mon père, je
n’en ai eu jamais connaissance. Il est vrai qu’en Roumanie,
pendant la guerre, nous étions coupés d’avec le reste de la
Congrégation. Donc en ce qui concerne mon père, l’Ordo est en ordre ».

Emile Jean.

Religieux de la Province de Lyon.

Le père du P. Emile.

Jean-Joseph-Emile Jean est né le 10 mars 1877 à Valh-lès-Benestroff en Moselle, alors sous administration allemande, après le traité de Francfort (1871) qui annexe les régions françaises de l’Est, suite au désastre de Sedan. Après son service militaire dans l’armée allemande de 1899 à 1901, Jean-Joseph-Emile, tailleur de profession, fonde un foyer mais a le malheur de perdre son épouse, Philomène née Lallemand. Un de ses enfants, le futur P. Emile Jean, est déjà entré dans la Congrégation en 1929 quand il demande lui-même, ayant élevé toute sa famille (trois enfants dont le P. Emile), à vivre la vie religieuse comme frère coadjuteur. Il reçoit l’habit religieux, le 16 novembre 1938, au noviciat de Nozeroy (Jura) et y prononce ses premiers vœux, le 17 décembre 1939. Le P. Alix Gruffat, son maître des novices, le tient en grande estime: « Bon couturier, ce novice hors normes est un religieux énergique, très travailleur, économe, plein d’initiatives, de bon aloi, très régulier pour ses exercices. Il est d’un caractère un peu vif, a des habitudes de vie indépendante et doit se frotter à des confrères beaucoup plus jeunes de toutes nationalités dont des Italiens et des Bulgares, ce qui, en raison du contexte politique actuel, provoque parfois quelques heurts. Mais il sait faire preuve de beaucoup de patience, malgré quelques échappées d’humeur ». Pour des raisons de sécurité, étant né sujet allemand, il est jugé préférable de l’envoyer en Tunisie, à Gabès, au début des événements militaires qui se déroulent à partir de mai 1940 sur les fronts belge et français. L’année suivante, il revient en France, dans la zone Sud, dite libre ou de Vichy, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Le 17 décembre 1942, sous le nom de Frère Jean de la Croix, il prononce ses vœux perpétuels à Lyon,

en présence de ses enfants et de ses petits-enfants qui peuvent se rassembler. Très fidèle à ses obligations religieuses, il rend de grands services pour la lingerie dans les différentes communautés où il est appelé. C’est à Cavalerie (Dordogne) où est aménagé provisoirement un noviciat de repli qu’il meurt subitement, le 12 novembre 1943, dans sa 66ème année. Le Frère Jean de la Croix est inhumé sur place à Prigonrieux. Le P. Gervais Quenard en fait l’annonce dans le petit bulletin des nouvelles de l’époque: « La Croix a annoncé la mort de ce bon Frère, décédé subitement, à Prigonrieux, où il avait été envoyé de Lyon, pour confectionner d’urgence les soutanes des novices. Cet excellent Alsacien (sic) était le père du P. Emile Jean, missionnaire à Bucarest qui ne l’avait pas revu religieux. Il est tombé soudain, en service commandé, après une journée bien remplie de son travail de tailleur et il reste inhumé à Prigonrieux, en une concession achetée par la communauté ».

Cavalerie, noviciat de guerre.

Dans les années 1942-1943, en raison de la guerre qui a coupé la France en deux zones, l’Assomption a organisé un noviciat de fortune à Cavalerie (Prigonrieux, Dordogne) sur lequel le P. Casimir Romanet, dans une correspondance au P. Romuald Souarn, nous donne incidemment quelques renseignements, le 20 août 1943: « J’ai ici 8 postulants qui viennent de m’arriver de Miribel-les-Echelles (Isère). Pour d’eux d’entre eux, Jean Patinot et Jean Péray, je souhaiterais obtenir des renseignements familiaux complémentaires. De même, se trouve chez nous un Francis Laroche, alumniste de Vérargues en 1942, vocation tardive, admis à la maison de Carthage (Tunisie), passé par un séminaire du Rhône, Chessy, d’où il a été remercié en novembre 1940. Sachez aussi que le Frère Théophane Brégler, novice de l’an dernier, vient de partir aux Chantiers de Jeunesse. Je m’excuse de vous importuner, mais je vous remercie de me répondre avec toute la brièveté possible. Pouvez-vous nous obtenir des Indults si nécessaire? J’ai toujours besoin des services de l’aimable Procureur général et des conseils de l’ami toujours dévoué ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Nouvelles de la Famille occupée, décembre 1943, n° 26, p. 1. Lettre du P. Emile Jean au sujet de son père, Athènes, 3 juin 1968. Lettre du P. Casimir Romanet au P. Romuald Souarn, Prigonrieux, 20 août 1943.