Jean DUFOURNET – 1877-1896

«L’un de nos aînés vient de nous quitter pour le ciel après avoir assisté
au départ de ses condisciples de la première section. Jean Dufournet s’est
éteint doucement ce matin, en la fête de Notre-Dame. C’était, dans toute la
force du terme,
un excellent enfant, sa mort sera vivement ressentie à Notre-Dame des
Châteaux, condisciples et maîtres se souviendront longtemps de cette âme si
bonne et si dévouée. Jean était vraiment de la famille. Tout jeune
grammairien il avait lutté avec énergie pour triompher de certaines
oppositions de famille. A Brian, il attendait avec impatience l’entrée au
noviciat. Son âge devait le faire compter parmi les pèlerins de Jérusalem,
mais sa santé déjà atteinte lui refusa cette joie. Il se soumit avec
résignation. Ensuite il fallut faire le sacrifice de Livry, il l’offrit
généreusement, mais le Bon Maître voulait récompenser cette âme. Dans sa
paternelle bonté, le P. Picard nous avait permis de
recevoir in articulo rnortis les vœux de ce cher enfant. Le 2 août, il se
donna
complètement à Notre- Seigneur et à l’Assomption… Il repose à l’oratoire.
Ses mains glacées tiennent le crucifix et
la formule de profession ». P. Henry Couillaux, Brian.

Jean DUFOURNET

1877-1896

Religieux français, alumniste profès in articulo mortis.

Le témoignage du scribe.

Jean Dufournet est en fait un jeune alumniste, né à Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie) en 1877, mais à une date précise inconnue de nos registres. Il est élève à Notre-Dame des Châteaux en Savoie, de 1890 à 1892, avant de passer à Brian dans la Drôme, (1892-1896) où il termine sa scolarité secondaire et d’où il se prépare à entrer au noviciat, alors soit à l’abbaye de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), soit à Phanaraki en Turquie. La maladie ne lui en laisse pas le temps, si nous en croyons le mémorialiste des jours, à Brian, dont nous donnons ci-dessous le récit contemporain:

« Ce dimanche 2 août [18961, fête de Notre-Dame des Neiges, sera pour toujours gravé dans notre mémoire, car c’est en ce jour que notre cher condisciple Jean Dufournet a prononcé ses vœux in articulo mortis entre les mains du Père Henry [Couillaux] à l’oratoire en présence de trois enfants. Le Père Albéric [JeanJean] a dit la messe de communauté et le Père Benoît [Joseph Sarchet] il a chanté la grand’messe. Le soir la récréation s’est prolongée jusqu’à 14 heures. Le moment de Vêpres a eu lieu à 15h30. Nous sommes allés en promenade à Grâne gagner l’indulgence de la Portioncule dans la chapelle des Sœurs de Saint Vincent de Paul. Joyeux et contents nous sommes rentrés à Brian.

Le mercredi matin -5 août nous apporta la triste et affligeante nouvelle de la mort de notre condisciple, mort à 5 h. 5. Dites un De profundis pour l’âme de Jean qui vient de s’éteindre doucement ce matin, nous a dit le P. Albéric, en faisant le réveil. C’est le Père Albéric qui chante la messe des morts. Le Père Benoît et un enfant vont chercher le cercueil.

L’étude du matin est consacrée à faire des lettres. Il s’agit de donner connaissance de la mort de Jean à toutes les maisons et de demander les secours de leurs prières. Car Jean était de la Congrégation puisqu’il avait prononcé ses vœux. Vers 18 h., on procède à la levée du corps. Voici la lettre qu’on a écrite dans toutes les maisons:

Nous venons demander le secours de vos prières pour un de nos humanistes, Jean Dufournet, profès in articulo mortis, Il s’est éteint doucement ce matin, en la fête de Notre-Dame des Neiges. C’était un excellent enfant qui laissera de profonds regrets aux Châteaux et à Brian. Il devait faire partie du pèlerinage de Jérusalem et se rendre à Phanaraki, mais sa santé déjà compromise l’a empêché de réaliser ce désir. Samedi dernier [ler août 1896], il voyait partir ses condisciples de la première section. Plus heureux qu’eux, il jouit des saintes et éternelles vacances. Le Père Picard avait autorisé la profession perpétuelle. Notre cher malade la prononça dimanche, fête de Notre-Dame des Neiges. Il put assister à la sainte messe qui se disait près de sa chambre. D’une voix forte et émue, il lut sa profession, puis reçut le corps de Notre-Seigneur…

En cette fête de la Transfiguration du Seigneur, la messe de requiem est solennellement chantée par le P. Henry, en présence du corps. Aussitôt après a lieu l’absoute. Le célébrant s’étant revêtu de la chape, nous partons pour le cimetière au chant du Benedictus. Le temps est sombre. La fosse de Jean Dufournet a été creusée en face de celle du Frère François de Sales [Bardet]. On y descend le cercueil, puis lorsque les dernières prières liturgiques sont achevées, nous nous avançons un à un et, jetant quelques gouttes d’eau bénite dans cette tombe encore ouverte, nous donnons pour adieu à notre frère les paroles que l’Eglise met sur les lèvres de ses ministres en de telles circonstances… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1896 n° 269, p. 326. Lettre du P. Henry Couillaux, Brian, 5 août 1896. Ephémérides de l’alumnat de Brian (1895-1896). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques