Jean-Emmanuel (Alexandre B.) DROCHON – 1838-1900

L’affaire Dreyfus et la mort du P. Drochon, d’après le P. Merklen,
« L’esprit public en France dans les milieux catholiques était tellement
excité contre les Juifs qu’on considérait comme des traîtres, non seulement
à la Patrie, mais à l’Eglise ceux qui soutenaient l’innocence de Dreyfus.
Le colonel, futur général, Picquart, lui-aussi catholique, passe encore de
nos jours comme un homme infâme parce que les catholiques, y compris La
Croix,
l’attaquaient comme défenseur de Dreyfus. C’est lui qui, habillé en civil,
rencontrant à l’Exposition universelle en
avril 1900 le P. Jean- Emmanuel Drochon en costume d’assomptionniste, ne
put contenir sa colère, lui disant que malgré son costume religieux il
avait agi d’une manière injuste. P. Drochon
fut si ému qu’il dut demander
à deux soldats de le ramener à la rue François 1er, toute proche de
l’Exposition. Il se coucha et, le lendemain matin, on entra dans sa chambre
et on le trouva mort. L’émotion
avait produit sur lui une crise cardiaque. Ce matin même le P. Maubon
devait conduire à Namur et à Bure, en Belgique, les ‘étudiants de la
corniche’ pour préparer une maison d’études en Belgique ». Merklen,
Carnets, 1941

Jean-Emmanuel (Alexandre B.) DROCHON

1838-1900

Religieux français.

Un curé poitevin, tard venu à l’Assomption.

Alexandre-Benoni Drochon est né le 28 mai à La Forèt-sur-Sèvre (Deux-Sèvres), au diocèse de Poitiers. Il est prêtre séculier depuis le 21 décembre 1862. Nous connaissons un peu son premier parcours grâce à sa fiche de présentation pour la prise d’habit à Osma (Espagne), le 15 août 1885: « M. l’abbé Drochon est un prêtre de 47 ans qui a été vicaire et curé de trois paroisses successives du diocèse de Poitiers. Auteur de deux ou trois ouvrages ou travaux historiques, membre de plusieurs sociétés savantes d’archéologie ou d’histoire, curé estimé du diocèse qu’il quitte, il a été l’objet de calomnies et de vexations de la part des Francs-Maçons et de l’administration civile. Tombé malade, dégoûté du ministère où il regrettait d’ailleurs des imprudences blâmables, il a songé à la vie religieuse. Mgr. Gay et la supérieure des Carmélites de Niort, femme d’une rare prudence et d’une grande vertu, l’ont engagé à réaliser son désir d’entrer à l’Assomption. Il a dû faire de grands sacrifices pour nous venir et il les a faits généreusement. Depuis qu’il est à Osma, il se comporte avec la docilité et la simplicité d’un jeune novice. L’âge est bien avancé. Il y a encore beaucoup de vie et d’ardeur » ainsi le présente le P. Emmanuel Bailly en 1895. Deux ans après, pour l’admission aux vœux perpétuels, le 15 août 1887 à Livry, quelques bémols sont apportés au généreux portrait dessiné à Osma, bémols qui ne remettent pas en question son avenir à l’Assomption: « Son esprit est peu philosophique; l’imagination et la mémoire dominent mais avec des inexactitudes et de l’à-peu-près. Le caractère personnel, la tenue de curé peu distingué, ont reparu souvent et beaucoup, mais les reproches ont été généralement bien acceptés. Le P. Drochon peut rendre d’utiles services ». Désormais le Père Jean-Emmanuel Drochon fait corps avec la communauté de la rue François fer (1887-1900).

Un publiciste ardent et volontiers polémiste.

Les activités apostoliques du P. Jean-Ernmanuel se partagent entre le ministère à la chapelle de la rue François 1er, confession,

direction spirituelle, et le travail de journaliste-publiciste à la Bonne Presse. Empêché par une maladie du larynx de se livrer à la prédication, il fait de sa plume une tribune tout aussi efficace, dans l’optique politico-religieuse du temps. Durant 8 ans (1892-1900), il dirige la publication des Contemporains, cette galerie de portraits d’hommes illustres du XIXème siècle conçue comme une encyclopédie biographique catholique, rivale des encyclopédies historiques laïques. Il signe ses productions dans cette série du pseudonyme Le Poitevin. Le Père Drochon s’attache aussi à la publication d’ouvrages de longue haleine, demandant une documentation fouillée, comme l’Histoire des Pèlerinages français de la Sainte Vierge pour laquelle il reçoit des félicitations de Rome, ou la Petite Eglise dont le sujet touche sa région natale. Il édite en 1896 avec annotations l’Histoire de la Vendée militaire de Crétineau-Joly (1840-1842) dont le sujet, également proche du livre précédent sur les plans géographique et historique, lui tient particulièrement à cœur. On peut dire, sans attenter à sa mémoire, que son œuvre a les qualités et les défauts du milieu auquel il les destine et qui les produit: un parti pris anti-révolutionnaire, une utilisation de l’histoire comme arsenal polémique d’arguments et une conception du journalisme encore éloignée de la collecte irénique et étendue des faits. On a là d’ailleurs en résumé le portrait de la presse d’opinion de l’époque, très engagée, très polémique et parfois très violente.

Un travailleur tombé les armes à la main.

La veille de sa mort, bien que fatigué, le P. Drochon compulse des notes, fait des démarches, reçoit sa sœur venue de Niort s’inscrire pour le prochain pèlerinage de Jérusalem dont doivent en principe faire partie tous les religieux écrivant dans La Croix. On découvre le Père Jean- Emmanuel, mort à 62 ans dans sa chambre, le lundi 23 avril 1900, le jour même où il est prévu que le noviciat assomptionniste quitte une nouvelle fois la France pour l’étranger. Les obsèques ont lieu le mercredi 25. Le corps du Père est inhumé dans le petit cimetière de la propriété de Livry. Ses restes ont été par la suite transférés dans le cimetière parisien de Montparnasse, avec tous ceux de Livry.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1900, n° 42, p. 82-83. Circulaire du P. Vincent de Paul Bailly, 23 avril 1900, n° 142 (col. Picard). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Coorespondances dans les ACR (1887-1898). La bibliographie du P. Jean-Emmanuel Drochon a été établie dans la revue Ontmoeting (Rencontre) 1963, III, 1-2, p. 1-3 et III, 4, p. 1. Le P. Drochon est connu comme rédacteur des Contemporains (collection de la Bonne Presse) et il est l’auteur de quelques ouvrages réputés dont ‘L’Histaire des Pèlerinages français de la Sainte Vierge, (1891). Notices Biographiques