Jean (Henri) BOILLOT – 1903-1995

La Bulgarie en feu.

«Je suis parti du collège de Plovdiv le 1er mars 1941 avec le P.Joachim
Hervio, dès l’arrivée des troupes d’Hitler. Le P. Ausone Dampérat est
supérieur, le plus inconscient de tous ou le plus insoucieux, je ne sais ?
Il n’est pas là quand la Wehrmacht investit
le collège ce 1 er mars 1941 avant midi. Avec la bénédiction du P. Gisler,
nous nous sommes échappés à
deux, sans le sou, à destination d’Istanbul. On a tenté de m’expulser, moi
étant parti, à
la suite d’une visite inopinée d’un inspecteur mal intentionné. Le rapport
me fut défavorable parce que je n’avais aucun titre
académique. Profitant alors de la situation de guerre, le gouvernement
devenu communiste n’eut pas de peine ni de cesse d’accuser nos trois
confrères bulgares, Pavel Djidjov, Josaphat Schischcov et Kamen Vitchev,
d’intelligence avec l’étranger. En 1952, il y aurait eu un
‘Judas’ pour dissimuler des armes au collège, Arabadjisky qui fut mon
élève. C’est le P. Dampérat qui introduisit le sport en Bulgarie, notamment
le foot à Plovdiv. Il dut lâcher sa moto pétaradante en ville qui faisait
dire: ‘C’est le fou
qui passe à nos oreilles’ … » Boillot, in memoriam (1994).

Religieux de la Province de France, économe provincial de Lyon (1957-1964).

Un savoyard pur et dur.

Henri est né le 4 avril 1903 à Aussois (Savoie) dans une famille qui compte quatre enfants. Son village natal est haut perché, en Maurienne, à 1.489 m. d’altitude et l’église du pays garde un portail de style mauresque. Les paysages alentour sont plutôt austères, des escarpements rocheux couronnés d’impressionnantes forteresses de l’époque sarde. L’enfant sait par sa naissance la rudesse de la montagne mais aussi la fidélité du roc. Si le milieu explique en partie le caractère, on peut lui attribuer en faveur ou défaveur d’ Henri une part de ses coups de tête, ses silences ou son ton direct et bourru. Henri est scolarisé à Aussois (1907-1915), il prend ensuite le chemin de l’alumnat de Vinovo au Piémont, près de Turin (1915-1920). Le 24 septembre 1920, le P. Marie-Bernard Horgues donne l’habit assomptionniste au jeune Henri qui devient Frère Jean à Saint-Gérard, près de Namur. Frère Jean fait profession le 21 septembre 1921 et gagne Taintegnies pour les études de philosophie (1922-1924). L’année suivante, il accomplit son temps de service militaire (1924-1925) et il passe ensuite à Louvain pour les études de théologie (1925- 1929) où il est ordonné prêtre le 9 juin 1929. Nommé professeur au collège de Philippopoli (Plovdiv) en Bulgarie, le P. Jean professe les sciences pendant 12 ans (1929-1941).

Au gré des événements et des obédiences.

Après l’adhésion de la Bulgarie au Pacte Tripartite (ler mars 1941), il s’engage de lui- même dans les Forces françaises libres de Syrie, puis dans l’armée du général Leclerc. Aumônier- capitaine, il accompagne les hommes au Proche- Orient,

en Afrique du Nord et en Europe jusqu’à la victoire finale de 1945. jusqu’à la fin de sa vie, il reçoit de la correspondance de parents ou d’amis de soldats assistés ou inhumés pendant cette période. Après l’effondrement du communisme en Europe de l’Est (1989), des anciens du collège de Plovdiv reprennent aussi contact avec le P. Jean, dernier survivant de leurs professeurs. En 1945, il est nommé économe à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère). L’année suivante, le diocèse lui confie la paroisse. C’est ainsi qu’en février 1948, il baptise entre autres les jumeaux Jean-Paul et Robert Périer-Muzet et, d’après une tradition orale, maugrée souvent à cause du baby-boum qui a atteint même ce village! En 1950, il prend la direction du Foyer du Marin à Marseille pour en préparer la fermeture. De 1951 à 1957, il enseigne au collège de Mongré, près de Villefranche-sur-Saône (Rhône) et assure l’économat de la communauté. C’est en décembre 1957 qu’il devient économe provincial: « La Province n’a que de petits moyens et elle a entrepris la construction du scolasticat de Valpré et du collège de Mayen. Le P. Boillot fait son travail avec rigueur et ténacité comme l’exige sa lourde responsabilité ». Nommé supérieur de la communauté de Lyon-Debrousse en 1961, il démissionne deux ans plus tard et reste économe provincial jusqu’en 1964. De Lyon, il passe à l’alumnat de Saint-Sigismond comme économe. En 1966, un accident lui brise les deux jambes et le cloue sur un lit d’hôpital. Son énergie le remet debout et en septembre 1967, il devient aumônier de la maison d’enfants de Montgay à Fontaines-sur-Saône (Rhône). Revenu à Saint- Sigismond en 1979, il y passe les 16 dernières années de sa vie. Sous les dehors d’un homme autoritaire, bourru, renfermé, il est sensible aux marques d’attention et de prévenance qui lui sont manifestées. L’histoire et la géographie l’ont en quelque sorte modelé. Le 21 décembre 1995, le nonagénaire se sent plus fatigué et, comme le diacre Etienne, s’endort dans la mort le mardi 26 décembre. Les obsèques sont célébrées par le P. Michel Zabé le 30 décembre, suivies de l’inhumation au caveau de Chiriac, nouveau cimetière à la périphérie d’Albertville. De la famille et des amis du village d’Aussois peuvent participer à la cérémonie d’enterrement.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VI) 1994-1995, p. 158-159. Assomption France, Nécrologie 1995, p.346-348. Souvenirs sur le collège de Plovdiv, in memoriam (1994). Dans les archives de Rame sont conservées quelques correspondances du P. Boillot (1946 à 1963), certaines ayant trait aux affaires financières de la Province de Lyon. En 1994 a été recueilli son témoignage sur ‘les martyrs bulgares’.