Jean (Jean-Marie) GAY – 1871-1899

Méditation sur l’humilité.
« Esprit du noviciat: c’est une école d’humilité, de dévouement, de
sacrifice. L’humilité est à la base de tout. Il y a l’humilité intérieure
et extérieure, ou l’humilité d’esprit et les humiliations. Je dois
soumettre mon esprit à tous les usages, à toutes les études du noviciat.
Malgré mon âge, mon ministère, être novice et l’être réellement,
redevenir écolier quand on me le demandera, et ne jamais songer à critiquer
aucune pratique, aucun maître. Si je n’ai pas l’humilité intérieure, je
suis sur le bord de l’abîme. Les humiliations ne sont rien sans l’humilité
intérieure, mais elles l’aident beaucoup. Les travaux manuels, les charges,
les humiliations volontaires et surtout celles qui sont imprévues sont
excellentes
pour me former à l’humilité, et puisque je viens à l’Assomption, je dois
m’efforcer de les aimer. Se dévouer, c’est se donner tout entier. Se
dévouer à la prière, qui a fait la grande force de nos fondateurs,
dévouement dont nos supérieurs actuellement réunis ici en chapitre général
nous donnent encore d’admirables exemples
».
Mardi 30 août 1898, notes de méditation par le P. Jean Gay.

Jean (Jean-Marie) GAY

1871-1899

Religieux français, prêtre novice, profès in articulo mortis.

Souvenirs d’un prêtre séculier venu à l’Assomption.

Jean-Marie Gay est né le 31 juillet 1871 à Corbelin dans le département de l’Isère. Enfant élevé à l’école de sa paroisse natale, il fait ses études secondaires dans un petit séminaire du diocèse de Grenoble (1884) et ses études ecclésiastiques au grand séminaire diocésain (1891). Il s’y distingue par une grande piété, le sérieux qu’il apporte à l’accomplissement de son devoir d’état et par des efforts ininterrompus pour devenir un prêtre selon le cœur de Dieu. Il est ordonné prêtre en 1895. On sait que son ministère sacerdotal se déroule dans la paroisse de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, patrie du célèbre Mandrin. Il y est le jeune vicaire de l’abbé Bard. Fervent et zélé pour la presse catholique, il développe pour sa paroisse les mouvements de pèlerinage aux sanctuaires locaux, La Salette (1), Notre-Dame de l’Osier (2) ou encore Parménie (3). Il demande à entrer au noviciat de l’Assomption, à Livry, en août 1898, soucieux un jour de pouvoir participer à l’apostolat de la Congrégation par la presse (4). Le diocèse le laisse libre de son choix, après trois années de réflexion et de délai. Il prend l’habit le 4 septembre 1898, sous le nom de Père Jean. Mais le temps que lui laisse la maladie (tuberculose) est compté. Au noviciat de Livry, il étudie avec de plus jeunes confrères Saint Thomas, fait du travail manuel, aide au déménagement de la bibliothèque, établit un nouvel inventaire. Dès le mois de janvier 1899, une mauvaise toux inquiète son entourage. On l’envoie à la communauté parisienne de la rue François 1er changer d’air. On parle même à un moment de lui rendre l’air natal, en le faisant recevoir soit à Miribel-les-Echelles (Isère), soit à Brian (Drôme). La maladie fait des progrès effrayants. Le 4 mai 1899, revenu passer les fêtes de Pâques à l’abbaye de Livry,

l’abbé Gay a de la peine à achever un tour de promenade dans la propriété boisée de l’abbaye. Dès le dimanche qui précède l’Ascension en mai 1899, il doit garder la chambre. Le P. Picard, averti de l’état du malade, autorise la profession anticipée des vœux perpétuels. Il meurt le dimanche de Pentecôte, 21 mai 1899, à l’âge de 28 ans. Son frère et sa sœur viennent de Grenoble pour participer à ses obsèques, le mercredi 24 mai à Livry. Le corps du Père Gay repose dans le cimetière du noviciat à Livry. Par la suite, les défunts de Livry seront transférés au cimetière parisien de Montparnasse. (1) Le pèlerinage de La Salette, petit village à l’extrémité du département de l’Isère, près de Corps, rappelle le souvenir des apparitions de la ‘Vierge qui pleure’ à deux enfants de la montagne, le 19 septembre 1846, Maximin Giraud (1815-1878) et Mélanie Calvat (1831-1904). On se souvient que c’est sur la colline de La Salette qu’est fondé en 1872 le Conseil des pèlerinages, préludant à un grand mouvement d’organisation de pèlerinages par les Assomptionnistes. Le pèlerinage de La Saiette est autorisé depuis 1851 par Mgr Philibert de Bruillard. La basilique de style romzano-byzantin est construite de 1852 à 1861. Une Congrégation de Missionnaires de La Salette voit le jour en 1858. En cette fin du XIXème siècle, de grands écrivains, croyants et convertis, contribuent au rayonnement de ce lieu: Huysmans, Massignon, Bloy… (2) Notre-Dame de l’Osier, près de Vinay, dans la basse vallée de la rivière de l’Isère, rappelle un fait divers de la controverse catholique anti-protestante au XVIIème siècle. De quelques branches d’osier, coupées un 25 mars [1649] par un protestant, Pierre Port-Combet, se met à couler du sang, miracle qui provoque sa conversion. (3) Parménie est le nom d’une colline, au dessus de Beaucroissant, à égale distance entre la plaine de la Bièvre et la vallée de l’Isère, léchant les contreforts du Vercors. Le lieu est célèbre dans l’histoire religieuse du Dauphiné: refuge épiscopal aux temps des siècles de fer, il a abrité une Chartreuse, illustrée par Béatrice d’Ornacieux; il fut perverti à la Révolution par des pseudo-visionnaires, mais réels profiteurs (abbé Marion, en 1793). St Jean-Baptiste de La Salle y trouva réconfort au début du XVIIIème siècle. Un Frère Américain des F.E.C. a rendu vie au site au XXème siècle, assez délaissé, il est vrai, pendant le XIXème siècle où l’évêque de Grenoble le remit aux Bénédictins du Mont Olivet (1856). Le lieu est parfois appelé Notre- Dame des Croix ou Sainte-Marie. (4) Comme dans beaucoup d’autres départements, La Croix de Paris a suscité une Croix locale, La Croix de l’Isère, qui eut son heure de rayonnement et de diffusion (1889-1940). Cf l’article d’Agnès Rochefort-Turquin dans Cent ans d’histoire de La Croix(1883-1983). Le Centurion, 1987, P. 46-56.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1899, n° 390, p.102; 392, p. 119-123. L’Assomption, 1899, n° 30, p. 83-84; n° 32, p. 119-121. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Faire-part de décès du Père J. Gay dans La Croix, 23 mai 1899, p. 3 (nos amis défunts). Notices Biographiques