Jean-Michel (Jean-Adrien) BEDU – 1867-1939

Portrait d’un vétéran de l’Orient .

« Le Fr. Jean-Michel est un vétéran de ]’Orient, un religieux consacré
corps et âme à la mission bulgare et à la Bulgarie.

Le Frère a de solides qualités qui frappent ses confrères et ses élèves: de
l’énergie, de la volonté, dur pour lui-même, dur à la peine, il ne ménage
pas son dévouement.
Sa longue vie se découle bien monotone dans l’enseignement, dans la
surveillance et les soins à donner aux malades. Infirmier compétent, il
n’est jamais pris au dépourvu, même dans les cas graves. il diagnostique la
nature de l’infection lorsque le médecin hésite encore à cause de certains
symptômes.

C’est un laborieux et un studieux: il aime avec passion la Bulgarie et en
étudie la géologie, la faune, la flore. A maintes reprises, il a sillonné
les routes du pays et a exploré les endroits les plus reculés et les plus
solitaires, en quête de trouvailles archéologiques
pour le musée du collège dont le Frère Boris jetait les fondations. C’est
un curieux des inventions nouvelles et on le trouve fréquemment dans sa
cellule à compulser revues et dictionnaires… »

P. Canisius Louis.

Religieux de la Province de Lyon.

Une solide vocation missionnaire.

Jean Adrien est né le 27 novembre 1867 à Beugny-le-Château dans le Pas-de-Calais. Il a dit lui-même son parcours original quand en 1880 il se prépare à entrer chez les Rédemptoristes dont l’expulsion hors de France entrave son projet vocationnel.. Sa sœur le présente au P. Jean-François Pautrat à l’alumnat d’Arras où il est admis en 1884. Ses résultats scolaires jugés médiocres, il est envoyé à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux en Savoie en 1885 où le reçoit comme postulant frère convers le P. Rémy Commun, supérieur. Jean-Adrien, devenant Fr. Jean-Michel, aspire à devenir missionnaire en Orient et souhaite, malgré ses difficultés d’études, se préparer au sacerdoce. De là une situation ambiguë qui va se prolonger plus de dix ans. En mai 1886, après s’être soigné d’une maladie d’estomac, Jean- Michel gagne l’alumnat de Karagatch en Turquie où il rend des services de surveillance et d’enseignement pendant deux ans, s’intéressant particulièrement au rite slave.

Quarante ans au service de la mission d’Orient.

En 1889, l’obéissance le dirige sur le collège de Plovdiv en Bulgarie, alors dirigé par le P. Pierre Descamps. Ce dernier conçoit le projet de préparer quelques religieux frères au rite slave, leur permettant ainsi de devenir prêtres sans forte préparation théologique. Mais, pour plusieurs raisons, le projet échoue en grande partie, la communauté de Plovdiv n’étant pas reconnue comme noviciat canonique. C’est la raison pour laquelle Jean-Michel doit passer une année à Phanaraki (1896-1897) au terme de laquelle il peut enfin prononcer ses premiers vœux, après avoir été ajourné plusieurs fois. Une nouvelle mésaventure attend le Fr. Jean- Michel: il est déclaré déserteur par la préfecture d’Arras;

sa sœur s’entremet pour le faire bénéficier de l’article 50 de la loi militaire de 1889. En juillet 1900, il est enfin proposé à l’admission aux vœux perpétuels mais comme religieux frère quel que soit le choix du rite. Le 6 janvier 1901, il prononce à Plovdiv ses vœux perpétuels, son parcours a donc duré une quinzaine d’années et a provoqué chez lui bien des incertitudes. Surveillant au collège, il va y rester plus de quarante ans, toujours dévoué, homme de caractère et très indépendant, possédant parfaitement la langue bulgare. Pendant la guerre balkanique de 1912-1913, il s’engage comme infirmier volontaire. En 1914, il récidive en se portant infirmier volontaire sur le front occidental (Paris-plage, Amiens), puis sergent interprète à l’armée d’Orient (Salonique, Monastir, Pogradeck en Albanie). Il s’y comporte en héros de légende, multipliant les coups d’audace, mais parfaitement désintéressé, il ne fait jamais l’objet d’une citation ou d’une décoration. A l’armée comme au couvent, tous vantent son dévouement et son courage mais blâment ses incartades, son esprit d’indépendance farouche et ses sautes d’humeur trop fréquentes. Le caractère du Fr. Jean-Michel s’y manifeste parfaitement: de la vaillance, de l’indocilité et une forme d’exaltation que le péril même émoustille. Après la guerre, il reprend, toujours fidèle à lui-même, son service de surveillance au collège Saint-Augustin de Plovdiv (1918-1938). C’est alors que souffrant de douleurs inexpliquées au bras droit, il rentre en France, d’abord Paris puis Lorgues (Var) pour y être soigné.

Une lampe qui s’éteint.

Arrivé à Lorgues le 10 août 1938 avec un bras atrophié et un mal inexpliqué à la gorge, Fr. Jean-Michel conserve quelque temps l’espoir d’une guérison prochaine. Mais en décembre 1938, il pressent qu’il ne finira pas l’année nouvelle qui va s’ouvrir, ne pouvant presque plus s’alimenter. Il meurt paisiblement le 2 février 1939, à l’aube de sa soixante-treizième année. Les obsèques sont célébrées le vendredi 3 février 1939.

Bibliographies

Bibliographie : Lettre à la Dispersion 1939, n° 782, p. 315-316; n° 783, p. 317-320. Missions des Augustins de l’Assomption, 1939, n° 440, p. 440. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Durant les périodes militaires de la vie du Fr. Jean-Michel Bédu, la Lettre à la Dispersion a publié entre 1913 et 1918 de nombreux témoignages de ses états de service et de ses faits de vie.