Jean-Roger HENE – 1918-1979

Poème en hommage au P. Jean-Roger.
« Tu aimais dire certains poèmes, Jean, toi qui n’en faisais pas ou plutôt
si, à chaque pas, au rythme de tes semelles de bois, poèmes épiques,
épicuriens, poèmes d’amour, à ta manière, tu le sais bien, ce soir, je te
dédie le mien.
Combien donc, tu aimais la vie et l’action, c’était tout un. C’est
pourquoi, tu l’as embrassée à pleines mains.
Mais elle t’a lâchée en chemin, apparemment, car la vraie Vie, dès lors, tu
la possèdes bien! Tu aimais les cérémonies, liturgiques, diplomatiques et
autres… Tu étais de toutes les fêtes, les animant de ton sourire, de tes
bourrages, de ton rire, de tes plaisanteries,
de tes flashes. Ce soir, nous croyons presque te voir surgir dans le défilé
comme à
l’accoutumée, ta voix chaude emplissant l’espace.
Ces lieux de Terre Sainte parcourus par toi, par tous les temps en tous
sens explorés, sur toutes les faces photographiés, ces lieux, tu ne les
vois plus. Et pourtant, tu les contemples encore, à tout moment. Tu nous
apprends à les regarder par-delà toutes limites, d’une autre façon,
dans leur véritable dimension… ».

Religieux d’origine allemande de la Province de France.

Un destin atypique.

Jean-Roger Héné est né le 9 juin 1918 à Munich en Allemagne, de père alsacien, protestant, et de mère allemande, juive. Il quitte l’Europe pour les Etats- Unis à l’âge de 5 ans. Jusqu’à 11 ans, il vit avec ses parents à Chicago et vient en France dans une institution religieuse au Raincy, alors dans la Seine- et-Oise, où il fait ses études secondaires. Il est baptisé le 9 septembre 1934 au Raincy et confirmé à Versailles en juin 1934. Trilingue (allemand, anglais, français), après une année d’école supérieure en lettres à la Sorbonne, il étudie une année à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (1940- 1941), prend l’habit religieux à Layrac (Lot-et- Garonne) le 15 octobre 1941, sous le nom de Frère Jean-Roger, et prononce ses premiers v?ux à Cavalerie (Dordogne), le 16 octobre 1942. Ayant fait son service militaire dans la Légion étrangère (1939), ses confrères de maison d’études tant à Layrac qu’à Lormoy le surnomment ‘Légion’, usage qui est à mettre en relation avec le besoin de se cacher face aux occupants. On a souvent recours à l’ingéniosité et à la bravoure de Frère Jean-Roger pour se sortir de situations embarrassantes ou périlleuses. On peut même dire que son esprit de service atteint, le 19 août 1944, un degré d’héroïsme quand il se risque à bavarder en allemand avec les sentinelles des ponts de l’Orge pour obtenir des renseignements d’ordre militaire qui, au moment de la libération, se révèlent utiles pour sauver des vies civiles. Profès perpétuel le 16 octobre 1946 à Lormoy (Essonne), le P. Jean-Roger est ordonné prêtre, le 7 mars 1948. Tout en fréquentant l’Université pour des études supérieures de langues, il assure un service d’économat à Paris jusqu’en 1951, auprès du P. Eudes Hanhart, économe général.

Curé de Berscheva dans le Neguev israélien.

A l’issue d’une ‘probation’ de 6 mois à Rome, le P. Jean-Roger est nommé en 1952 à Jérusalem, dans la communauté de Notre-Dame de France. A cette époque, il n’existe pas en Israël d’Eglise en langue hébraïque. Son premier effort est, dans des circonstances difficiles, de prendre relation avec les judéo-chrétiens afin de promouvoir une communauté avec ces chrétiens qui augmentent en nombre mais se sentent marginaux. Il fréquente l’U.L.P.A.N., y reçoit un enseignement accéléré d’hébreu et suit les cours de l’Ecole officielle des Guides. Il y enseigne ensuite le Nouveau Testament, formant des guides israéliens qui ont à présenter aux pèlerins chrétiens les temps et lieux évangéliques. Le P Jean-Roger cherche avant tout le dialogue fraternel judéo-chrétien, au moyen de conférences, de guidages, de cours, dans toutes les parties du monde. L’enseignement de Vatican II le stimule dans cet apostolat (déclaration Nostra Aetate). Fondateur et secrétaire de la Société Saint-Jacques, le P. Jean-Roger devient à partir de 1959 le ‘vicaire du Neguev’, permettant aux quelques chrétiens de créer une communauté ecclésiale dont le Centre est la Maison d’Abraham, inaugurée à Noël 1959. Le P. Jean-Roger a ce don de la présence. Sa voix profonde, sortant de sa figure barbue, sa familiarité abrupte et bienveillante provoque réponse et réaction. Derrière des manières rudes et derrière sa grande réserve à exprimer ses sentiments, une grande foi l’anime, convaincu qu’il est que la question juive a une interférence unique avec l’histoire du salut. Ce qu’il reçoit d’une main, il le donne de l’autre, vivant pauvrement et détaché, ce qui ne contredit pas sa manie de collectionneur d’étiquettes de bouteille dont il tapisse les murs de sa Chambre. Dès 1976, il se sait atteint par un cancer. Il vit l’abandon : ‘Souffrir à Jérusalem a un surcroît de sens’, récitant chaque jour la prière d’abandon de Charles de Foucauld. Il bénéficie des soins attentifs des S?urs de St-Joseph tant à l’hôpital Saint-Louis que dans leur communauté, rue des Prophètes où il réside depuis 1969. Il désire mourir et être inhumé à Jérusalem. Il meurt le 3 septembre 1979, dans sa 62ème année. Il est inhumé le 4 à Saint-Pierre en Gallicante.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 84-85. L’Assomption et ses Oeuvres, 1979, n° 600, p. 8-9. La Croix, 20 novembre 1979 :’Un pionnier de l’Eglise de langue hébraïque en Israël, le P. Jean-Roger (par le P. Henri Guillemin). Lyon-Assomption, novembre 1979, n° 64, p. V-VI. ART Informations, 1970, n° 14, p. 3; 1971, n°21, p. 1-2; 1972, n°29, p. 2; 1973, n°43, p. 4; 1974, n°46, p. 1; 1975, n°56, p. 2. De Jérusalem (bulletin), 1979, n° 17, p. 6-7. La Voix de Saint-Pierre, Neuilly, mai 1968 (interview du P. Jean-Roger). A.T.L.P. (Paris), nov. 1979, n° 5, p. 11-13. Dominique Trimbur, les A.A. de Jérusalem, les Juifs et le sionisme, centre de recherche Français de Jérusalem, étude 1999, p. 28. Du Père Jean-Roger, dans les ACR, correspondances (1951-1966). Le P. Jean-Roger a donné de nombreux articles dans le quotidien La Croix, la revue Bible et Terre Sainte. Il est l’auteur de brochures sur la présence chrétienne en Israël (1966), la Terre Sainte et les chrétiens, d’articles dans des journaux de langue française et anglaise.