Jérome (André) BECKAERT – 1905-1962

Portrait.

« Le P. Jérôme est un esprit supérieur qui comprend à la vitesse V2, qui
assimile les connaissances comme en se jouant. Dans toutes les disciplines,
il est à l’aise, il est toujours en avant des autres et fait tout de suite
la synthèse… Le P. Jérôme est un professeur brillant qui tient ses élèves
sous le charme de ses improvisations pétillantes d’esprit, des trouvailles
verbales, d’exemples présentés avec un art accompli de la narration, mais
qui les laisse quelque peu pantois devant ses jongleries d’idées!

A Perpignan, il prépare sa thèse, compose de la musique, lit énormément,
bricole beaucoup. Dès qu’il le peut, il échappe au cadre étroit du collège
pour se livrer au ministère ou courir à Paris travailler dans les
bibliothèques. Nous le prenons tel qu’il est, sachant trop que ses dons
font de lui un être à part. Par ailleurs confrère sympathique,
boute-en-train, sans orgueil ni suffisance, ni hauteur dédaigneuse, malgré
sa culture polyvalente et son incontestable supériorité intellectuelle.. »

Du P. Sébastien Guichardan, condisciple.

Religieux de la Province de Paris.

Une intelligence royale.

André naît le 23 février 1905 à Saint-Momelin (Nord). Il aime raconter par la suite qu’à l’àge de deux ans, ne parlant pas encore, il est conduit par sa mère à un pèlerinage à Saint-Momelin lequel débloque toutes ses facultés! Aux différents alumnats de Saint-Maur (Maine-et- Loire) entre 1916 et 1919, et de Vinovo (Italie) de 1919 à 1921, il se révèle comme un élève doué d’une très grande facilité d’assimilation et d’expression. Il entre au noviciat de Saint- Gérard en Belgique le 4 novembre 1921, prononce ses premiers vœux le 5 novembre 1922 et accomplit ses études ecclésiastiques tant à Taintignies (1923) qu’à Louvain en Belgique (1923-1926) où il est profès perpétuel le 19 mars 1926. C’est à Rome qu’il est ordonné prêtre le 7 juillet 1929. Il obtient à l’Angélique un doctorat en théologie avec une thèse sur le logos. Ses supérieurs disent d’ailleurs de lui qu’il peut obtenir tous les diplômes et concours qu’il voudra, lui reconnaissant une agilité et une mobilité d’esprit étonnantes. C’est donc tout naturellement que le jeune André, devenu Père Jérôme, est affecté à l’enseignement dans les maisons d’études de la Congrégation: Scy- Chazelles en Lorraine (1929), Saint-Gérard en 1930, Scy à nouveau en 1931, Layrac (Lot-et- Garonne) en 1935. Il passe ensuite professeur de sciences et de philosophie au collège de Perpignan à partir de 1935 et durant toute la période de la guerre. Il trouve le loisir de préparer une thèse de philosophie sur Philon d’Alexandrie en 1944. Ceux qui l’approchent dans ce travail sont étonnés de ses facilités: une mémoire prodigieuse, une acuité très vive de l’esprit et une ouverture à tous les horizons de la pensée. Ses confrères louent surtout la spontanéité presque enfantine du P. Jérôme qui forme une sorte de protection naturelle

contre les tentations pénibles que rencontre cette supériorité de l’esprit. Toujours prêt à rendre service, aussi bien à prêcher qu’à fabriquer des appareils de radio, il prend le risque de se faire passeur entre la France et l’Espagne pour ceux qu’inquiètent les mesures de Vichy.

Un esprit curieux de tout et ingénieux.

Bien que réformé à Namur en 1925, à la mobilisation de 1939, le P. Jérôme prend du service. Le P. Guichardan est témoin médusé des capacités inventives du P. Jérôme:

« A Sedan au début 1940 est organisé pour le corps d’armée un cours de transmission aux officiers. L’instructeur-spécialiste fait état d’un ‘phénomène, un curé qui a inventé un appareil remplaçant des modèles de repérage du son, alors en usage, et qui lui a fait part de sa découverte alors quïl l’envoyait poser des lignes sur des poteaux téléphoniques. Depuis, il lui a fait franchir tous les grades que son intelligence lui méritait. Il s’agit bien sûr du P. Jérôme…»

En 1949, le P. Jérôme doit quitter Perpignan, une sombre affaire l’ayant mis en cause. Il est nommé supérieur de Lormoy (Essonne) où il se montre à l’égal de lui-même: spirituel, enjoué, finement malicieux et bon pour tous. En 1954, il remplace le P. Cayré à la chaire de philosophie patristique de l’Institut Catholique de Paris, en obtenant l’unanimité des 16 votes! A partir de 1955, il réside à la rue François 1er et devient vice-postulateur des causes des PP. Picard et Bailly.

Atteint au plein midi de ses jours.

A la fin de l’année 1961, se sentant fatigué, le P. Jérôme prend quelque temps de repos dans le Midi qu’il aime tant. Il est atteint d’une pleurésie qu’il soigne dans différents hôpitaux ou cliniques en Seine-et-Oise. Il a le pressentiment d’une mort prochaine quand il répond à brûle- pourpoint à l’un de ses visiteurs, le P. Sylvain Roux: ‘Il est facile de se donner à Dieu, il est plus difficile de se laisser reprendre par Lui’. Il meurt à 57 ans, transféré en dernière minute d’une chambre de la clinique rue de Milan à Paris le 3 juillet 1962 à la communauté rue François 1er. Il est inhumé le vendredi 6 juillet à Paris-Montparnasse. Le P. Saint-Martin a prononcé son éloge en la chapelle N.D. de Salut .

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1963, p. 204. Lettre à la Famille 1962, p. 326-328. L’Assomption et ses œuvres, 1962, n° 529, p. 28-31. Paris-Assomption 1962, n° 83, p. 7-8. Bulletin Saint-Louis (Perpignan) , juin 1963, p. 21-22. Le P. JérÔme est l’auteur de nombreux articles parus dans des revues de la Congrégation. il a laissé dans nos archives une importante correspondance entre 1930 et 1960, ainsi que des rapports en tant que supérieur de Lormoy (1949-1955). En 1944, il a passé une thèse de doctorat sur Philon d’Alexandrie.