Jérome (Joseph Adonis) FRASSIER – 1864-1920

Célébration chez les P. S. R.
« Mercredi, nous avons eu une messe extraordinaire. Le P. Jérôme
[Frassier], du rite slave, est venu célébrer le
saint Sacrifice à 6h et demie. Heureusement que le P. François [Mathis]
était dans le chœur pour nous indiquer le cérémonial à suivre, car le
célébrant étant seul et priant dans une langue inconnue, les Sœurs ne
pouvaient se rendre compte à quelles parties de la messe il fallait rester
debout
ou à genoux. Quelle impression fait sur l’âme ces rites si’ beaux, si
expressifs mais si différents du nôtre! On pense, en les voyant, à la
variété de la robe de l’Epoux, que nous chantons dans les psaumes. Il y
avait près de 23 ans que le P. Jérôme n’avait vu la France. Novice à Osma
avec le P. François Mathis, il s’en est allé en orient et s’y dévoue avec
tout le zèle possible. Mais il n’a guère de consolations. A Yamboli où il
exerce son ministère, il n’a que
des paroissiens slaves. Il sème, d’autres recueilleront le fruit
de ses labeurs. On croirait, en voyant le Père avec ses longs cheveux
bouclés et ses vêtements amples, être en face d’un Pope russe ».
12 septembre 1902, écrit anonyme, rue Violet.

Jérome (Joseph Adonis) FRASSIER

1864-1920

Religieux français.

Formation et adoption du rite slave.

Joseph-Adonis Frassier est né le 24 septembre 1864 au hameau de Praz, sur la commune de Beaufort- sur-Doron (Savoie), bourg au pied de la colline de Notre-Dame des Châteaux. Il fait un peu de latin dans une école de Beaufort et étudie à l’alumnat des Châteaux (1880-1882). Il entre à l’Assomption au noviciat espagnol de Osma, le 5 mai 1882, sous le nom de Frère Jérôme. Il ne quitte l’Espagne qu’en 1886 pour gagner la mission d’Orient où il est affecté, d’abord très brièvement à Karagatch- Andrinople et, plus durablement, à Philippopoli en Bulgarie où il enseigne aux enfants de l’école Saint- André. C’est à Philippopoli qu’il prononce ses premiers vœux le 25 décembre 1887, suivis des vœux perpétuels l’année suivante, à la même date. Instituteur à Saint-André, après avoir appris la langue bulgare de façon parfaite, mais aussi professeur au collège Saint-Augustin, le Frère Jérôme décide d’adopter le rite slave. Diacre le 30 mai 1889, il passe quelque temps à Karagatch pour se familiariser davantage avec la liturgie slave et pour pouvoir être ordonné prêtre par Mgr Petkov, le 28 septembre 1895, dans ce rite slave. jusqu’en 1897, le P. Jérôme continue son apostolat et son enseignement à Philippopoli-Plovdiv. En septembre 1897, il lui est demandé de constituer le groupe de religieux qui sont affectés à la mission, de rite slave, à Yamboli (1897-1904). Il passe ensuite à la mission de Mostrali (1), comme vicaire et maître d’école: c’est là sans doute le champ d’apostolat de son cœur; il y peine beaucoup de 1905 à 1912; il souffre énormément des conflits balkaniques qui ravagent cette région de 1911 à 1913 et il doit finalement s’enfuir en juillet 1913, en libérant le bétail de la ferme et en voyant de loin la mission anéantie par les flammes. Chassé en 1915,

cette fois par les Bulgares qui ont pris le parti des Empires Centraux, il accompagne ses confrères dans le long voyage, en plein hiver, qui les conduit, à travers la Russie et la Baltique, jusqu’en France, après bien des fatigues et des dangers. En France le P. Jérôme est appelé à donner son aide à l’orphelinat du P. Halluin que les ennuis de la guerre ont fait transférer d’Arras (Pas-de-Calais) au Réray (Allier). Entre 1915 et 1919 on trouve le P. Jérôme soit au Réray soit à la Trappe de Sept-Fonds où il aime se rendre. L’armistice de novembre 1918 lui ouvre à nouveau les portes de l’Orient. Il gagne d’abord Constantinople en août 1919, mais il s’avère impossible de reprendre pied à Mostrali où il ne reste pas pierre sur pierre. A Kadi- Keuï, on lui demande d’apporter son aide à la petite école reconstituée après la guerre. Deux fois par semaine, il assure des séances de catéchisme à Haidar-Pacha et prête son concours aux Frères de la Doctrine chrétienne, comme aumônier second ou suppléant. Homme à faire le bien sans faire de bruit, le P. Jérôme s’intéresse à la botanique, à la numismatique et à l’archéologie, classant et recueillant des pièces qu’il fait passer au musée du collège de Philippopoli.

Maladie et mort.

En août 1920, le P. Jérôme se fait opérer d’une hernie. Sujet aux bronchites et souffrant de crises d’asthme, il doit s’aliter et prendre du repos le mercredi 17 novembre 1920. Le médecin diagnostique une congestion pulmonaire et une pneumonie. Le jeudi 25, il est administré, le jour même de son décès à Kadi-Keuï. Son corps est exposé dans la chapelle orientale de l’église. Les obsèques sont célébrées selon les deux rites latin et slave, le lendemain 26 novembre. Son corps est inhumé au cimetière d’Ouzoun-Tchair, aux côtés des restes du Frère Urbain Casnabet et du P. Sophrone Rabois-Bousquet. (1) Mostratli ou Mostrali selon la transcription: on trouve déjà des nouvelles de deux Monastères slaves, Souadjak et Mostratli, dans les écrits du P. Galabert, de 1876 à 1882! La cession du monastère est faite aux Assomptionnistes en 1901. Tout est mis à sac par les Turcs en 1913 (récit dans l’Assomption, 1913, n° 200, p. 132-137). La mission de Yamboli est fondée en 1888. A Yamboli comme à Mostratli, des Oblates travaillent aux œuvres de la mission.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption, 1921, n° 235, p. 25-28. Missions des Augustins de l’Assomption, 1921, n° 239 p. 173-174. Nouvelles de la Famille, 1920, n° 389, p. 425; n° 391 p. 443-445. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Le P. Jérôme a publié en 1901 dans la revue de la Bonne Presse ‘Le Cosmos’ quelques articles d’intérêt archéologique et à la même date un article documenté de 21 pages à la Revue archéologique (1901, II, p. 328-349). Les travaux et les fouilles de Yamboli par le P. Jérôme, pourtant amateur, sont signalés dans le Bulletin de correspondance hellénique (1906, t. XXX, p. 364). Du P. Jérôme Frassier, dans les ACR, correspondances (1907-1919) et note sur la mission slave (sans date). Notices Biographiques