Joachim BONNEL – 1861-1928

De province en province.

« Je suis à la veille de terminer mes trois ans comme deuxième assistant de
cette province de l’Ouest et il me faudra rentrer dans la province du
Centre pour laquelle j’ai opté alors que j’étais à Paris
(1923). Au moment de mon option, je ne pouvais soupçonner que quelques
jours après, j’allais être envoyé dans cette province de l’Ouest. L’ayant
su, j’aurais opté pour cette province à laquelle j’appartenais depuis 17
ans. En ce moment je me trouve dans la mission du Mellois, mission d’autant
plus intéressante
qu’on prétend qu’il n’y a rien à faire. Cette mission, je l’ai me et je
voudrais y rester. En me cédant, Paris sait fort bien qu’il ne cède qu’un
pauvre vieux propre à rien, et Bordeaux fera un grand acte de charité en me
recevant. Pour moi se serait un grand bonheur que de continuer ma vie de
missionnaire dans cette mission où le Maître m’a donné de faire déjà
quelque
bien. Je tiens à vous dire, cher Monsieur, que je suis prêt à accepter
joyeusement la décision que vous me communiquerez. N’importe où je suis
placé, je suis résolu à porter le même esprit d’obéissance».

J.Bonnel,
Excudun, 21.01.1926.

Religieux de la Province de Paris, passé à celle de Bordeaux, assistant provincial.

Un Assomptionniste du Midi sur les routes.

Né à Popian (Hérault) le 28 juillet 1861, baptisé le lendemain Joachim Joseph Nazaire, cet enfant du Midi connaît les débuts des alumnats: Notre- Dame des Châteaux (Savoie) de mai à novembre 1874, Nice à sa fondation (1874-1876), Alès (1876-1876). L’Assomption ‘transhumante’ lui fait connaître le berceau, Nîmes où il prend l’ha- bit le 29 septembre 1879, puis l’Espagne: Osma où il achève son noviciat en faisant profession le 29 septembre 1881 entre les mains du P. Picard. Sa formation philosophique et théologique est aussi ‘hétéroclite’ ou partagée entre Nîmes et Osma (1881-1882 et 1886-1887). Entre 1883 et 1886, il étudie seul la théologie morale, sous la direction du P. Rémy [Commun] de 1882 à 1886. Au hasard de ses étapes, il reçoit les ordres: tonsure à Nîmes (1879), sous- diaconat et diaconat à Moûtiers en 1883, ordination à Osma en 1886 par Mgr. Lagiiera (sic). Jusqu’en 1888, il exerce son ministère sacerdotal dans le cadre des alumnats en France: Arras (Pas-de-Calais) de 1887 à 1888, Villecomtesse (Yonne) en 1888. C’est de là qu’il part le 22 décembre 1888 comme volontaire pour l’Orient.

Un serviteur apostolique voyageur d’Orient en Occident.

Le P. Joachim découvre les postes missionnaires de la Turquie: Brousse où il est professeur (fin 1888- 1891), Eski-Chéir (1891-1895) dont il est fondateur et Konia (1895-1899) où il est successivement professeur et supérieur de communauté, Zongouldak (1899-1904). Facilement polyglotte, le P. Joachim parle couramment le turc, l’espagnol et l’italien et a des notions usuelles de grec et d’allemand. Il a raconté lui-même comment à cette époque, les lignes de chemin de fer étant en construction, il voyageait selon les moyens du bord,

le fameux tatar-araba, de caravansérail en caravansérail, à travers des contrées infestées de brigands. En 1904, il sollicite la faveur de partir missionnaire au Chili où sa connaissance de la langue espagnole le rend directement apte au service. Il est nommé supérieur et curé à Lota pendant 17 ans (1904-1921). Il dessert la paroisse du haut constituée de corons miniers où les hommes ne sont pas de dociles moutons, leurs femmes de douces brebis et leurs petits de blancs agneaux, mais impatient et intrépide de tempérament, le P. Joachim dont l’accent espagnol est, paraît-il, ‘indépendant’, surmonte les difficultés, ce qui vaut à la paroisse l’épithète flatteuse de premier centre eucharistique du diocèse par l’évêque de Conception. De 1910 à 1917, le grand souci pastoral du P. Joachim est la construction, l’aménagement et l’organisation d’une école de filles, au centre de Lota Bajo, qu’il confie aux religieuses de l’Enfant-Jésus d’Aurillac. Le P. Joachim sait travailler de concert avec son homologue du bas de la ville, le P. Casimir Romanet, le véritable créateur des paroisses assomptionnistes de la ville. Le P. Joachim rentre alors en France, il devient aumônier des Orantes à Sceaux (1921- 1923) avec résidence à Châtenay (Hauts-de-Seine). La Congrégation est divisée en provinces à partir de 1923. Le P. Félicien Vandenkoornhuyse, flamand français premier Provincial de Bordeaux (1923-1929), requiert le P. Joachim comme deuxième assistant (1923-1926). le désir de vie missionnaire du P. Joachim lui fait retrouver le grand air: Exoudun (Deux-Sèvres) en 1927, surnommée la ‘Chine du Poitou’ et Tasdon, près de La Rochelle (Charente-Maritime). En juillet 1928, il retourne à Exoudun. Mais, à cette date, fatigué, il lui est conseillé de rejoindre la maison de Lorgues (Var). C’est en s’y rendant que, faisant étape à Bordeaux-Cauderan (Gironde), il trouve la mort le 8 septembre 1928 vers 18 heures, disant qu’il n’a plus rien à faire sur la terre et qu’il doit aller voir d’autres panoramas. Ce religieux en apparence infatigable est usé jusqu’à la corde: « Vous ne pouvez vous imaginer combien cet homme souffre, mais il a un moral surprenant » dit le médecin au P. Félicien à son chevet. Le P. Joachim est inhumé à Bordeaux.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1928, n°281, p. 225-228; n°283, p. 241-242; n°288, p. 281-283; 1929, n°303, p. 95-98. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 437. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. De ses nombreux postes de mission le P. Joachim a souvent donné à ses Supérieurs et à la Lettre à la dispersion des chroniques fort détaillées, de 1883 à 1929: de Turquie (Eski- Chéir, Brousse, Kutaya, Konia) et du Chili (Lota), notamment.