Joann DUMAS – 1923-1945

Un douloureux étonnement
« Heureuse la fête de Saint- Gervais qui nous invite à vous dire nos
sentiments profonds de reconnaissance et d’affection… Que votre Saint
protecteur vous continue ses grâces de choix, nous les lui demandons avec
ferveur. Et comment pourrait-il les refuser à notre Père, si méritant à des
titres si nombreux? Oui, bonne fête, riche sur tout en grâces spirituelles.
Nous sommes toujours dans le douloureux étonnement de la mort tellement
inattendue du cher Frère Joannès. Il donnait à tous une si bonne impression
pour les qualités de son caractère et le sérieux de son esprit religieux.
C’est le premier mort de la maison depuis les 14ans de sa fondation. Dans
notre famille du ciel, il sera aussi notre
protecteur. Rien de nouveau à Cahuzac. Depuis Pâques, le P. Armel [Guen]
poursuit son recrutement dans les Pyrénées où cela devient assez difficile.
Les curés se réservent la meilleure part et les enfants ne sont point trop
nombreux. Par ailleurs le niveau des écoles primaires est bien bas. Alors
il faut chercher, chercher, sans trouver nombre de perles rares… ».
P. Timothée Labialle, 17 juin
1945.

Joannès DUMAS

1923-1945

Religieux de la Province de Paris.

Dans les tracas des années 40.

Joannès Dumas est né le 7 décembre 1923, aux Bondons, près de Florac (Lozère). Il est l’aîné d’une famille de 6 enfants. Il fait ses années de grammaire à l’alumnat à Chanac (Lozère), de 1934 à 1938, et ses humanités à l’alumnat de Vérargues (Hérault), de 1938 à 1941. Les circonstances de la guerre, découpage de la France en deux zones avec ligne de démarcation, imposent un noviciat sur place à Vérargues. Il prend l’habit le 7 octobre 1941, sous la direction du P. Marie-Albert Devynck et 3 autres compagnons dans la même situation que lui, François Heyraud, Aloys Rossi et Félix Desgrand. Le 12 octobre 1942, il prononce ses premiers vœux et peut se rendre à Layrac (Lot-et-Garonne) pour y commencer ses études de philosophie. De caractère plutôt timide, dur à lui-même et nerveux, le Frère Joannès est un religieux discret, réservé même. Il aime les cérémonies liturgiques qu’il prépare avec un soin minutieux et qu’il dirige de main de maître en tant que grand cérémoniaire’. Le scolasticat de Layrac est alors dirigé par le P. Alphonse Picot et regroupe provisoirement philosophes et théologiens. En juillet 1943, l’année de ses 20 ans, le Frère Joannès est incorporé dans les Chantiers de jeunesse. On donne ce nom à une association para-militaire dans la zone contrôlée par l’Etat de Vichy pour encadrer les classes d’âge qui échappent au service militaire. Le fondateur en est le Général de La Porte du Theil et les débuts ressemblent un peu à des camps de scouts: vie dans la nature, travaux agricoles et forestiers, inspiration patriotique. Mais en janvier 1944, pour échapper au S.T.O. (Service du travail obligatoire, requis par les autorités allemandes auprès de la jeunesse française pour pallier le manque de main d’œuvre)

le Frère Joannès quitte le camp et rejoint Layrac où il pense échapper aux poursuites de la gendarmerie.

Une mort prématurée à Cahuzac.

Les ennuis civils du Frère Joannès se doublent d’ennuis de santé, une fois ses études de philosophie terminées. En janvier 1945, il est atteint d’une pleurésie dont il paraît bien se remettre. Pendant les vacances de Pâques 1945, avec l’assentiment du P. Provincial de Bordeaux, le P. Zéphyrin Solfier, et le P. Provincial de Paris, le P. Bal-Fontaine, le Frère Joannès est heureux de proposer ses services pour un enseignement d’appoint à l’alumnat de Cahuzac (Gers). La mobilisation, la guerre, la détention en camp de plusieurs religieux ont éprouvé les corps professoraux des maisons et on est content sur place de lui confier les petits effectifs d’une classe de 5ème. Mais au mois de mai, le Frère commence à donner des signes de fatigue: perte d’appétit, fièvre. Le 24 mai, il doit s’aliter. Le dimanche 27 mai, les signes d’une maladie grave sont plus prononcés, le Frère délire. Le Dr diagnostique une méningite tuberculeuse. Très inquiet, le Supérieur de l’alumnat, le P. Timothée Labialle prévient le Supérieur de Layrac, le P. Picot qui se rend sur place le 29 mai. Il assiste à la mort du Frère Joannès, le samedi 9 juin 1945, en présence du père de famille et des religieux de la communauté. Le Frère Joannès n’a que 22 ans. Les obsèques sont célébrées à Gimont, paroisse voisine dont dépend l’alumnat de Cahuzac, le lundi 11 juin. Il y est inhumé.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1945, n° 7, pages 30, 48. Lettre du P. Timothée Labialle au P. Gervais Quenard, Cahuzac, 17 juin 1945. Notices Biographiques