John LESAGE – 1933-1978

L’art de trouver sa joie dans sa vocation.
« Nous connaissons le Frère John comme un religieux de prière, de
dévouement, d’amour et de fidélité. Nous savons ses talents pour
J’entretien des secteurs mécaniques et électriques de Worcester. Pratiquant
tous les métiers manuels, on pouvait
avoir recours à ses services, de jour comme de nuit, surtout le campus.
Sans doute parce qu’il était habile et rompu aux pratiques quotidiennes de
la
vie matérielle de l’ensemble, il ne prenait pas ses obligations de travail
comme des tracas ennuyeux, mais comme des services, heureux de répondre aux
sollicitations de tous, sur place et à l’extérieur. Il
trouvait le temps de prier et de faire de l’exercice physique. Habillé en
ouvrier pendant le travail, le Frère John
n’omettait jamais de porter en toute occasion favorable le col romain
distinctif auquel il attachait une grande signification. Aimant
beaucoup la propriété de Baker Lake, il y passait ses temps libres, le
week-end, ayant encore le souci de son entretien… ».

De l’homélie du P. Edgard Bourque, pour la cérémonie des obsèques le 9 août
1978.

Religieux américain de la Province d’Amérique du Nord.

Un religieux habile et inventif.

Né le 13 juillet 1933, à Winooski, dans l’Etat de Vermont, au diocèse de Burlington, John Lesage fait ses études secondaires au collège de Worcester (1948-1952). Il entre au noviciat de l’Assomption à Sillery-Bergerville au Québec (Canada), le 7 septembre 1953. le P. André Godbout est son maître des novices pour les premiers mois de noviciat. Il le décrit comme « un novice volontaire, un peu dominateur, mais très habile à tout faire. C’est vrai qu’il a eu tendance à négliger ses exercices spirituels au profit de travaux manuels. Mais étant le seul plombier dans la maison, on a souvent eu recours à ses services». Il prononce ses premiers v?ux, le 19 mars 1955. C’est le P. Xavier Vandermeerschen qui le présente à l’admission. Son jugement sur le Frère John est également favorable; il le trouve «viril, d’une bonne intelligence et toujours très habile aux travaux d’entretien de la maison, particulièrement en électricité et en plomberie. Assez nerveux de tempérament, il sait faire preuve de maîtrise et d’énergie. Son dévouement est tout à fait remarquable ». Le Frère John poursuit des études spécialisées en électricité et obtient divers diplômes. Dans les différentes communautés où il est affecté par la suite, à Québec (1953-1956), au Prep. School de Worcester (1956-1960), à l’alumnat de Cassadaga (1960-1967) et une nouvelle fois à Worcester (Collège, 1967-1978), il est invariablement chargé des travaux d’électricité, de l’entretien des véhicules et des bâtiments. Le P. Olivier Blanchette le présente aux voeux perpétuels, émis le 19 mars 1961 à Cassadaga: « Le Frère John a beaucoup de qualités dans le domaine pratique. Souvent très serviable, il est resté fondamentalement fidèle à ses engagements et à ses responsabilités de religieux.

Il en comprend bien le sérieux et c’est de lui-même qu’il a demandé une prolongation de ses v?ux temporaires, à six reprises. Bien sûr j’aimerais trouver en lui plus de manifestations de charité et de piété, mais j’ai pleine confiance en sa persévérance ». Toujours ingénieux, il fabrique une machine à voter pour le chapitre provincial. Affable et souriant, il se donne pleinement à son travail matériel. Sombre ironie du destin, le Frère John meurt accidentellement à Baker Lake, une maison de campagne du collège de Worcester, le 6 août 1978, électrocuté au téléphone, durant un orage. Il vient depuis un mois d’entrer dans sa 46ème année. Coïncidence du calendrier, le môme jour, dans la résidence d’été des papes, à Castel- Gandolfo, meurt le pape Paul VI. Le Frère John est inhumé au cimetière de Sainte-Anne (Fiskdale).

Paroles du Frère John.

Quelques semaines avant sa mort, le Frère John a répondu à une interview sur sa vocation religieuse dont nous extrayons ces quelques extraits: « Depuis un bon nombre d’années, j’ai trouvé la paix intérieure. Je crois savoir et comprendre ce que je fais. J’aime cette vie que Dieu me donne et j’espère la poursuivre dans cette optique, le restant de mes jours. Quand je regarde mon enfance, je peux dire que ce ne fut pas facile de grandir dans une famille pauvre, composée de 14 enfants. Nous avions pou de moyens, mais nous partagions l’essentiel, l’amour, le grand don de la vie pour lequel je rends grâce à Dieu. Grâce à une bourse, j’ai pu étudier tout en travaillant pour payer ma scolarité et participer aux frais d’entretien de ma grande famille. J’ai découvert le travail manuel qui est pour moi une passion. Avant mon engagement religieux, j’ai gagné de l’argent pour aider ma famille, mais j’ai senti qu’une chose me manquait. J’ai pris ma décision, un jour, seul, en train de ramer, faisant de la barque sur un lac de montagne. Je suis devenu chef du département de l’entretien à l’Université de l’Assomption de Worcester, sur le qui vive 24 heures sur 24 heures et 7 jours sur 7. J’ai eu à harmoniser temps de travail et espace de prière dans ma vie. J’ai résolu cette question en me levant une heure plus tôt le matin pour demeurer agenouillé au pied de J’autel. Ce temps de solitude en présence de Dieu, essentiel pour moi, n’est pas organisé à la façon d’une prière structurée, mais comme une respiration libre, faite de réflexion et de conversation. Dans la pratique des sports (course, natation, entraînement au baseball), je trouve facilement occasion de diriger mon esprit vers des intentions de prière. Oui, étre frère est pour moi une belle vie. Mon sentiment est celui de la gratitude, pour un travail que j’aime, pour l’utilisation de talents en forme de services, pour une forme de vie où j’ai trouvé sens et valeur ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 65-66. Assumption North America, september 15, 1978, p. 2-7. Vocet (A Tribute to Brother John Lesage, A.A.), s. d., traduction Fr. Armand Lemaire. Assumptionists deceased in North America (1895-1995), p. 9.